Le journal de papageno

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mercredi 8 février 2012

Robin, Adamek et Cendo par le quatuor Tana

Entendu samedi dernier (le 4 février), un concert du quatuor Tana avec trois pièces récentes de compositeurs relativement jeunes : Yann Robin, Ondrej Adamek et Raphaël Cendo. Compte tenu du froid, le petit temple Saint Marcel est étonnamment bien rempli, et la proportion de compositeurs doit friser les 50%. Il y a même Michael Lévinas venu écouter ses (anciens) élèves.

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On commence par le deuxième quatuor de Robin, intitulé Crescent Scratches (le premier s'appelait Scratches, titre qui fait allusion aussi bien au frottement des archets sur les cordes qu'à cette technique des DJ qui manipulent des platines 33 tours – ou de plus en plus souvent aujourd'hui, des surfaces tactiles destinées à en reproduire les effets). Ce quatuor ne fait pas appel à l'électronique, cependant on voit une quantité respectable de fils pendouiller disgracieusement du fait que les Tana ont adopté des pupitres électroniques où les tournes de page sont commandées par des pédales – c'est trop la classe ce matos même si la petite taille des écrans incite plus à la compassion qu'à l'envie.

Et la musique, me direz-vous ? Ce quatuor fait appel largement sinon exclusivement au son écrasé, celui qu'on obtient en exerçant une pression excessive sur l'archet et qui fait penser à un mélange de cordages marins qui grincent et de chat qui s'est coincé la queue dans la porte. Le son écrasé est assez à la mode, on le trouve chez les spectraux (Grisey, Saariaho, Radulescu) mais aussi chez Crumb et tant d'autres. Son caractère fortement inharmonique (on distingue à peine une hauteur de son tant les partiels sont dispersés dans l'espace des fréquences) en fait bien sûr un élément de choix pour certaines esthétiques d'aujourd'hui, mais son emploi répété ne suffit pas nécessairement à faire un bon programme électoral. De fait la technique de Robin, qui nous explique dans le programme qu'il utilise des boucles semblables au loops de la musique techno, amène assez vite la lassitude devant le retour compulsif des mêmes figures instrumentales (principalement des tremolos et glissandos en son écrasé). D'autres maniérismes contemporains comme l'alternance boulézienne de traits excessivement rapides et de notes filées très longues (ou si l'on veut l'absence de valeurs rythmiques moyennes), ou encore l'usage quasi exclusif des dynamiques extrêmes (ffffff et ppppp) et des registres extrêmes (surtout du suraigu car les instruments du quatuor ne sont pas bien équipés pour les graves) ne suffisent pas à masquer un relatif manque d'idées. Ma voisine me fait remarquer que passé un premier moment de surprise voire de ravissement devant la surprenante mais très réjouissante agressivité du début, c'est au fond presque aussi répétitif que du Philip Glass. Peut-être la volonté d'être en permanence dans un paroxysme d'émotion et d'expressivité est-elle la cause de cette lassitude, la (bonne) musique se nourrissant de contrastes. Pour ma part même si je partage assez l'opinion de ma voisine, je ne m'ennuie pas trop car je vois avec plaisir les musiciens du quatuor Tana s'engager à fond dans cette partition on ne peut plus difficile, avec un enthousiasme et une énergie qui font vraiment plaisir à voir. On peut également féliciter ces musiciens pour avoir introduit une touche de couleur et de fantaisie dans l'habituelle (et totalement insupportable) tenue noire des concerts contemporains. Ah ces Belges, ces Belges. Plus je les connais et plus je les aime. Ils ont toutes les qualités des Français avec la simplicité et l'humour en plus.

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L'oeuvre qui suit est d'un musicien d'origine tchèque, Ondrej Adamek, qui a été fortement impressionné par un séjour en Espagne et a laissé certains traits du flamenco envahir son style. Les musiciens vont donc employer des plectres et des bottlenecks pour reproduire certains gestes typiques de la guitare, comme le raseguo (un balayage rapide aller-retour de toutes les cordes), ou encore frapper du pied par terre. Rien de tout cela n'est gratuit ou anecdotique. Ce quatuor est plein d'idées, de passion et de vie, instrumenté de façon très fine et très fouillée. Le travail harmonique est lui aussi très subtil : chacun des quatre instruments est accordé de manière spéciale afin d'avoir la signature harmonique d'une tonalité particulière (par exemple, si je me souviens bien, la b – ré – si b – fa pour le premier violon c'est à dire un accord de septième de dominante ou encore quatre hauteurs tirées des 7 premiers harmoniques naturels d'un si bémol). Adamek souligne dans la notice que ce quatuor est très exigeant pour les interprètes, non seulement à cause de la scordatura mais aussi à cause des phrases qui passent d'un instrument à l'autre note par note et demandent non seulement une grande précision mais aussi un vrai son d'ensemble. Ce dont je peux témoigner après avoir entendu les Tana jouer cette pièce (et la jouer vraiment bien à mon sens), c'est que les interprètes qui parviennent à passer la barre sont amplement récompensés par cette musique vraiment remarquable, raffinée et pleine d'élan. Ce quatuor est la bonne surprise de la soirée, et m'a donné une forte envie de découvrir les autres œuvres de ce musicien.

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Le programme se conclut par In Vivo de Raphaël Cendo, autre compositeur de ma génration (c'est à dire trentenaire) . Dans ce quatuor il (ab)use du son écrasé, qu'il appelle dans le programme « timbre – monde ». Durant la première partie de ce quatuor (divisé en trois de façon relativement classique : rapide – lent – rapide), le compositeur demande même aux musiciens d'enrober leur chevalet de papier aluminium, ce qui a pour effet de rendre le son encore plus inharmonique. Les similarités avec Yann Robin sont si nombreuses qu'on se demande lequel a influencé l'autre. Cette pièce me fait peu ou prou la même impression que les morceaux d'un autre quatuor, Birdy Nam Nam (dont les membres ne manipulent pas des violons mais des bidules électroniques et des platines 33 tours) : je trouve le travail sur le son plutôt intéressant, et la violence sonore assez stimulante, mais la musique trop répétitive, pauvre en idées et en contrastes. C'est peut-être une des caractéristiques du son écrasé qu'il ne se prête pas très bien à de longs développements. Par exemple lorsque la violoncelliste Jeanne Maisonhaute joue un tremolo verso ponticello, c'est à dire de l'autre côté du chevalet, je vois bien le geste instrumental car je suis à 3 mètres mais je n'entends pas tellement de différence dans le son produit par rapport au même geste de l'autre côté du chevalet. De même les glissandi modifient assez peu la couleur du son écrasé, et son caractère fortement inharmonique restreint les possibilités de travail harmonique. Ajoutez à cela un déficit de figures rythmiques suffisamment nettes ou articulées, et vous obtenez un passeport pour l'ennui. Ennui à nouveau mitigé par l'attitude des Tana dont l'engagement, la chaleur et la technique sont décidément dignes de toutes les louanges, et propres à réchauffer l'atmosphère plutôt froide de cet austère temple protestant.

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Au final, j'ai pu écouter les Tana en live pour la première fois et avec grand plaisir, ainsi qu'une œuvre passionnante (celle d'Adamek) sur trois écoutées, ce qui montre qu'on n'est jamais à l'abri d'une divine surprise de temps en temps.

En sortant j'ai croisé Krystof Maratka qui m'a appris qu'un disque monographique lui étant consacré venait de sortir (avec une pièce pour harpes et cordes ainsi qu'un quintette à vent): si Dieu le veut, je ne manquerai pas de l'écouter et d'en rendre compte dans ce journal.

(merci à Jean Radel de m'avoir permis d'utiliser les très belles photos qui illustrent cet article et représentent, dans l'ordre, Antoine Maisonhaute, Chikako Hosoda, Jeanne Maisonhaute, Maxime Desert)

samedi 4 février 2012

L'Oiseleur des Longchamps chante la cantate 22 de Bach les 11 & 12 février avec Euterpia

Le baryton L'Oiseleur des Longchamps (que les lecteurs de ce journal commencent à bien connaître sans doute) me signale deux concert Bach / Haendel avec l'ensemble Euterpia prochainement à Paris. Voici les détails du programme:

  • 11 février à 16h : Eglise Sainte Elizabeth 195 rue du Temple 75003
  • 12 février à 12h30 : Temple Saint-Marcel 24 rue Pierre Nicole 75005
  • Motets à la Vierge « Haec est Regina Virginum » hwv 235
  • « Ah ! Che troppo ineguali hwv 230 » de G.F. Haendel
  • Concerto pour hautbois de G.F. Haendel
  • Cantate bwv 22 « Jesus nahm zu sich die Zwölfe » de J.S. Bach
  • V. HOUSSEAU, soprano ; B. CUMMINGS, haute-contre ;
  • S. BEHLOUL, ténor ; L'OISELEUR DES LONGSCHAMPS, basse
  • T. OUDINOT, hautbois ; L. LALOUM & A. LAURENT, violons ;
  • S. HENGEBEART, alto ;
  • L. AUDUBERT, violoncelle ; S. BELIAH, contrebasse ;
  • E. SEYRANIAN, clavecin.

vendredi 3 février 2012

Chostakovitch: Sonates pour Alto et Piano (Pierre Lenert, Eliane Reyes)

Le vendredi 10 février prochain, l'altiste Pierre Lenert et la pianiste Eliane Reyes joueront la Sonate pour alto et piano op 147 de Chostakovitch ainsi que les Märchenbilder op 113 de Schumann au foyer du Théâtre du Châtelet (20h30, entrée libre). Dimitri Chostakovitch n'a écrirt qu'une sonate pour alto et piano (sa toute dernière oeuvre) mais Pierre Lenert a transcrit pour son instrument la sonate pour violoncelle et piano. Les deux artistes ont récemment enregistré un disque chez Integral Classic avec ces deux Sonates, que je n'ai pas eu l'heur d'écouter pour l'instant, et que je ne commenterai donc pas davantage.lenert_reyes_chostakovitch.jpg

"Effervescences" par le Quatuor Tana à Paris

Le quatuor Tana basé à Bruxelles et spécialisé dans la musique d'aujourd'hui vous invite les lecteurs parisiens de ce journal à braver le froid sibérien qui sévit sur la capitale pour venir écouter trois compositeurs aussi passionnants que peu connus :

  • Ondrej Adámek "Lo Que No' Contamo"
  • Raphaël Cendo "In vivo"
  • Yann Robin "Crescent Scratches"

Peu connus mais présents sur Youtube grâce à la captation vidéo pour Arte Live Web d'un concert pour le festival d'Aix en Provence en juillet dernier (Robin, Cendo). Vous voilà prévenus, c'est du contemporain qui gratte un peu. Tout ça se passe au Temple protestant St Marcel (24 rue Pierre Nicole), et les infos pour réserver des places sont sur Facebook (soyons modernes)

jeudi 26 janvier 2012

Mozart et Haydn par l'ensemble Philia

Mes amis de l'ensemble Philia vous invitent à un concert de musique de chambre le Samedi 11 février 2012 à 20h30 (EDIT le 6 février: le concert est reporté pour raisons de santé !!)

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Temple du Luxembourg
58 rue Madame, 75006 Paris
Métro Rennes, Notre Dame des Champs
RER Luxembourg

  • Joseph HAYDN
  • Quatuor à cordes en si bémol majeur op. 76 n° 4 « Lever de soleil »
  • Wolfgang Amadeus MOZART
  • Quintette avec clarinette en la majeur KV. 581 « Stadler »
L’ensemble Philía :
  • Samuel TRICOT, clarinette
  • Didier ORTEGA, violon
  • Catherine DEKEUWER, violon
  • Nicolas LEDERMANN, alto
  • Amélie EBLE, violoncelle
EDIT le 6 février: le concert est reporté pour raisons de santé.

mardi 24 janvier 2012

Quatuor: une biennale qui tient ses promesses

Le programme de la 5e biennale de Quatuor à Cordes à la Cité de la Musique était fort alléchant: des ensembles très confirmés ou très prometteurs; une programmation inventive qui faisait honneur aux classiques du genre en restant ouverte à la modernité; un hommage à Wolfgang Rihm qui servait de fil rouge à l'ensemble de la semaine. N'ayant pu écouter que deux des 

A tout seigneur tout honneur, c'est au Quatuor Ardittti que revenait le privilège de créer le 13e quatuor de Rihm, jeudi 19 janvier. En un seul mouvement, il dure vingt bonnes minutes. Mes impressions à la première écoute: de bonnes idées, une grande maîtrise du discours mais quelques longueurs. Par moments ce quatuor me fait penser à Janacek, je ne sais pourquoi. Il est sans doute truffé de citations ou plutôt d'allusions comme souvent chez Rihm, mais ça n'est pas là que réside l'analogie. Les deux quatuors de Janacek déploient un lyrisme très tendu, au bord de la rupture; ceux de Rihm expriment plutôt un lyrisme désespéré, postérieur à la rupture, à travers une esthétique du fragment. Imaginez un homme qui vient de briser un objet précieux auquel il tenait beaucoup, et qui regarde les tessons d'un air hébété, incrédule.

Un mot sur les membres du Quatuor Arditti, dont c'était peut-être la centième création: en arrivant sur scène, Irvine Arditti avait le même sourire, le même enthousiasme que si c'était son premier concert. Les quatre musiciens ont joué ce 13e quatuor de Rihm avec autant de passion que de sérieux dans l'engagement. Et ce quatuor a été fort bien accueilli par le public, ce qui m'a fait penser que les préjugés sur la musique "contemporaine" étaient peut-être cela justement: des préjugés.

Ensuite ce sont les Ebène qui ont joué le 13e quatuor de Schubert et le 1er quatuor de Tchaïkovsky. Deux oeuvres de facture classique (forme sonate en 4 mouvements) mais très personnelles dans l'expression. Les mimiques de Pierre Colombet, premier violon, lorsqu'il joue, auraient quelques chose de comique si elles n'étaient pas le produit d'un état intérieur puissant et authentique. Cela fait vraiment plaisir à voir tellement il est immergé dans la musique, tellement il sait y plonger ses partenaires et le public. Et le résultat sonore est à la hauteur. Cependant je déplore l'acoustique assez sèche de cette salle des concerts qui laisse bien passer les violons en étouffant un peu les cordes graves, ce qui gâche un peu le plaisir.

Samedi 22 janvier c'est le Quatuor Hagen que j'ai pu écouter, dans un fort beau programme: Haydn (op 33 numéro 2), Bartok (numéro 4), Brahms (numéro 3), ainsi que deux pièces courtes de Wolfgang Rihm, Tristesse d'une étoile et Fetzen 2. Dans ce programme qui balaie presque trois siècles de répertoire, on serait bien en peine de prendre les Hagen en défaut: techniquement on frise la perfection absolue, musicalement cela parle autant aux sens qu'à l'intelligence. Dans ces conditions il n'y a plus qu'à se caler dans le fauteuil et à prendre son pied de la première à la dernière seconde du concert. Mention spéciale à l'altiste Veronika Hagen, dont les sonorités généreuses et tout en souplesses sont extrêmement séduisantes.

dimanche 8 janvier 2012

Cantus Formus

Hier soir à Paris, écouté L'Oiseleur des Longchamps en grande forme qui chantait, accompagné par Mary Olivon, des mélodies inédites d'Olivier Greif ainsi que Centaures qu'il m'avait commandé pour son disque Chevauchées Lyriques. Ce concert était organisé par l'association Cantus Formus et présenté par le compositeur Nicolas Bacri que je remercie de m'avoir invité. Il m'a permis de faire connaissance de musiciens comme le pianiste Henri Barda (écoutez donc son interprétation d'Olivier Greif sur iou-tioube) ou encore Eliane Reyes, pianiste elle aussi, qui a récemment consacré un disque à la musique de piano de Nicolas Bacri.

Cantus Formus réunit des compositeurs qui manifestent un certain attachement aux éléments traditionnels du langage musical: mélodie, harmonie, contrepoint. Laissons les musicologues et les patrons de bistrot débattre pour savoir s'il faut les situer à l'arrière-garde de l'avant-garde ou bien à l'avant-garde de l'arrière garde. Les lecteurs de ce blog connaissent mon opinion sur le sujet: un compositeur est absolument libre d'écrire ce qui lui chante, ce qui lui tient à coeur. Il ne doit rien s'interdire, et par conséquent ne s'obliger à rien. N'est-ce pas Schönberg lui-même qui déclarait à ses élèves: il reste de la très belle musique à écrire en do majeur ? . In fine, seule la qualité de la musique est importante: parmi les musiciens que les histoires officielles de la musique labélisent aujourd'hui comme grands compositeurs, on trouve aussi bien des passéistes que des avant-gardistes, autant de Brahms que de Liszt. Certains musiciens, et particulièrement au XXe siècle, ont été tour à tour considéré comme modernistes puis comme réactionnaires: Strawinsky, Hindemith, Chostakovitch. Pour résumer ma position, je participerai à nouveau et avec grand plaisir aux concerts Cantus Formus si j'en ai l'occasion, mais je ne m'interdis pas d'écrire d'autres pièces qui seraient décidément en dehors de ce cadre-là.

Un enregistrement du concert sera bientôt disponible au téléchargement (payant): à recommander à nos lecteurs surtout pour les mélodies inédites de Greif. Et pour terminer ce billet, un lien vers Quasi una Fantasia de Bacri pour 3 violons et orchestre, avec Lisa Batiashvili, Alina Pogostkina et Baïba Skride en solistes.

 

samedi 7 janvier 2012

La musique sans marteau, par le Quatuor Béla

A voir et à écouter cette semaine à la cité de la musique dans le cadre de la cinquième biennale du Quatuor à Cordes, un concert pédagogique du très brillantQuatuor Béla, programme intitulé La musique sans Marteau et destiné à présenter la jeune musique au jeune public. Extrait du dossier de presse:

Nous commençons ce concert en jouant, sans explications préalables, un court extrait de In Vivo, de Raphaël Cendo. Pour jouer cette pièce nous devons entourer nos instruments de papier aluminium, ce qui a pour effet de produire un son métallique dont aucune note n'émerge vraiment, il s'agit plutôt d'une matière sonore dont on serait bien incapable de dire qu'elle est produite par un quatuor à cordes ! De plus comme son nom l'indique, c'est une musique très violente qui demande aux musiciens une sorte de déchaînement... autant dire que ce début est assez saisissant ! Nous nous adressons ensuite au public en posant la question suivante, qui est l'argument de tout le concert: « Comment en est-on arrivé à écrire une musique pareille... ? »

La pièce de Raphaël Cendo est visible et audible sur Youtube dans une performance assez époustouflante du quatuor Tana et comme nos fidèles lecteurs pourront le constater, ça n'est pas piqué des vers en effet:

Le programme de cette cinquième biennale est fort alléchant par ailleurs, avec des formations prestigieuses (les Kronos, Modigliani, Artémis, Diotima, Ebène, Borodine, ...) et un compositeur mis à l'honneur: Wolfgang Rihm qui a écrit pas moins de 13 quatuors à cordes, et qu'on considère outre-Rhin comme un des musiciens qui comptent dans l'Allemagne d'après Stockhausen.

lundi 31 octobre 2011

De Giacinto Scelsi à Christophe Bertrand avec Vincent Royer

L'altiste français Vincent Royer est un des grands spécialistes du répertoire spectral qu'il affectionne particulièrement. En particulier il a bien connue Horatio Radulescu qui lui a dédié Lux Animae pour alto seul.

Son dernier disque, paru en juin dernier, est consacré à Giacinto Scelsi et comporte l'enregistrement de toutes les pièces pour alto du maître italien qu'on voit aujourd'hui comme un des précurseur du mouvement spectral. Il en parlait ce soir à la radio Musiq3 (RTBF), émission que l'on peut podecaster comme il se doit. Je vous laisse découvrir par vous-même les qualités de cet artiste passionné, généreux et engagé s'il en est.

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(photo Serge Verheylewegen)

Il sera également à Bruxelles au Botanique le 3 novembre prochain, et à Clermont-Ferrand le 5 novembre. Dans le cadre du festival Musiques démesurées, il assurera la création "Arashi", une pièce du très brillant et très regretté Christophe Bertrand.

lundi 10 octobre 2011

Hélène Grimaud à la Philarmonie de Liège

Nos amis belges n'ont toujours pas de premier ministre (bien que les négociations avancent, paraît-il) mais il auront bientôt le plaisir d'écouter Hélène Grimaud (le 22 octobre prochain) à la Philarmonie de Liège, non avec le Philharmonique d'ailleurs mais avec l'Orchestre National de Belgique (qui accompagne entre autre les lauréats du célèbre concours reine Elisabeth). Elle se produira dans le premier concerto de Brahms, une valeur sûre à défaut d'être un choix particulièrement original. Le reste du programme l'est davantage avec la 3e symphonie d'Albert Roussel et une ouverture de Jacques Leduc.

J'avoue être un peu surpris lorsque la pianiste française affirme dans une interview vidéo qu'elle allait « à contre-courant » choisissant de jouer Brahms. Vraiment ? Comme anti-conformisme on a déjà vu plus forcené ! Je veux dire par là que Johannes Brahms, lorsqu'il joua lui-même ce concerto à Hanovre en janvier 1859, a de vrais risques par rapport aux goûts du public de l'époque: lequel public ne s'est pas privé de siffler copieusement cette musique jugée « incompréhensible ». Mais aujourd'hui, un siècle et demi plus tard, le moins qu'on puisse dire est que ce concerto est entré dans le répertoire. Il a été joué par des centaines, peut-être des milliers de pianistes dans le monde entier, enregistré en disque, diffusé à la radio, sans doute même utilisé dans des publicité pour déodorant industriel ou des musiques d'attente téléphonique... si ça n'est pas rentré dans l'oreille collective, tout ça, je veux bien qu'on m'appelle Engelbert (Humperdinck pour les intimes).

Madame Grimaud, je sais bien que vous avez mieux à faire que de lire des idioties dans les blogs, néanmoins un ami commun aura peut-être la gentillesse de vous transmettre ma demande. Je n'ai franchement aucun reproche à vous faire, tout ce que j'ai entendu de vous était impeccable: Brahms (les Intermezzi surtout), Bach, Beethoven... Je suis un peu mal à l'aise avec tous ces sites de fans qui montrent à gogo vos photos moitié intello moitié sexy, comme si votre toucher ne suffisait pas à séduire, mais j'imagine que vous êtes vous aussi un peu mal à l'aise devant cette starification même si elle vous est profitable professionnellement. 

Quoi qu'il en soit, la prochaine fois que vous viendrez à Liège, adoptez s'il vous plaît l'attitude de liberté et d'aventure qui y subsiste encore, presque 10 ans après la disparition d'Henri Pousseur. tonnez-nous ! Jouez des oeuvres peu connues, testez un peu la résistance de votre public avec les études de Ligeti ou la 3e sonate de Boulez, la résistance de votre piano avec les Klavierstück de Stockhausen; faites partager au public la délicate poésie des pièces de Kurtag ou celle, plus massive et affirmative, de Messiaen; je ne sais pas moi, faites-nous découvrir quelque jeune compositeur (ou compositrice) totalement inconnu; terminez par une impro si vous le souhaitez, essayez-vous au jazz ou au style manouche si ça vous fait envie. En un mot, démontrez-nous que vous êtes une musicienne et pas seulement une pianiste. Que vous êtes une artiste et pas seulement une représentante haut-de-gamme de ce qu'on produit maintenant en série dans tous les Conservatoires du monde (à ce propos, gare à la redoutable concurrence venue d'Asie...). Alors, chiche ?

lundi 19 septembre 2011

La rentrée en beauté de l'Itinéraire

L'Itinéraire fait sa rentrée avec un concert consacré à la beauté. Comme le dit si bien leur département marketing:

Parler de beauté lorsqu’on évoque la musique semble une évidence ; mais lorsqu’on l’accole à la musique de création, le terme paraît soudainement incongru. Pourtant, s’il est une évidence, c’est bien que l’innovation artistique n’a pas vocation à s’éloigner de l’idée de beauté, et que l’émergence de celle-ci pointe derrière chaque note posée sur le papier, aujourd’hui comme hier. Cette saison, l’Itinéraire tisse une trame autour de cette idée de beauté, et la décline comme une histoire chapitrée. En marge de ce récit musical, l’ensemble présente dans ce premier événement un aperçu des belles œuvres qui jalonneront son année. Cette apostille marque aussi la première intervention plastique de l’artiste invité cette saison par l’Itinéraire, Lionel Estève.

image001.jpgAu programme, de la musique française d'aujourd'hui:

  • Gérard Pesson - Ne pas oublier coq rouge dans jour craquelé (moments Proust)
  • Franck Bedrossian - L’usage de la parole
  • Grégoire Lorieux - Branche
  • Dmitri Kourliandski - ~#(:-&PER4Musicians (création française)
  • Gérard Grisey - Talea
C'est bien la première fois que je vois un smiley dans le titre d'une oeuvre musicale (tout finit donc par arriver). Tout ça se passe le Samedi 24 septembre 2011 à 20h30 à la Cité de la céramique de Sèvres (92), avec un avant-concert le mercredi 21 septembre à 19h au Conservatoire de Boulogne-Billancourt. Venez nombreux, comme on dit dans ces cas-là.

samedi 28 mai 2011

Beethoven par L'Oiseleur des Longchamps (7 juin 2011, Paris)

Le mardi 7 juin 2011 à 20h, L'Oiseleur des Longchmaps chantera Beethoven (Folk Songs, Lieder) accompagné par Aya Okuyama sur un authentique pianoforte Broadwood de 1815. C'est à Paris, au temple protestant du Luxembourg, 58 rue Madame. Le programme comporte également une Sonate pour violoncelle et piano ainsi que la Sérénade pour flûte, violoncelle et piano (avec Louise Audubert et Marc Zuili).

J'ai pu échanger il y a quelques semaines avec Aya Okuyama au sujet des pianoforte qui sont une véritable passion pour elle. Avec un piano ancien, m'a-t-elle expliqué, on est obligé de vraiment chercher le son, d'aller au bout des ressources de l'instrument, et l'équilibre avec les chanteurs ou les instrumentistes qu'on accompagne se fait beaucoup plus naturellement. Avec un piano de concert moderne, on est contraint en revanche de sous-utiliser l'instrument car ces grands pianos sont conçus pour jouer des concertos (post-)romantiques dans des salles de deux mille places et rivaliser avec de grands orchestre plutôt que pour la musique de chambre et la mélodie.

Broadwood-Square-Piano-ca-1815.jpg

L'acoustique vient d'ailleurs confirmer cette intuition. Les marteaux des pianos modernes sont en feutre, et leur dureté dépend de la force de l'attaque: si l'on joue très fort ils attaquent plus franchement la corde, ce qui modifie non seulement le volume mais aussi et surtout le timbre qui devient plus riche dans la partie aigüe du spectre, c'est à dire plus brillant, plus agressif, un peu plus inharmonique également. Si un pianiste adapte son toucher pour accompagner un chanteur dans une petite salle, il restera toujours dans les attaques assez douces, qui produisent un son plus "rond", plus sourd. Avec un instrument moins puissant, et a fortiori avec un pianoforte équipé de marteaux en cuir et non en feutre, il est possible d'obtenir des sons plus brillants, plus timbrés sans pour autant passer au-dessus de la partie vocale. On pourrait encore discuter de beaucoup de points techniques, comme la table d'harmonie, le cadre en métal, les cordes croisées, mais en deux mots comme en cent, en musique, lorsque le son change, tout change.


mardi 17 mai 2011

Arkheion #4 Aurélie Loiseleur Wilfrid Wendling

Une immersion complète durant 90 minutes dans l'univers d'une poète et celui d'un musicien. C'est ainsi que je serai tenté de résumer le spectacle Arkheion #4 présenté à la Maison de la Poésie de Paris par Wilfried Wendling (compositeur) et 5 poètes dont celle que j'ai pu écouter (Aurélie Loiseleur).

Dès l'entrée dans le sous-sol de la maison de la poésie, les spectateurs sont immergés dans une performance qui a déjà commencé. Ils sont invités à déambuler dans quatre salles petites et voutées, dans lesquelles jouent quatre musiciens (Irène Lecoq au violon, Cyprien Busolini à l'alto, Deborah Walker au violoncelle, Charlotte Testu à la contrebasse). Ils jouent très doucement et avec de grosses sourdines mais (comme j'allais l'apprendre en discutant avec les musiciens après le spectacle) le son est amplifié, traité en temps réel et spatialisé. La résultante sonore est quelque part entre le bruit blanc et la guitare électrique saturée, ça gratte un peu à mon goût mais c'est assez prenant. Par ailleurs des images d'archives de poètes (Apollinaire, Aragon et bien d'autres) récitant leurs textes sont projetées par courtes séquences sur les murs. Surgissant au milieu de la musique fortement bruitiste de Wendling, la voix des poètes semble avoir traversé le temps et l'espace pour parvenir jusqu'à nous. D'autres images plus abstraites (formes géométriques mouvantes en noir et blanc) sont également projetées.

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Après une dizaine de minutes, les spectateurs puis les musiciens rejoignent un à un la pièce principale où la poète fait son entrée. La récitation va commencer. Pour ce projet, Wilfried Wendling avait préparé une vingtaine de séquences (des « caractères ») où l'on retrouve tous les styles de l'écriture contemporaine pour cordes. On pense à Scelsi par exemple dans la séquence où les quatre instruments, sur la même note, jouent avec des micro-intervalles, des battements, des glissandi extrêmement lents. On pense à Ligeti (2e quatuor, Kammerkonzert) lorsqu'on entend des pizzicati, chaque instrument sur la même note, à des vitesses différentes. On pense à Lachenmann et à d'autres dans les passages purement bruitistes. On pense à Radulecu et aux spectraux lorsque la contrebasse émet un mi grave décoré par des harmoniques en trémolo dans le suraigu des autres cordes. Ou encore à Luigi Nono pour la pièce qu'on entendra en dernier, très dépouillée, au confins du silence. Les musiciens n'ont pas de partition : ils ont mémorisé chaque séquence (dont les éléments de base sont assez simples), ils s'écoutent, accompagnent souplement la récitante et improvisent les transitions.

La poète a pu composer son spectacle en choisissant dans ce « réservoir de propositions » ou « labyrinthe musical » les pièces exécutées avec chaque lecture, ou comme interlude entre deux lectures. Aurélie Loiseleur a également choisi de réciter un poème sans musique, et de faire revenir certains poèmes deux fois, avec une séquence musicale différente (et une manière de réciter différente également). Ses gestes sont sobres mais c'est une véritable performance d'actrice qu'elle nous offre. Par ailleurs la synthèse entre voix parlée et musique fonctionne étonnamment bien. J'avoue qu'en écoutant sur CD avant le spectacle les séquences préparées par Wilfried Wendling, tout en trouvant la diversité d'ambiances intéressante, je me demandais comment les séquences pouvaient s'enchaîner et pourquoi il n'y avait pas vraiment de variations ou de développement à l'intérieur d'une même séquence. Cependant, ces matériaux ne sont pas une composition autonome pour quatuor à cordes mais un point de départ pour l'improvisation et le dialogue avec la voix parlée. Et le résultat final est des plus convaincants : la modernité radicale de Wilfried Wendling (ça pique et ça gratte par moments) s'harmonise parfaitement avec celle des textes d'Aurélie Loiseleur (il faudra un jour que je publie dans ce journal poésie râpe, un beau texte où elle expose sa conception de la poésie dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle se situes aux antipodes des néoromantiques).

L'heure passe aussi vite qu'un clin d'oeil et une fois le dernier mot prononcé, les derniers sont éteints dans un souffle, le public reste un moment silencieux, chacun étant renvoyés à ses propres émotions, à ce que le pouvoir des mots associés à celui de la musique a pu remuer au plus profond. Sans vouloir, faute d'en être capable, rentrer dans le détail desdites émotions (que ne suis-je poète), je voudrait tout de même adresser un joli coup de chapeau aux artistes. Voilà du beau boulot !

A lire aussi: Un Fauteuil pour l'Orchestre, La Terrasse

samedi 9 avril 2011

Orgue et création, à la Philharmonie de Liège

Les salles de concert avec orgue sont devenues rarissimes: depuis la revente de l'orgue du Studio 104 de la Maison de la Radio à Paris en 1997 (les orgues de la salle Pleyel, de la salle Gaveau, du Théâtre des Champs Elysées ayant disparu bien avant), il ne reste qu'un grand orgue dans une salle de concert à Paris, celui de l'Auditorium Maurice Ravel à Lyon (un magnifique instrument construit par Cavaillé-Coll). Et en Belgique, à ma connaissance, l'orgue de la philharmonie de Liège est également le seul du pays. C'est tout de même étrange de constater à quel point l'orgue, qui est l'un des instruments les plus anciens (on le trouve en Grèce antique), et par son utilisation par les cultes catholiques et protestants, l'un des plus répandus dans la tradition musicale occidentale, ait à ce point disparu des salles de concert.

orgue_philharmonie_liege.jpgUne bonne raison de ne pas bouder son plaisir en acceptant la gracieuse invitation de la Philharmonie de Liège à un concert d'orgue gratuit et de surcroît à un horaire fort pratique: midi trente. Une autre raison étant bien sûr de venir écouter le travail de mes camarades organistes et compositeurs du Conservatoire. A ce propos, la différence de culture entre la Belgique et la France est frappante: il est relativement courant d'entendre en Belgique des étudiants et des professionnels confirmés (comme ici Jean-Luc Thellin) se produire lors du même concert, alors que chez nous une véritable muraille de verre sépare les élèves et leurs professeurs.

Quelques mots sur l'instrument. Construit en 1889 à l'apogée de l'orgue romantique, il a été révisé tout récemment, en 2005 (vous trouverez plus de détails sur le site orgue & vitraux ou encore sur celui de la philharmonie). Dans sa version actuelle, il est muni d'une console mobile, d'un programmateur électronique, en somme de tout le confort moderne. Fini les tirettes qu'un acolyte pousse pour enclencher les jeux, et les accouplements mécaniques ! A la place de chaque jeu, une petite loupiote s'allume ou s'éteint, et il suffit d'une seule pression sur un bouton du programmateur pour changer tous les registres d'un coup. Les organistes tournent le dos au public, ce qui est un peu étrange mais permet de regarder le travail des mains et des pieds.

Nous commençons par une Fantaisie de Petr Eben, compositeur tchèque disparu tout récemment (en 2007).  Cette pièce me séduit et me donne l'envie de découvrir davantage ce musicien. Petr Eben connaissait bien l'orgue dont il jouait en virtuose. Dans cette Fantaisie écrite sur des thèmes liturgiques et vraisemblablement basée sur des improvisations, il utilise toutes les ressources de l'instrument pour donner une ampleur symphonique à ses variations. Cette musique vivante et colorée qui évoque Martinu ou Janacek s'écoute avec grand plaisir.

C'est ensuite Gauthier Bernard qui prend les commandes de l'orgue de la Philharmonie pour jouer d'abord une pièce de sa composition puis une autre de Sarah Wéry. Sans vouloir ranimer la guerre du feu entre les classes d'Écriture et de Composition, la succession des deux pièces illustre bien les forces et les faiblesses de chaque approche. La pièce de Gauthier Bernard est très bien maîtrisée du côté harmonie et contrepoint, mais également sur le plan instrumental (c'est l'avantage dont dispose l'interprète-compositeur). Cela dit, il fait sonner l'orgue de façon plutôt traditionnelle. La pièce de Sarah Wéry, par contraste, paraît plus personnelle bien qu'elle sous-utilise les possibilités de l'instrument et soit moins riche en contrepoint. On y trouve certains gestes comme cet arpège rapide et léger qui traverse tout un clavier qui sont assez peu dans la tradition des organistes et par là même tout à fait intéressants à écouter. C'est un peu délicat bien sûr de bloguer sur des pièces écrites par mes camarades: aussi tiens-je à rappeler que ce sont uniquement des impressions  subjectives que je livre, et qu'il y a des professeurs qui sont chargés de juger, de donner des conseils et de mettre une note (ou plutôt une "cote" comme on dit à Liège), ce que je me garderai bien de faire dans ce journal.

Le concert se poursuit avec les Alléluias sereins d'Olivier Messiaen, un pur moment de bonheur surtout pour un fan comme moi. Entendre la divine musique de Messiaen sans avoir à se geler les miches dans une église qui sonne mal et trop, c'est vraiment avoir un avant-goût du paradis.

Ensuite vient une pièce de Pascal Dusapin intitulée Memory. Censée être un Hommage crypté et monomodal à Ray Manzarek (musicien américain qui tenait les claviers pour le groupe The Doors), c'est surtout une pièce hautement soporifique et dont l'intérêt musical doit être crypté lui aussi car il m'a totalement échappé.

Pour terminer, nous entendons la Suite pour orgue de Stefan Pitz. Une série de pièces spectaculaires et virtuoses qui explorent non seulement les possibilités de l'orgue, mais aussi celles de l'orgue de la philharmonie en particulier. Parmi les techniques employées, le jeu vertical (sur plusieurs claviers avec une seule main) ou les changements de registration sur une note tenue (à part une sorte de claquement lorsque les tuyaux se mettent en vibration, cet effet-là ne produit d'ailleurs rien d'extraordinaire). De cette exploration tous azimuts, il ressort une gamme d'émotions et d'atmosphères très variées, un peu inégales car certaines parties fonctionnent mieux que d'autres. Bien qu'il y ait sans doute dans cette partition des éléments structurants, je n'ai guère trouvé à l'oreille de fil rouge musical ou émotionnel qui relierait les parties entre elles pour construire une narration. Il n'en reste pas moins que cette pièce est la plus audacieuse et la plus développée de ce que nous avons entendu ce jour. Et que les trois pièces présentées par les jeunes compositeurs étaient, chacune à sa façon, autrement plus stimulantes et réussies que la très décevante pièce de Dusapin.

Outre les artistes eux-mêmes (Edward Vanmarsenille, Evgenia GalyanGauthier Bernard, Thomas Groenweghe, Jean-Luc Thellin) il faut remercier et féliciter les professeurs Anne Froidebise et Michel Fourgon pour une initiative qui perpétue l'esprit de création et d'innovation insufflé par Henri Pousseur au conservatoire de Liège, et qui semble encore bien vivace aujourd'hui.

samedi 12 mars 2011

KABrass: danse avec les cuivres (concerts les 12 et 13 mars)

Je publie ce billet bien tardivement, pour rappeler les concerts de l'ensemble KAbrass, dans un nouveau programme "Danse avec les Cuivres", sous la direction de la jeune et très prometteuse Elisabeth Askren, le 12 mars (aujourd'hui donc) à 17h à Paris dans l'Eglise Suédoise et le 13 mars au Mesnil-le-Roi dans les Yvelines. Les détails sont sur le site de KAbrass. Venez nombreux !


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dimanche 6 mars 2011

Bartholomée, Seba, Lachenmann et Pagliei par le Quatuor Danel à Liège

Ouï à la philharmonie de Liège le 3 mars dernier, un concert de l'excellent Quatuor Danel donné dans le cadre du festival Ars Musica, avec la participation du centre Henri Pousseur (ex-CRFMW) pour l'électronique.

Tout d'abord nous entendons, de Pierre Bartholomée, Envol et mort d'un papillon. Comme son nom l'indique, ce quatuor de facture plutôt classique regarde du côté des (post-)impressionnistes (Debussy, Dutilleux). Je suis vraiment séduit par la beauté des lignes mélodiques, la polyphonie en apparence très libre – c'est à dire en réalité très bien contrôlée – et l'usage très subtil des timbres. On distingue assez bien les motifs que les musiciens reprennent et développent; l'harmonie ne s'interdit pas les accords consonants, mais échappe toujours aux formules cadentielles toutes faites. Les musiciens du quatuor Danel jouent chaque note comme si leur vie et celle de leurs camarades en dépendait: cette intensité de l'engagement produit un effet quasi hypnotique sur le public qui écoute avec autant de concentration que de plaisir. Ce quatuor qui se termine comme une question en suspens, pianissimo, par une double anacrouse non résolue, paraît trop court, comme d'autres oeuvres récentes de Bartholomée. On aimerait bien le ré-entendre en entier.

L'oeuvre qui suit paraît au contraire un peu longuette. En trois mouvements (quatuor seul / mixte / électronique seule) Quivering de Catherine Seba s'inspire autant de la musique du moyen-âge que du heavy trash gothic metal (enfin, ce genre de chose, je ne suis pas spécialiste). La compositrice paraît avoir oublié qu'entre le moyen-âge et la techno, dans la musique occidentale, durant une courte période de 500 ans, il s'est passé quelque chose de tout à fait spécial: l'invention de la polyphonie, qui permet à plusieurs lignes musicales de dialoguer au lieu de simplement se superposer ou se succéder. Et aussi celle de la modulation, qui permet de changer de couleur harmonique et de la variation, qui permet d'éviter l'ennui en conservant un sentiment d'unité. Vous l'aurez compris, l'écoulement assez linéaire et mono-dimensionnel de cette pièce m'a déçu et j'ai trouvé le temps long, spécialement dans la dernière partie où les quartettistes s'ennuient poliment pendant qu'on passe une bande composée de plusieurs « boucles » qui tournent en rond autour de 3 ou 4 notes.

Ce qui suit est plus excitant. Le identità fluide pour quatuor à cordes et électronique temps réel est de Lorenzo Pagliei, un élève de Lachenmann, et j'ai d'abord cru que c'était de Lachenmann à cause d'un inversion de l'ordre annoncé sur les programmes. C'est de la musique « bruitiste » ou le travail sur le son (et sur tous les modes exotiques de production du son: col legno, sul pont, verso pont, etc) est primordial. Il y a beaucoup d'idées, d'échanges entre les instruments, de contrastes. L'intégration de l'électronique et des instruments me paraît plus réussie que dans la pièce précédente. L'amplification permet à des effets qui d'ordinaire sont limités par leur très faible volume sonore (comme par exemple l'archet frotté verticalement le long d'une corde) d'interagir avec d'autres sons. Si j'ai pu être agacé par certains sons électroniques (dont une « sonnerie de téléphone » qui revient beaucoup), l'ensemble valait le coup d'oreille.

La pièce qui termine le concert est Gran Torso d'Helmutt Lachenmann. Elle date de 1972 et c'est de loin la plus ancienne de celles qu'on aura entendu ce soir-là. Le programme explique que ce « pionnier de la synthèse du post sérialisme et de la musique expérimentale » a inventé rien moins que la « musique concrète instrumentale ». En clair, cela consiste à utiliser toutes les manières possibles de produire des sons avec un violon et un archet, sauf bien sûr celle qu'on utilise habituellement. Archet frotté contre le bois de la caisse ou bien contre le cordier, pizzicatos violents et étouffés (de manière à ce qu'on n'entende que l'impact et pas la hauteur du son), archet écrasé (le son produit peut évoquer un cordage qui grince sur un bateau), jeu derrière le chevalet, percussion du bout métallique de l'archet contre la mentonnière... il faudrait une notice détaillée avec des schémas ou une vidéo pour expliquer tout cela. Beaucoup de sons sont très faibles, aux limites de l'inaudible. Des silences assez longs qui créent l'attente, la frustration ou l'exaspération, selon les auditeurs, et confèrent une étrangeté plus grande encore aux sons qui surgissent ensuite. Et le plus étonnant ? Ça sonne plutôt bien. C'est l'usage à contre-emploi des instruments élevé au rang d'art. Une sorte de caricature savamment travaillée de tout ce que les gens détestent en général dans la musique contemporaine. Je ne dirais pas que la musique de Lachenmann est vraiment plaisante à écouter, mais elle accroche l'oreille, et il faut bien reconnaître que beaucoup de compositeurs « bruitistes » font figures de gentils amateurs à côté de lui. Ça n'a pas tellement de sens de refaire du Lachenmann aujourd'hui (en moins bien), mais il faut bien reconnaître que les sons étranges qu'il utilise ont trouvé leur place dans la boîte à outils des compositeurs de ce début de XXIe siècle, à côté d'autres outils comme la musique sérielle, spectrale, ou électro-acoustique.

Ne terminons pas ce billet sans redire l'admiration que me cause l'interprétation du quatuor Danel dans tout ce programme, vraiment digne de tous les éloges pour la qualité et l'intensité de leur « jouer ensemble » au service de la musique. Bravo, messieurs, j'ai hâte de vous écouter à nouveau.

lundi 14 février 2011

Le paradis selon Anderson, Carter et Saariaho

Entendu vendredi dernier à la Cité de la musique, un concert de l'Ensemble inter-contemporain donné dans le cadre d'un cycle sur le thème du Paradis.

On commence par The Comedy of Change (2009) de Julian Anderson dont j'entends la musique pour la première fois. Sept pièces courtes pour douze instruments (quintette à cordes, flûte, clarinette, cor, trompette, harpe, percussion, synthétiseur), inspirées non par un poème roman ou un tableau, mais par un ouvrage scientifique: L'Origine des espèces d'un certain Charles Darwin, comme nous l'explique le compositeur:

Les différentes vitesses de changement que l'on peut voir dans la nature - de celui très lent des roches ou des montagnes aux évolutions très rapides chez l'homme et l'animal - m'ont donné l'idée d'écrire une pièce en sept mouvements très contrastés en matière de sonorité, de caractère musical, d'instrumentation, d'harmonie et de ligne mélodique.

Contrasté est bien le maître mot. Par moments c'est plutôt bruitiste, par d'autres c'est plutôt spectral, ou  sériel, ou encore franchement lyrique. Dans certains passages assez dépouillés, on attend un peu qu'il se passe quelque chose, dans d'autres les motifs lyriques se superposent dans des polyphonies assez denses (à moins qu'ils soient opposés à des motifs rythmiques plus énergiques). Au total sur les 25 minutes on ne s'ennuie pas un seul instant, ce qui est très bon signe, et on ne boude pas son plaisir, mais on chercherait en vain un fil directeur. il y a peut-être des motifs ou des structures qui sont ré-utilisés d'une pièce à l'autre mais dans ce cas ils ne ressortent pas de manière évidente à l'audition.

Suit un intermède d'une dizaine de minutes de musique bruitiste à base de raclements de chaise, roulements de piano, percussions étouffées et claquements de pupitres, au cours duquel je ne puis m'empêcher de penser; faut-il aimer la musique tout de même pour se cogner tous ces changements de plateau en restant poliment assis dans le noir.

Ensuite vient On Conversing with Paradise, écrit en 2008 par un jeune homme qui venait de fêter ses cent ans: Eliott Carter, et dont c'est la création française. La notice du compositeur comporte surtout une biographie d'Ezra Pound, poète américain qui passa une bonne partie de sa vie en prison et en asile psychiatrique, puis raconte simplement:
 

J'ai écrit ma musique sur des vers des Cantos 81 et 120, dans lesquels l'auteur se désespère de ne pas avoir écrit le poème parfait, synonyme pour lui du paradis.

C'est le baryton Leigh Melrose qui chante ce texte assez noir qui mélange les registres et les styles, mériterait un long billet de blog à lui tout seul. Pull down thy vanity, répète le poète (rabaisse ta vanité), dont le choix à lui seul indique qu'Eliott Carter n'est pas près de céder à la nostalgie ou à la complaisance. Par contraste avec la partie vocale qui est somme toute assez lyrique, l'orchestre où l'on trouve pas moins de cinq percussionnistes produit surtout des sons courts et percussifs, des gestes virtuoses et brefs, à l'exception de quelques notes tenues par les violons dans l'aigu qui n'apportent aucun réconfort. La voix plane donc au-dessus d'un paysage fait de rocs sombres aux arrêtes tranchantes, et la complexité rythmique fait qu'on n'a jamais vraiment l'impression que l'orchestre accompagne le chanteur, au sens classique. Une très grande maîtrise du matériau est évidente, mais je me demande tout de même si Eliott Carter n'aurait pas écrit peu ou prou de la même façon il y a 30 ans. Les musiciens de l'Inter-contemporain, rompus à la musique de Boulez, sont dans celle de Carter comme des poissons dans l'eau.

Après l'entracte, on termine par un concerto pour violon de Kaija Saariaho, sous-titré Graal théâtre et inspiré par le livre homonyme de Jacques Roubaud. C'est Jeanne-Marie Conquer qui s'y colle et ses camarades qui l'accompagnent dans une orchestration réduite (les cordes vont par par deux alors que la version originale est pour orchestre symphonique). La compositrice finlandaise nous raconte:

Graal théâtre fait figure d'exception parmi une longue série de pièces dans lesquelles je mêle instruments acoustiques et dispositifs électroniques de tous types. Mon point de départ était ici la sonorité délicate du violon et son interaction avec l'orchestre.

Partant d'un motif assez simple qui évoque sol mineur, les phrases de violons s'élèvent en volutes successives. Le but est bien évidemment de m'hypnotiser, mais pour une raison qui m'échappe, le charme ne fonctionne pas cette fois-ci. Peut-être est-ce simplement la fatigue de la fin de semaine qui m'empêche d'aller au-delà d'une écoute seulement analytique. Le retour obsessionnel sur les les cordes à vides sol - ré et les maniérismes de style spectral finissent même par m'agacer légèrement. Le jeu de Jeanne-Marie Conquer est parfait, un peu trop parfait même, il n'y manque peut-être que la fragilité ou la délicatesse dont rêvait la compositrice. Une compositrice dont je suis un grand fan par ailleurs, je vous invite à découvrir par exemple le Mystère de l'instant chanté par Karita Mattila qui me donne des frissons partout:

Ce concert sera diffusé sur France Musique le 21 mars prochain (et sans doute disponible en podcast à la même date).

lundi 6 décembre 2010

Concert Bartholomée à la philharmonie de Liège

Relativement peu connu en France, Pierre Bartholomée a fait l'essentiel de sa carrière à Liège dont il a dirigé la Philharmonie pendant une vingtaine d'années. Il fait partie des compositeurs et chefs d'orchestre mis à l'honneur par cette même philharmonie qui célèbre cette année son cinquantième anniversaire, comme le rappelle l'actuel directeur, Jean-Pierre Rousseau dans sa présentation. En prélude aux concerts anniversaire du 7 au 9 décembre, qui permettront d'entendre la création d'une symphonie, elle proposait un concert de musique de chambre gratuit et sur l'horaire de la pause déjeuner, ce qui laisse peu d'excuses pour ne pas y assister.

Nous avons pu entendre trois pièces, par ordre chronologique inversé. La première est un trio pour flûte, alto et harpe écrit en 2001 intitulé Et j'ai vu l'âme.. elle dansait sur un fil et composé de sept moments, ou plutôt, pour reprendre la terminologie employée par le compositeur, une « phrase » constituée de sept « mots ». Chaque « mot » est un moment de musique qui est présenté, mais pas développé. Certains matériaux sont repris d'un « mot » à l'autre, ainsi que les syllabes dans une phrase. Je dois bien avouer que cette musique m'a séduit, et chaque morceau m'a paru trop court (ce qui est en général bon signe). Les harmonies sont douces tout en échappant à la banalité des formules tonales toutes faites; chacun des trois instruments est utilisé au meilleur de ses possibilités, et dialogue aimablement avec les autres. Même s'il y a des passages plus rythmiques et énergiques que d'autres, l'impression qui domine est celle d'une musique tout en douceurs qui ne s'impose pas par la force. La référence à Debussy et à sa Sonate pour flûte, alto et harpe est inévitable et d'ailleurs rappelée par Pierre Bartholomée. Si les sonorités ne sont pas aussi originales que ce qu'ont écrit par exemple Sofia Goubaïdoulina ou Kajia Saariaho pour la même formation, le tout est vraiment de très bonne facture et s'écoute avec grand plaisir.

Le compositeur nous invite ensuite à remonter un peu dans le temps (1997 je crois) pour écouter une autre série de sept miniatures, pour une formation beaucoup plus insolite: violon et trombone. Contre toute attente, cela fonctionne assez bien, y compris dans les passages où le trombone joue dans un registre plus aigu que le violon. C'est bien sûr grâce aux interprètes: d'une part la violoniste Izumi Okubo a tellement de son qu'une armée de trombones ne sauraient la « couvrir »; d'autre part Alain Pire, son partenaire, écoute et sait doser le son d'un instrument dont on oublie parfois qu'il est capable des pianissmi les plus délicats en plus d'avoir un éclat incomparable dans les nuances forte. Là encore, chaque miniature paraît presque trop courte, on ré-écouterait bien l'ensemble une deuxième fois. Pierre Bartholomé, qui parle de sa musique avec simplicité et des musiciens qui la jouent avec bienveillance, nous explique qu'il a utilisé certains « objets trouvés » dans ces pièces, c'est-à-dire des matériaux musicaux tirés d'oeuvres ou d'esquisses plus anciennes. Ce qui n'a rien d'insolite au demeurant: les compositeurs ont presque tous pratiqué l'auto-citation et l'auto-arrangement (certains plus que d'autres comme Bach ou Chostakovitch).

C'est ensuite Mezza Voce pour piano, violon, clarinette et percussions qui nous est présenté. Cette pièce écrite dans les années 1970 (c'est de la « musique ancienne » plaisante le compositeur) a été écrite à la mémoire de Louis Robert, compositeur disparu prématurément et au sujet duquel Pierre Bartholomée nous rapporte une anecdote tout à faire significative. Louis Robert avait écrit une pièce pour orchestre où l'accord de l'orchestre (le moment où tous les instruments jouent n'importe quoi en même temps), ce chaos originel, se transforme et s'organise progressivement, les musiciens utilisant des improvisations basées sur des motifs et des « réservoirs de notes ». Le chef d'orchestre arrive ensuite et prend les rênes pour une section centrale plus rythmique. Puis il pose la baguette et quitte la scène; la musique retourne alors progressivement au chaos. (Je n'ai pas entendu cette pièce: j'en rapporte simplement la description qu'en donne P. Bartholomée). Ce qui est remarquable c'est que le public habituel de la Philharmonie a très mal accueilli cette pièce lors de la création (un « gros scandale » nous dit P. Bartholomée) alors que la même pièce a connu un grand succès deux jours plus tard, donnée par les mêmes interprètes, lors d'un concert pédagogique dédié aux familles et précédé d'une courte présentation par le compositeur. Que pouvons-nous en retenir ? D'abord que le public pour un artiste est comme le vent pour un skipper: tantôt favorable, tantôt contraire, et parfois très prompt à passer de l'un à l'autre. Ensuite que les publics de mélomanes avertis (ceux qui ont un abonnement aux concerts symphonique ou à l'opéra) sont bien souvent horriblement conservateurs et frileux, enclins à juger avec sévérité tout ce qui est nouveau et qu'ils ne connaissent pas (aussi bien pour les interprètes que pour le répertoire d'ailleurs). Tandis que les publics plus divers et moins « cultivés » qu'on peut constituer lors d'occasions spéciales comme les festivals où les concerts dans des lieux insolites (usines, prisons, centre de congrès, plein air) sont souvent plus réceptifs et demandeurs d'émotions qui ne soient pas formatées ou pré-programmées.

Fermons la parenthèse et revenons à Mezza Voce. C'est un quatuor mais une seule des sept parties mobilise les quatre instruments: les solos et duos prédominent. Cette oeuvre est tendue, austère, sombre et elle parvient à créer une atmosphère très intense avec une grande économie de moyens. A titre purement subjectif, je lui trouve une force expressive sans commune mesure avec les autres pièces pourtant pas dépourvues de qualités. Notons au passage qu'elle comporte une pièce pour clarinette qui n'a pas été jouée lors de ce concert parce qu'elle est trop difficile et utilise beaucoup le suraigu. Comme je déteste cordialement le suraigu de la clarinette au-delà d'une demi-seconde, je ne saurais m'en plaindre. Cela dit on peut rendre hommage à l'excellent Jean-Pierre Peuvion, grand interprète de la musique contemporaine, qui avait joué et enregistré la pièce à l'époque de sa création.

Voilà donc un compositeur tout à fait intéressant et dont j'entendais la musique pour la première fois (sans doute parce que je ne vis pas en Belgique). Que peut-on en conclure ? Que le monde est vaste, que mon ignorance l'est plus encore et que fort heureusement il me reste bien d'autres découvertes tout aussi réjouissantes à faire.

lundi 22 novembre 2010

Des Harmonies un peu trop sages

Entendu samedi dernier salle Gaveau, l'intégrale des Harmonies Poétiques et Religieuses de Franz Liszt par Brigitte Engerer (piano) et Daniel Mesguich (récitant).

Commençons par saluer l'initiative de la salle Gaveau: toute une série de concerts d'une heure à 8 euros, c'est idéal pour venir en famille par exemple et la joyeuse bousculade qui se produit à chaque début / fin de concert entre ceux qui arrivent et ceux qui sortent n'est pas sans rappeler la Folle Journée de Nantes auquel le titre de "Folle Nuit" choisi par la salle Gaveau se référait implicitement. Côté réserves, on peut relever la pauvreté de l'instrumentarium: du piano, du piano, et encore du piano. Au besoin à 4, 6, ou 12 mains ! Bon d'accord je sais que la Salle Gaveau est l'un des temples et peut-être même le temple du piano à Paris, mais tout de même.

Embaucher un récitant pour dire les poèmes de Lamartine avant chaque pièce est une excellente idée: Liszt n'a pas seulement emprunté le titre du recueil et celui des pièces à son ami Alphonse de Lamartine: il s'est donné la peine de copier de larges extraits des poèmes qui l'ont inspiré en tête de la partition. L'autre avantage est que les applaudissements sont relégués en fin de concert, ce qui favorise l'immersion dans le cycle. Daniel Mesguich est surtout connu comme metteur en scène de théâtre (et à l'occasion, d'opéra), il m'a donné l'impression de compter davantage sur l'expérience que sur une grande préparation pour dire ces textes magnifiques. Sa voix n'est pas amplifiée, ce que je trouve très bien compte tenu de la petite jauge de la salle Gaveau, mais j'ai entendu d'autres auditeurs se plaindre qu'ils ne distinguaient pas bien les paroles.

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Passons à la musique. On ne présente plus Brigitte Engerer (nous avons parlé dans ce Journal entre autres d'un excellent disque avec les sonates Grieg et d'un autre avec le Via Crucis de Liszt). Ses qualités ne sont pas à démontrer, aussi puis-je avouer sans remords ma relative déception devant ce que j'ai entendu. Il y a chez Liszt une double personnalité: la première est mystique, contemplative, voire sombre et austère; la deuxième est brillante, emportée, fougueuse, et l'a conduit à dépasser, à transcender les limites de son instrument. Ces deux visages de Franz Liszt se combinent dans la très longue et très belle Bénédiction de Dieu dans la Solitude, un sommet absolu de la littérature pianistique qui ne peut se comparer qu'à une poignée d'autres (certaines me viennent en tête comme le mouvement lent de la Sonate Hammerklavier de Beethoven, Corpus Christi en Sevilla dans le cycle Iberia d'Albeniz, ou encore Vers la Flamme de Scriabine). Cette bénédiction débute très doucement par une longue mélodie chantée par la main gauche en Fa # majeur (tonalité divine chez Liszt). Cette mélodie est reprise, développée et variée de telle sorte qu'on arrive après un immense crescendo à un véritable moment d'extase, de frénésie, de transe. Philip Thomson qui a enregistré les Harmonies pour Naxos, écrit de cette pièce qu'elle exige de l'interprète comme de l'auditeur qu'ils abandonnent leur pensée consciente lors du sommet émotionnel de cette pièce. Malheureusement je n'ai rien ressenti de tel: nous sommes restés sur terre. Peut-être est-ce dû à certains choix d'interprétation de Brigitte Engerer: pour construire les crescendos, elle élargit le tempo, semble ajouter des "rit" et des points d'orgue un peu partout. Cela va bien dans le sens du Liszt méditatif mais pas dans celui du virtuose fougueux et passionné. Du coup cette Bénédiction n'est guère plus qu'un long adagio très ornementé, avec de fort belles couleurs.

Les mêmes qualités (et le même défaut) sont audibles dans les autres pièces du recueil: ainsi l'évocation ne manque pas de puissance, mais j'aurais aimé sentir plus d'énergie dans ces fusées typiquement lisztiennes qui alternent avec de puissants accords:

Liszt_invocation.PNG

Pour dire vrai, dans ce type de formules, je préfère entendre un(e) pianiste qui y va à fond la caisse et me fait ressentir un élan irrésistible, même s'il manque quelques notes, plutôt qu'un arpège bien régulier et par conséquent bien ennuyeux.

De même si le début de Pensées des Morts était très prenant en tant qu'illustration de l'Ennui romantique, l'explosion de violence qui suit manquait un peu de violence justement. Et si le glas qui ouvre Funérailles était sombre et menaçant à souhait, la suite de la même pièce était plus conventionnelle.

En résumé, de belles couleurs, une maîtrise parfait de bout en bout, mais une vision un peu trop méditative, un Liszt un peu trop installé à mon goût. Où est le petit grain de folie qui change tout ?


samedi 13 novembre 2010

Concerts de Novembre et Décembre 2010 à Paris

Voici quelques-uns des concerts qui figurent sur mon agenda d'ici à la fin de l'année (je ne pourrai pas assister à tout malheureusement en raison d'un emploi du temps des plus chargés):

  • Samedi 13 novembre à 20h à la Scots Kirk (église écossaise) de Paris, 17, rue Bayard, un récital chant et piano du baryton Clément Dionet accompagné par Thomas Le Colleter (les détails sur facebook)
  • Du 11 au 20 novembre au théâtre du Tambour Royal, Les amants fous (chant &piano, danse) chanté et mis en scène par  la très charmante Oriane Moretti
  • Du 16 novembre au 6 décembre, l'opéra de Paris donne Mathis der Malher, opéra d'Hindemith d'écriture plutôt néo-classique et d'une grande beauté. Mise en scène Olivier Py, direction Christophe Eschenbach. En complément, le 23 novembre, ceux qui aiment l'alto pourront entendre Antoine Tamestit jouer les sonates pou alto (seul et avec piano) du même Hindemith au petit auditorium de l'opéra Bastille. Et le quatuor Danel donnera les Quatuors numéros 4 et 6 du même compositeur le 30 novembre. Ces quatuors qui sont très rarement joués valent largement ceux de Bartok ou (Schön)Berg à mon avis.
  • Mercredi 17 novembre à l'auditorium Saint Germain, le quintette de Schumann pour accompagner le vernissage de peintures d'Etienne Yver
  • Les 20 et 21 novembre salle Gaveau, la Folle Nuit qui comme son nom ne l'indique pas, se déroule sur deux journées de 13h à minuit. Au programme: du piano, du piano et encore du piano. Un tarif unique de 8 euros pour des concerts d'une heure. Je me suis laissé tenté par l'intégrale Harmonies Poétiques et Religieuses de Liszt, par Brigitte Engerer et avec un récitant pour déclamer les poèmes de Lamartine correspondant à chaque pièce du cycle.
  • Le 27 novembre salle Gaveau toujours, une journée « Rencontrer l’Ame Bulgare »
  • Du 3 au 5 décembre au Conservatoire Régional de Paris (rue de Madrid), le festival VioloncellenSeine avec des masterclasses, un concours de lutherie, un concours pour jeunes instrumentistes, et des concerts, le tout autour du violoncelle bien sûr
  • Le 3 décembre à la basilique Sainte Clotilde à 20h30 (Métro 12 - Solférino) concert de l'Orchestre Moderne dans un programme Fauré-Suk-Korngold-Holst-Ibert (Entrée libre).
  • Le 4 décembre au lycée Jean-Baptiste Corot à 19h à Savigny sur Orge (RER C), le même programme par le même ensemble
  • les 4 et 5 décembre, un programme « Symphonie Américaine » par mes amis de l'ensemble de cuivres KABrass avec une nouvelle chef à la baguette:Elizabeth Askren
  • les 9, 11, et 12 décembre, concerto de Mendelssohn et symphonie de Schumann par mes amis de l'orchestre symphonique Ut Cinquième, avec l'excellent Thierry Huchin au violon (je me souviens d'un concerto de Beethoven joué en concert avec lui il y a quelques années et qui fait partie des meilleurs enregistrements de cet ensemble).
  • Enfin, jusqu'à Janvier prochain, on peut et on doit aller visiter l'exposition Lénine, Staline et la musique à la Cité de la Musique et assister à l'un des concerts qui lui sont associés.
Avec tout ces beaux concerts et tous ceux que je n'ai pas mentionnés, s'il vous reste du temps pour faire des courses de cadeaux de Noël, c'est que vous êtes décidément un con-sot-mateur irrécupérable dont tout le temps de cerveau humain disponible a été accaparé par TF1.

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