Le journal de papageno

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lundi 15 mars 2010

Le Concert de Radu Mihaileanu

Il ne faut guère compter sur le journal de Papageno en ce moment pour parler des sorties cinéma de la semaine: Le Concert de Radu Mihaileanu, sorti en novembre 2009, entame sa carrière en DVD. Mieux vaut tard que jamais, voici quelques impressions.

Le pitch ? un grand chef d'orchestre russe, privé de baguette il y a 30 ans par Brejnev pour avoir défendu les musiciens juifs du BolChoï, tente un come-back avec de vieux amis, et constitue un orchestre de fortune qu'il va tenter de se faire passer pour le vrai BolchoÏ. Une trame très simple pour cette comédie, dans laquelle se tissent les destins de nombreux personnages, car il y en faut du monde pour constituer un orchestre symphonique ! Un violoncelliste-ambulancier, un manager ex-KGB, une violoniste orpheline, des oligarques russes, des juifs, des tziganes...

Si on peut trouver parfois que les ficelles sont un peu grosses et les clichés un peu trop clichés, le film ne manque pas de rythme, on le regarde avec plaisir de bout en bout, portés par des acteurs très attachants. C'est très russe, très passionné, très cœur-sur-la-main, mais on s'y laisse prendre.

La musique est bien sûr le premier acteur du film: la grande musique, celle des salles de concerts chic, représentée  par le concerto pour violon de Tchaïkovski, mais aussi celle des tziganes ou des rockers, celle qu'on joue dans le métro, dans les bars, au marché. Le soin maniaque avec lequel la séquence finale - un large extrait du concerto de Tchaïkovski - a été réalisée prouve suffisamment que le réalisateur est un véritable amoureux de la musique. Le making of nous apprend que des effets spéciaux numériques ont été utilisés pour remplacer la main gauche et parfois l'archet de l'actrice Mélanie Laurent par ceux sa doublure, Mathilde Borsarello. Le résultat frise la perfection, et les plans sur l'orchestre sont eux aussi des plus soignés. Saluons au passage le travail de l'artiste qui comme Emmanuelle Béart pour le très bon Un cœur en hiver il y a quelques années, a courageusement pris six mois de cours de violon pour être plus convaincante. Et c'était nécessaire dans la mesure où tout le reste du film ne vise qu'à faire monter le suspense et l'excitation dans l'attente de ce moment magique qu'est un beau concert.

dimanche 7 décembre 2008

Sur ta joue ennemie

Karol Beffa me signale qu'un film dont a fait la musique vient de sortir: Sur ta joue ennemie de Jean-Xavier de Lestrade. Je n'ai pas (encore) vu ce film, qui commence avec un mec qui sort de taule, la bande-annonce fait très film français mais on a tout de même l'impression que la photographie (je veux dire l'image, les couleurs, la manière de faire rentrer les personnages dans le cadre) est de meilleure qualité que ce qu'on voit souvent.

sur_ta_joue_ennemie.jpg

Les critiques de Télérama ont détesté ce film. C'est plutôt bon signe: ils ont détesté tous les films que j'ai aimé, et lorsqu'ils sont font trop de compliments sur un film, je me méfie et je ne vais pas le voir !

vendredi 29 février 2008

Vier minuten (quatre minutes) de Chris Kraus

Le piano, instrument romantique par excellence, semble jouer un rôle particulier dans la représentation de la musique au cinéma. On ne compte plus les films mettant en scène des pianos et des pianistes. Imaginerait-on Holly Hunter jouant du basson ou de la viole de gambe dans La leçon de piano ? Ou encore Adrien Brody jouant du trombone à coulisse devant un officier allemand dans Le pianiste ? Il semble donc que le piano, sa présence massive dans le champ de la caméra, les rondeurs de ses flancs, la simplicité géométrique de ses touches noires et blanches, suscite particulièrement les passions des réalisateurs et du public. Il est vrai que chacun peut aborder le piano et jouer quelques notes, alors que c'est l'instrument les plus difficile qui soit lorsqu'on veut bien en jouer.

J'ai vu un bon nombre de ces films et ils ne m'ont pas tous enthousiasmé. J'ai trouvé par exemple La pianiste de Michael Haenke, qui décrit la sexualité sado-masochiste d'une prof de piano, particulièrement malsain et nauséabond. Que faisaient Isabelle Huppert et Benoît Magimel dans cette galère ? Romain Duris fait un pianiste bien peu convaincant dans De battre mon coeur s'est arrêté. Quand à Albert Dupontel dans Fauteuils d'orchestre, on s'attendrait davantage à le voir déménager des pianos qu'en jouer avec sensibilité.

Vier Minuten

Vier minuten (Quatre minutes) de Chris Klaus est certainement un des meilleurs films que j'ai vus, toutes catégories confondues. Bien que restant fidèle aux stéréotypes cinématographiques du piano (le pianiste génial, la relation professeur-élève, la violence latente de la musique) il m'a frappé par sa force, sa profondeur, et son ambiance particulièrement prenante qui n'est pas sans rappeler La vie des autres. Si vous ne l'avez pas encore vu, je ne voudrais pas gâcher votre plaisir en révélant trop de choses à l'avance, aussi me contenterai-je de remarques de détail.

Par exemple, lors du premier plan où le piano apparaît, il est juché sur un camion, et l'on entend du heavy metall (guitares électriques saturées, chanteurs hystériques), celui que les livreurs barbus et tatoués écoutent à la radio. Chris Klaus ne donne pas de réponses toutes faites, mais il pose la question: qu'est-ce que la musique ? pourquoi jouer du piano aujourd'hui ?

Car le film ne se résume pas au face-à-face entre une jeune femme emprisonnée pour meurtre, pianiste virtuose (Hannah Herzsprung, une révélation !) et son professeur de piano, une vielle fille acariâtre et obstinée (Monica Bleibtrau). Il y a un troisième personnage, invisible mais bien présent: la musique. Mozart, Beethoven, Schubert mais aussi le rap, le jazz, la contemporaine... Lorsqu'elle entend son élève dans une improvisation qui ressemble à du jazz, la vielle dame se fâche: Ich will kein mehr NiggerMusik !. Un peu plus loin on aperçoit des rappeurs à la télévision danser et smurfer comme s'ils étaient montés sur ressorts. Musique de Nègres, disiez-vous ? semble nous dire le réalisateur. Chris Klaus laisse à son personnage toute son épaisseur, sa densité, ses contradictions: il ne nous fait pas la morale (ça change des films français tout à fait insupportables sur ce point !) mais se contente de nous suggérer des pistes de réflexion.

Vier Minuten

Le titre est parfaitement justifié car tout le film n'est qu'une préparation minutieuse et systématique des quatre minutes de la scène finale. Si vous allez le voir, je vous invite à prêter attention aux détails: décors, costumes, bruitages, rien n'est laissé au hasard dans ce film magistral. Comme dans le finale d'un bon Opéra, tous les fils de l'intrigue convergent, tous les personnages se retrouvent et toutes les tensions sont résolues dans les dernières minutes. C'est Annette Focks, une compositrice allemande de musique de film qui a écrit ce finale. Le scénario prévoyait: Une musique fantastique s'élève, qui relègue Schumann au rang de nullité, et le réalisateur raconte qu'il a eu beaucoup de mal à trouver la musique en question. Je préfère ne livrer aucun commentaire sur celle-ci: allez voir le film et ouvrez grand vos oreilles.