Le journal de papageno

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vendredi 10 février 2012

Concertus interruptus

Comment réagir lorsqu'on est musicien et qu'un concert est interrompu par une sonnerie de téléphone portable ? Personnellement je me souviens d'avoir vu Pierre Boulez arrêter un orchestre entier et reprendre au début de la pièce avec l'air furieux. On peut aussi réagir avec un peu plus de légèreté, voire même d'humour, comme cet altiste Lukáš Kmiť qui jouait une suite de Bach (arrangement de la suite pour violoncelle en ut mineur) dans une église en Slovaquie et se lança dans une petite impro sur le fameux thème "Nokia"

Thème dont les lecteurs de ce journal qui sont tellement cultivés savent bien que nous le devons à un guitariste espagnol du nom de Tarrega (la pièce dont il est tiré s'intitule Gran Vals). Ce thème n'est d'ailleurs pas sans point commun avec les suites de Bach pour violoncelle seul car c'est une mélodie auto-harmonisée, c'est à dire qui n'a pas besoin d'accompagnement pour nous faire entendre un enchaînement de septièmes parfaitement bien préparées et résolues.

Grâce au choix d'un fabricant de téléphones suédois, ce petit bout de mélodie espagnole résonne jusque dans les églises de Slovaquie... c'est beau l'Europe.

mardi 31 janvier 2012

Le projet "Under 30" du Kronos Quartet

Chacun sait que l'industrie du disque telle qu'on l'a connue n'est plus qu'un souvenir, et que les musiciens du XXIe siècle doivent regarder dans d'autres directions pour faire connaître leur travail et pourquoi pas arriver à en vivre.

Dans ce contexte, l'initiative du Kronos Quartet autour du projet "Under 30" est à saluer doublement. D'abord un ensemble qui fête ses 30 ans en organisant un appel à projets pour des compositeurs de moins de 30 ans montre bien par là que ses quatre musiciens ont gardé intacte l'envie de jouer, de découvrir et de faire découvrir la musique d'aujourd'hui. Ensuite la formule qu'ils ont choisi pour financer leur projet est vieille comme le monde car il s'agit de la souscription, et moderne comme tout car il suffit de trois clics sur un site internet pour participer. A l'heure où j'écris ce billet, il reste à peine quelques heures pour compléter la souscription, mais le montant souhaité par les artistes (10.000$) semble déjà atteint. Les souscripteurs qui apportent un certain montant se voient remerciés avec des albums MP3 ou même pour les plus généreux une carte postale avec un message personnel.

Alors que les subsides publics ou para-publics (fondations, bourses, prix, mécénat) ont tendance à rétrécir encore plus vite que le PIB de la Grèce ces temps-ci, la souscription, aidée par le "buzz" internet, pourrait faire son retour. C'est après tout un moyen pour les artistes de s'adresser directement à leur public en court-circuitant les intermédiaires traditionnels (agents, maisons de disque, organisateurs de concerts). Mais cela ne peut bien fonctionner que pour des musiciens ayant déjà une certaine notoriété, laquelle s'acquiert grâce au talent et au travail, bien sûr, mais aussi grâce auxdits intermédiaires. Pour les artistes peu connus, les barrières d'entrée subsistent.

Ce modèle économique pourrait-il remplacer celui du disque ? Est-ce que le groupe de rock ou l'ensemble de musique contemporaine de demain auront un site internet où tous les projets passés seront disponibles en MP3 gratuitement, avec la possibilité pour les mélomanes de mettre de l'argent dans les projets futurs ? Cela risque fort de ne pas être suffisant pour garantir aux musiciens un revenu décent, mais cela pourrait fonctionner assez bien en complément des concerts, qui pour moi sont et doivent rester au centre de la vie du musicien. Et ça me paraît plus crédible que les deux alternatives qu'on nous propose souvent et qu'on oppose, à savoir:

  1. La criminalisation des utilisateurs, et l'espionnage généralisé du trafic Internet et des disques durs. "Monsieur, vous avez la facture pour ce MP3 sur votre smartphone ?"
  2. La "licence globale" dont le processus de répartition ne pourrait être qu'aussi opaque et complexe qu'un circuit de blanchiment d'argent, et parfaitement inéquitable à l'arrivée, tout comme la taxe dite "copie privée" sur les CD vierges (j'y reviendrai).
Quoi qu'il en soit, les membres du Kronos Quaret méritent un bon coup de chapeau et tous nos encouragements (y compris financiers) pour la poursuite de leur projet.

mardi 24 janvier 2012

Fermeture de Megaupload: et la musique dans tout ça ?

On l'a appris il y a quelques jours, le site Megaupload a été fermé par les autorités américaines. Pour mémoire ce site encourageait assez activement les infractions au droit d'auteur car les utilisateurs qui apportaient les fichiers les plus "populaires" étaient rémunérés

Chez lez internautes habitués au téléchargement de films et albums gratuits (je place gratuits entre guillemets car les beaucoup payaient un abonnement à Megaupload pour plus de bande passante), les réactions ont été avant tout la recherche de solutions alternatives (qui ne manquent pas et ne manqueront jamais).

Chez les amoureux de la démocratie, qui sont nettement moins nombreux, c'est une inquiétude réelle et très fondée qui se fait jour. En effet c'est jeter le bébé de la liberté d'expression avec l'eau du bain, sous prétexte que l'eau du bain a été salie par les infractions au droit d'auteur. Rappelons que le droit d'auteur ne va pas de soi, qu'il a été introduit progressivement et avec certaines limites dans l'appareil législatif; et que les protections qu'il offre aux artistes (et surtout aux éditeurs et producteurs) n'ont de sens que dans la mesure où elles restent compatibles avec l'intérêt général. La commissaire européenne à la Justice l'a très bien formulé en rappelant queLa protection des créateurs ne doit jamais être utilisée comme un prétexte face à la liberté de l'internet. . Je vous renvoie à l'excellent billet de Maître Eolas sur les aspects juridiques de l'affaire.

music-profit-pie.jpg

Et pour les musiciens, qu'est-ce que ça change ? Comme ironisait le chanteur Jonathan Coulton sur Twitter, "Y a-t-il d'autres musiciens comme moi qui voient l'argent AFFLUER EN MASSE depuis la fermeture de Megaupload ?".. Dans un article plus détaillé, le même chanteur détaille son point de vue, qui rejoint celui de Viviane Redding. A savoir que la liberté que procure Internet, les occasions de partage, de rencontre, de découverte artistique sont infiniment plus précieuses que les revenus des fabricants de disques. Coulson détaille notamment une notion intéressante de "piratage sans victime" c'est à dire sans impact négatif sur les ventes de disques ou de concerts. Et il constate qu'historiquement les musiciens ont très rarement pu tirer des revenus réguliers et conséquents de leur art: ainsi le fait qu'un certain nombre d'entre eux l'aient fait grâce à des médias comme la radio et le disque relève d'une époque peut-être révolue.

Et si la chute de l'industrie du disque pour faute d'inadaptation à un changement technologique massif pourrait chagriner les musiciens qui font de la pop (au sens large), elle n'aura aucun impact sur le disque de musique classique et contemporaine. Car c'est un marché de niche qui existe uniquement parce qu'une poignée de passionnés continue de financer souvent à perte des productions de grande valeur artistique mais d'un potentiel commercial limité. La logique purement commerciale des éditeurs fait bien partie des obstacles qu'on doit affronter, m'a confié un chef d'orchestre qui dirige un groupe de musique contemporaine à Bruxelles. Les partitions de musique contemporaine coûtent souvent très cher sans pour autant procurer des revenus décents aux compositeurs. En plus du prix excessif, le monopole produit souvent un service de très piètre qualité. Ne serait-il pas préférable pour les compositeurs et les interprètes de poster les PDF des partitions sur un site comme IMSLP ? Les compositeurs gagnent de l'argent avec les commandes et les droits d'exécution, non par les partitions qui sont tirées en trop petit nombre pour que ça soit rentable. Et de toute façon peu nombreux sont ceux qui en tirent un revenu suffisant pour éviter d'avoir une autre activité comme l'enseignement en parallèle.

Au contraire, je pense que les possibilités de partage gratuit ou quasi-gratuit de contenus numériques ouvrent aux artistes qui font de la musique contemporaine en particulier (compositeurs et interprètes) des possibilités nouvelles non seulement de faire connaître leur travail et de partager leur passion mais aussi de gagner plus d'argent (bien que ça ne soit pas leur motivation première). Mais pour cela il faut faire une révolution mentale et passer de l'économie de la rareté à celle de l'abondance, de la logique des éditeurs à celle des artistes. Il faut notamment que les musiciens désertent les rayons des sites marchands pour peupler ceux des sites alternatifs comme Jamendo ou Magnatune. Et peut-être le droit d'auteur est-il à revoir entièrement. Est-il vraiment raisonnable que les préludes écrits par Olivier Messiaen dans les années 1930 soient protégés jusqu'en 2060 et peut-être au-delà ? A qui un tel monopole profite sinon aux éditeurs et à des ayants-droit qui n'ont rien fait à part naître ? Au XXIe siècle, n'est il pas plus approprié pour un créateur de distribuer son travail sous une licence libre de type Creative Commons ? Et d'utiliser les matériaux ainsi fournis par d'autres créateurs dans ses propres oeuvres ? 
En résumé, le "piratage" (je préfère parler d'infraction au droit d'auteur car piratage est un terme marketing qui a été popularisé par l'industrie du disque) est inévitable: pour l'arrêter vraiment il faudrait mettre en place des mesures de surveillance tellement draconiennes qu'elles feraient passer les internautes chinois ou iraniens pour libertaires en comparaison. Ce qui serait disproportionné par rapport à l'objectif poursuivi. Et les artistes, qui sont les premiers bénéficiaires des nouveaux moyens de communication, en serait également victimes. Il reste donc aux musiciens à espérer que l'Hadopi restera ce qu'elle est déjà: un machin administratif d'une efficacité proche de zéro... 

mercredi 14 septembre 2011

SibeliusMusic devient ScoreExchange

Le site SibeliusMusic qui héberge une centaine de mes partitions (compositions et arrangements) va bientôt fermer ses portes et être remplacé par ScoreExchange qui remplit peu ou prou la même fonction. 

logo tamino productions

L'ancien site comme le nouveau ont le même défaut, à savoir qu'ils reposent sur un format de fichier propriétaire (celui du logiciel d'édition Sibelius) et surtout sur un plug-in c'est à dire un module additionnel que les utilisateurs doivent télécharger et installer afin de voir et d'imprimer les partitions. Tout ça est assez compliqué et ne marche pas toujours: pas moyen d'accéder au site si on utilise Linux par exemple, mais c'est également très compliqué avec la dernière version de Mac OS: les navigateurs Chrome et Safari ne sont pas supportés, seul Firefox fonctionne "en mode 32 bit". En résumé c'est un cauchemar technologique.

Bien conscient des limites de SibeliusMusic, j'ai également posté une douzaine de partitions sur un autre site, Lulu (prononcez "loulou") qui est avant tout destiné aux romans et autres livres. Il permet aux utilisateurs de télécharger un PDF ou bien de commander des exemplaires papier des partitions qui sont imprimés à la demande.

Enfin il y a Tamino-Productions.com dont j'avais réservé le nom il y a 2 ans déjà et dont je n'ai pas encore fait grand-chose. A terme j'aimerais y placer les partitions de mes compositions et de celles des jeunes compositeurs que j'aime bien, en téléchargement gratuit, afin de favoriser leur diffusion. A moins que je ne jette l'éponge que je ne les publie sur le tout nouveau site BabelScores qui a l'air précisément fait pour ça: diffuser la musique d'aujourd'hui, un métier que les éditeurs ne font plus et feront de moins en moins dans la mesure où ils sont condamnés par les bouleversements technologiques des 20 dernières années.

jeudi 31 mars 2011

Le piratage c'est mâle

En guise de poisson d'avril un peu en avance, voici cette publicité anti-piratage de la RIAA (syndicat américain des producteurs de disques) dont l'authenticité est douteuse mais dont le bon goût est absolument parfait:

RIAA_parody_81112669.jpg

Impossible malheureusement de retrouver la source de cette excellente parodie qui traînait sur mon disque dur. J'espère que les lectrices du Journal de Papageno me pardonneront; elles sont tellement cultivées qu'elles apprécieront davantage celle-ci, publiée par le Modern Humorist, qui imite le style des affiches de propagande maccarthyste dans les années 1950:

RIAA_parody3.jpgEt je vous laisse méditer sur le sujet du jour: à quoi bon télécharger des mp3 pirates sur des réseaux de peer-to-peer alors qu'on a toute la musique gratuite qu'on veut à la radio, sur youtube et spotify ? Les dissertations sont à rendre pour jeudi prochain.

vendredi 1 octobre 2010

En toute transparence

La SACEM et Google ont annoncé aujourd'hui un accord concernant la diffusion sur Youtube de vidéos utilisant des œuvres protégées. Les termes de cet accord sont secrets. Autrement dit, pas moyen de savoir qui paye quoi, ni en fonction de quels critères (fréquentation ? revenus publicitaires ?), et encore moins bien sûr la part des paiements de Google que la SACEM garderait pour ses menus frais de bouche (Si vous ignorez encore le degré d'opacité des comptes des sociétés sensées défendre les droits des artistes, je vous recommande la lecture de l'article "Les nouveaux fermiers généraux" de Joël Martin sur le site Mediapart qui est assez éclairant).

La seule certitude est que les sommes en jeu ne sont probablement pas considérables. On peut raisonner par analogie avec le site des streaming Deezer qui reverse environ 8% de son chiffre d'affaire publicitaire à la SACEM. Le site reverse 0,07 centimes d'euros par titre écouté, ce qui veut dire que même les morceaux les plus populaires, qui sont écoutés plusieurs centaines de milliers de fois, rapportent au mieux une centaine d'euros aux artistes et éditeurs. En bref, cet accord rapportera un peu d'argent de poche à des stars comme le DJ David Guetta (qui annonce près de 350 millions de visites sur sa chaîne Youtube), et des crottes de nez pour les autres.

Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas écrit: je considère les sites de streaming et de partage de vidéo comme une aubaine pour les musiciens et les mélomanes. Ils permettent aux uns de se faire connaître et aux autres de découvrir le répertoire et les artistes. Et ce ne sont pas que des lieux d'échanges, mais aussi des bibliothèques numériques, sorte de magnétoscopes géants qui permettent de garder une trace, un souvenir d'innombrables évènements culturels. Youtube et Dailymotion contiennent plus de trésors que la très regrettée bibliothèque d'Alexandrie !

Simplement, il nous faut bien constater qu'avant ou après cet accord avec la SACEM, les recettes publicitaires, qui ne suffisent même pas à payer l'hébergement car ces sites sont en général déficitaires, ne sauraient pas non plus fournir un revenu décent aux artistes. Ils ne peuvent remplacer l'agonisante industrie du disque. Notons que cela ne changera pas grand-chose pour les musiciens classiques car les disques classiques se vendent plutôt en milliers d'exemplaires qu'en millions; et le plus souvent ceux qui participent à un projet de disque en retirent davantage la satisfaction d'un travail bien fait que des revenus suffisant pour en faire une activité à temps plein. Parfois (bien plus souvent qu'on ne le croirait) ils ne sont même pas payés du tout. Faut-il s'en plaindre ? Le concert, c'est à dire la rencontre directe entre les artistes et le public, reste le lieu privilégié de création et de diffusion de la musique.

samedi 13 février 2010

Quel modèle économique pour la musique en ligne ?

Bien malin celui qui saurait prédire à quoi ressemblera le marché de la musique dématérialisée dans dix ans, ou même dans deux ou trois. Le bilan 2009 montre que les ventes de musique en ligne continuent de connaître une croissance explosive, sans pour autant compenser la baisse des ventes de disques. Par ailleurs le piratage sur les réseaux de P2P comme bittorrent ou kazaa est en baisse, mais d'autres formes de téléchargement sauvage apparaissent ou se développent. Sans compter la copie privée qui ne passe pas sur le réseau (c'est à dire votre beau-frère qui vous offre les oeuvres complètes de Johnny Halliday en mp3 sur une clé usb). Les majors continuent de prendre l'eau, mais pas de manière uniforme. Alors que l'une des "big four", EMI, est en quasi-faillite, certains labels spécialisés sur des niches (comme le classique) semblent bien se porter. Ainsi Deutsche Grammophon (aujourd'hui devenu un des labels d'Universal Music Group), qui avait en son temps breveté le 78 tours et proposé les tous premiers CD audio, et vient de fêter ses 111 ans, semble plutôt en forme.

Mais l'industrie se cherche toujours son modèle économique. Il n'existe actuellement que deux manières de gagner de l'argent:
  • les sites de vente, qui sans doute n'atteindront jamais le chiffre d'affaire qui était celui du disque physique au tournant des années 2000;
  • les sites de streaming, financés par la publicité.
Le problème est que les sites de streaming ne rapportent quasiment rien. Quelques centaines d'euros par an pour les 10 titres les plus écoutés de l'année, quelques centimes pour les autres. C'est la raison pour laquelle Warner a annoncé récemment son retrait des sites de streaming.

Par ailleurs on lit sur Rue89 qu'un nouveau site veut se lancer pour proposer aux internautes ayant téléchargé de payer après coup. On peut être au minimum dubitatif sur l'initiative en question, sachant que:
  1. Si on a récupéré gratuitement un album qu'on aime bien, rien n'empêche de l'acheter sur un site de vente en ligne si on veut se mettre en règle et même pourquoi pas payer les gens qui ont travaillé pour le produire (en fait ce sont surtout les intermédiaires qui s'en mettent plein les poches, mais c'est un autre débat)
  2. Les maisons de disques sont tout à fait réservées sur le concept. Le modèle du téléchargez d'abord, écoutez, payez ensuite, si vous voulez leur convient certainement moins bien que celui du payez d'abord, écoutez si vous voulez. Y compris sur le plan psychologique, car cela assimile les artistes à des mendiants.
  3. Le site en question n'est pas bénévole, puisqu'il se propose de prélever 20% des transactions, soit sensiblement autant que ce qu'Apple prélève sur une vente iTunes
Je vous recommande surtout de lire le commentaire d'un musicien à l'article qui est sans doute ce que j'ai lu de plus sensé sur le sujet. Il y remarque notamment que les droits SACEM sont en général payés par le diffuseur et pas par le public. Si vous écoutez de la musique dans un restaurant, il n'y a pas de supplément sur la facture, mais le restaurant paye une redevance à la SACEM. De même pour les concerts et autres événements culturels: qu'ils soient payants ou gratuits, ce sont les organisateurs qui s'arrangent avec la SACEM. Dans la même logique, ce serait aux fournisseurs d'accès à Internet de payer pour la musique qui est téléchargée grâce aux tuyaux numériques qu'ils fournissent et qu'ils facturent. Du reste tout cela n'est pas si nouveau car de nombreux économistes ont remarqué que le téléchargement sauvage constituait une sorte de subvention que les industries culturelles (dont les contenus si chers à  produire, films, jeux vidéos, etc) versaient aux entreprises de télécommunications, qui sont les seules à profiter véritablement (et financièrement en tout cas) du téléchargement illégal massif.

Entre le tout gratuit (les sites de streaming) et le trop cher (la ventre à 10 euros l'album), n'y a-t-il donc aucun intermédiaire ? Il y a bien les sites avec abonnement (une sorte de licence globale si l'on veut) dont certains sont proposés par des fournisseurs d'accès à Internet comme SFR ou Orange. On pourrait aussi imaginer des systèmes de micro-paiements (quelques centimes la minutes ou l'heure) similaire au téléphone ou au minitel, au moins sur les terminaux mobiles du type smart phone ou tablette. Mais cela signifie que les compagnies comme Apple ou Vodafone vont remplacer les majors pour distribuer la musique. Du reste c'est déjà en train de se produire.

Dernier point, la musique, justement. L'avènement de la radio et du disque a permis un développement de la musique sans précédent dans l'histoire de l'humanité. La musique de tous les styles est devenue accessible au plus grand nombre, et beaucoup de musiciens ont pu devenir riches et célèbres bien plus facilement qu'à l'époque de Haydn et Mozart. La musique enregistrée est devenue une véritable industrie, dont on se demande aujourd'hui si elle va muer ou simplement disparaître. Qu'est-ce que cela changera pour les musiciens ? D'un côté on aura la rude concurrence des catalogues pléthoriques de millions de titres existants, dont le prix ne peut que s'effondrer. De l'autre des ressources plus réduites pour les nouvelles productions. Allons-nous entrer dans une ère de décadence de la musique après l'âge d'or que nous vivons actuellement, à en croire les Carnets sur Sol ? Il y a tout de même plusieurs raisons d'espérer:
  • les goûts changent, et chaque génération réclame ses nouveaux artistes
  • les musiques sérieuses (classique, contemporain, jazz, opéra) ont des publics moins nombreux mais plus fidèles et pourront sans doute résister aux cycles économiques comme aux mutations technologiques
  • enfin et surtout, le lieu privilégié de production, d'écoute et de partage de la musique, c'est tout de même le concert. Tant qu'il y aura des scènes, des artistes sur la scène et un public en face, la musique vivra.

dimanche 4 octobre 2009

Cent partitions sur le site Tamino Productions

Le site Tamino Productions où je publie mes compositions et arrangements a récemment atteint le seuil symbolique de 100 partitions disponibles. Il bénéficie également d'un superbe nouveau logo bleu avec une plume dessiné par une cousine qui fait des études de design:

Bien que la navigation se soit améliorée avec la deuxième version du site SibeliusMusic qui héberge ces partitions, elle souffre encore de certains défauts. Le principal étant l'utilisation d'un plug-in propriétaire qui ne fonctionne que sur les ordinateurs Mac ou Windows, quand il veut bien fonctionner (plusieurs de mes amis m'ont rapporté des difficultés à installer le pug-in ou à imprimer des partitions). Côté positif, ce site permet de poster des extraits en MP3 à côté des partitions, offre une bonne visibilité dans les moteurs de recherche ainsi qu'une forme d'animation communautaire grâce aux reviews et autres liens.

Quelques partitions sont également disponibles sur le site lulu.com qui permet de commander des partitions imprimées (au lieu de les imprimer soi-même). Mais ce site dédié aux livres en général ne permet pas facilement d'imprimer les parties séparées pour les oeuvres de musique de chambre, ce qui constitue un gros handicap.

N'étant pleinement satisfait ni par l'une ni par l'autre solution, je vais probablement développer dans les mois qui viennent un nouveau site pour publier mes partitions mais aussi celles d'autres compositeurs. Dans l'idéal il sera multilingue et Web 2.0, basé sur un CMS comme SPIP ou Joomla. Sa principale caractéristique sera d'offrir le téléchargement gratuit des partitions dans le format le plus universel qui soit (le PDF). Les compositeurs seront rémunérés soit par les droits SACEM si l'oeuvre est jouée en public soit par un don en ligne si elle ne l'est pas. Contrairement aux sites d'auto-publication, il y aura un comité éditorial pour faire le tri, ce qui évitera aux utilisateurs du site d'avoir à le faire eux-mêmes.

Pourquoi offrir une partition gratuitement sur Internet plutôt que de signer un contrat classique avec un éditeur ? D'abord pour faire connaître son travail. A l'heure où la quasi-totalité des oeuvres de Mozart, Bach, Beethoven sont disponibles gratuitement sur des sites comme IMSLP, bien peu de gens vont être motivés pour acheter la partition d'un compositeur dont ils n'ont jamais entendu parler, surtout s'ils ne peuvent même pas y jeter un coup d'oeil avant de payer. Dans un magasin de partitions, on peut feuilleter avant d'acheter. Dans un magasin en ligne, feuilleter implique voir à l'écran donc potentiellement imprimer (toutes les tentatives pour permettre à l'utilisateur de voir à l'écran sans imprimer étant futiles et vouées à l'échec, comme les DRM). Autant permettre explicitement à l'utilisateur d'imprimer la partition au lieu de faire semblant de vouloir l'en empêcher. Sans même parler du piratage plus classique comme la photocopie d'une partition empruntée à un ami ou à la bibliothèque, qu'il est quasiment impossible d'empêcher en pratique. Autant prendre le taureau par les cornes et autoriser la photocopie, en adoptant une licence du type Creative Commons.

Est-ce idéaliste ? Une partition est un objet particulier. ça n'est pas vraiment un objet fini et prêt à consommer comme un livre, mais un produit intermédiaire destiné à des musiciens. Le produit fini c'est la musique, le concert, le disque. Signalons que les éditeurs perdent en  général de l'argent sur l'impression des partitions, et ils en gagnent avec les droits d'exécution (SACEM) et de reproduction discographique (SACD). Les éditeurs eux aussi pourraient faire des économies et mieux défendre leur écurie de compositeurs s'ils mettaient les partitions en ligne gratuitement. Mais bien peu d'entre eux sont prêts à faire ce geste, même pour les partitions épuisées. Dans ce contexte, il ne reste plus aux compositeurs qu'à se regrouper en coopérative et profiter de l'Internet pour diffuser le produit de leur travail. Si tout va bien, Tamino Productions sera bientôt l'une de ces coopératives.

lundi 21 septembre 2009

Cette mélodie pour toi seul...

Sur le site SHSK'H dont nous avions déjà parlé, Jody Pou et Emily Manzo ont mis en ligne un très bel album regroupant des mélodies d'Anton Webern, et autant de petits bijoux comme Dies is ein lied für dich allein (cette mélodie pour toi seul) ou Sterne, Ihr silberne biene (étoiles, vous, abeilles d'argent). Sur le site on peut écouter treize lieder mais l'album qu'on peut télécharger en comporte vingt-et-un. Il y a là l'intégrale des mélodies avec numéro d'opus (si on ajoutait les mélodies sans numéro d'opus on arriverai à plus de deux heures, comme David Le Marrec nous l'a rappelé).

Outre un programme plutôt original, ces artistes ont fait le pari de l'Internet pour leur distribution, car l'album peut être écouté et téléchargé gratuitement. Sachant qu'il n'est tout de même pas interdit et même vivement encouragé de les rémunérer par un don en ligne. Est-ce une initiative isolée ou le futur de la distribution de la musique une fois que l'industrie du disque aura achevé son agonie ? La voix est belle en tout cas, et le piano a des couleurs intimes qui séduisent. Et l'élégance du site internet assez dépouillé forme un tel contraste avec la vulgarité de nombreux sites de musique en ligne que c'est sidérant.

samedi 13 juin 2009

Le petit Nicolas et les pirates

Trouvé sur Framablog, une très réjouissante parodie du Petit Nicolas qui traite du piratage de la musique (et des verrous anti-copie également appelés DRM). Sur le même blog, un peu plus ancien, on trouve une traduction du fameux Is Google Making Us Stupid ? publié par Nicholas Carr il y a un an déjà. Un article assez long qui traite de notre incapacité à lire ... des livres ou des articles assez longs depuis que nous utilisons Internet quotidiennement.

vendredi 12 juin 2009

Hadopi: il est interdit d'interdire

La nouvelle a déjà été commentée par de nombreux journaux et bloggueurs. Certains crient victoire (les internautes favorables à une licence globale dont j'ai déjà dit tout le mal que j'en pensais), d'autres sont atterrés (les artistes, les maison de disques et plus encore les producteurs de cinéma et de jeux vidéos).

Le Conseil Constitutionnel, saisi par les députés verts et PS, a validé certaines dispositions de la loi Hadopi et censuré d'autres. Je vous invite à lire la décision complète sur son site Internet. Il a notamment maintenu le principe selon lequel le titulaire de l'abonnement est responsable de la surveillance de sa connexion afin de s'assurer qu'elle n'est pas utilisée en violation du droit d'auteur. Mais il a invalidé la suspension d'abonnement à Internet pour les pirates, pour trois raisons:

  • la sanction est disproportionnée
  • Internet joue un rôle capital dans la liberté d'expression et de communication, la vie démocratique et la vie quotidienne
  • la coupure d'accès à Internet ne peut être prononcée que par un juge, pas par une autorité administrative (sur ce point-là la décision du Conseil est conforme au vote des députés européens).
On peut en conclure soit que Jacques Chirac et Jean-Louis Debré lisent le journal de Papageno (où j'avais exprimé mon hostilité à la coupure d'accès tout en étant favorable à d'éventuelles sanctions comme des amendes pour lutter contre le piratage), soit qu'ils ne sont pas complètement fâchés de faire un petit croche-patte à l'actuelle majorité présidentielle.

Que  va-t-il se passer maintenant ? Si l'on observe ce qui se passe ailleurs, aux États-Unis ou en Europe, voici ce qu'on peut raisonnablement prédire: les majors vont continuer de mourir, l'Hadopi verra sans doute le jour, avec un arsenal répressif plus réduit comprenant vraisemblablement des amendes, le piratage va baisser mais pas cesser, les artistes vont continuer à se faire exploiter par ceux qui vendent le produit de leur travail, les industries du jeu vidéo et du cinéma devront innover pour survivre (elles ont déjà commencé avec la 3D ou les plate-formes de téléchargement comme Steam). A moins bien sûr que crise climatique et crise économique ne se conjuguent pour plonger l'humanité dans un long déclin, auquel cas le droit d'auteur, tout comme le saxophone ou la forme sonate, ne subsisteront que comme vestiges d'une civilisation excessivement brillante et créative mais pour finir victime de ses propres excès.

Le sujet du piratage et le feuilleton législatif Hadopi commençant à me lasser, je consacrerai les prochains billets de catégorie Musique en Ligne aux meilleurs sites de musique en ligne, avec un premier article sur les sites de streaming et un autre sur les sites qui vendent des albums à l'unité. N'hésitez pas, chers lecteurs, à me communiquer le nom de vos sites préférés, et les raisons de votre amour pour eux, afin de compléter ma petite enquête.

mercredi 20 mai 2009

Gratuité, Hadopi et musique en ligne: la réponse de Zig-zag territoires à Jacques Attali

Jacques Attali avait fait parler de lui il y a quelque temps avec un article dénonçant une loi scandaleuse et ridicule. Il est exact que la loi Hadopi est scandaleuse et ridicule, notamment car elle est contraire au droit européen (selon lequel la coupure d'accès à Internet doit relever de la décision d'un juge et non d'une autorité administrative), disproportionnée dans les sanctions, et probablement inapplicable. Mais emporté un peu par son élan, et un brin démagogue, il prenait le parti des internautes qui trouvent que tout la musique du monde gratuit quand je veux c'est tout de même assez sympathique. Certains n'ont pas manqué de lui suggérer de mettre le PDF de ses 40 livres sur les réseaus de peer-to-peer, puisqu'il paraissait si généreux avec le droit d'auteur des autres. Et l'on peut même prédire que dans 5 ans, lorsque le livre électronique (comme le Kindle d'Amazon qui se vend très bien aux Etats-Unis) se sera généralisé et que l'industrie du Livre souffrira le même martyre que celle du disque au tournant des années 2000, M. Attali signera pétitions, lettres ouvertes et autres tribunes pour se plaindre que "le piratage tue le livre et les auteurs".

La réponse des fondateurs du label Zig-zag territoires est beaucoup plus sensée et profonde que l'article qui l'a suscité, beaucoup moins polémique également:

Tout travail de l’esprit, les livres comme nos disques, doit s’inscrire dans une valeur d’échange. La gratuité de la radio comme du web ne nous choque pas autre mesure, ce qui nous choque c’est d’oublier qu’il y a autre chose que la radio, le web ou les ipod et que ce temps personnel sera toujours désiré et essentiel pour rester des êtres sensibles, ouverts aux autres et donc qu’il y a la place pour désirer acheter les disques ou les livres nécessaires à cette recherche de sens, de cohérence personnelle.

Ceux pour qui la musique est une véritable passion et non un simple divertissement peuvent donc être un peu rassurés: ils ne sont pas seuls au monde, et le micro-marché des disques de qualité pour amateurs de beauté musicale survivra sans doute à la tempête qui ravage les majors.

mercredi 6 mai 2009

Hadopi: épisode 138

La loi Hadopi continue à faire parler d'elle. D'abord les députés européens décidément têtus ont réusi à inclure (après un vote à 404 voix contre 57) l'amendement 138 dans le paquet télécom. Cet amendement déclare illégale toute coupure d'accès à internet par un Etat ou une Entreprise. Ce n'est pas une surprise et ça n'est qu'un épisode du feuilleton car maintenant le Conseil Européen (les 27 chefs d'Etat) ont le choix entre adopter le paquet ou provoquer une troisième lecture.

Côté français, Libé faisait sa une ce matin sur le divorce entre le PS et les artistes (dont une grande majorité affiche sans ambage sa sympathie pour la gauche). Le comédien Pierre Arditti dénoncait par exemple l'anti-sarkozysme compulsif du PS qui le conduit à prendre le parti des pirates contre celui du respect du droit d'auteur. Et l'éditorial nous ressert le vieux ragoût cent fois réchauffé de la licence globale. J'ai déjà dit tout le mal que j'en pensais. Quel sens peut avoir un système de redistribution centralisé et franco-français alors que l'Internet est décentralisé et de dimension mondiale ? A qui reverser l'argent de la licence globale ? En comptant les pirates ? Et comment ? Et pour les producteurs des autres pays, comme ceux qui font les séries télé américaines, qui sont massivement piratées ? Vont-il bénéficier de l'argent de la licence globale ? Et si les Américains ne veulent pas que les députés français négocient leurs droits d'auteur à leur place en autorisant les internautes français à télécharger ? Pas besoin de creuser bien longtemps pour voir qu'un système étatiste (ou crypto-étatiste façon SACEM) ne pourrait être en pratique que synonyme de gaspillage et d'injustice. Et si le téléchargement devient légal, outre que c'est une révolution dans le droit d'auteur, c'est aussi la meilleur manière de tuer l'offre payante et "légale" de musique, films, et jeux vidéos à télécharger.

Dans cette affaire, droite et gauche se comportent comme leurs propres caricatures:

  • la droite répressive qui brandit le bâton d'une coupure d'accès aussi coûtreuse qu'inefficace, jugée contraire au droits fondamentaux par les députés euréopes, et qui ne remplira les poches des gendarmes de l'Internet, pas celle des artistes
  • la gauche angéliste et puérile qui se fait plaisir avec des incidents de procédure aussi ridicules qu'inutiles et qui sans oser dépénaliser les violations du droit d'auteur voudrait créer une nouvelle taxe façon copie privée.

Au centre, le franc-tireur Bayrou qui arrose tout le monde. C'est pourtant du centre que pourrait émaner des propositions inventives et constructives pour sortir de l'ornière. Je ne vais pas faire le boulot des députés à leur place, mais voici quelque pistes:

  • réaffirmation du droit d'auteur et de la nécessité pour les pouvoirs publics de le faire respecter sur Internet comme ailleurs
  • abandon de la coupure d'accès à Internet au profit d'une amende (déjà proposé par un député de droite, et refusé par le gouvernement...)
  • étude sur le rapport coût d'une solution répressive type Hadopi, rapporté aux avantage économique escomptés.
  • développement d'un nouveau type de commandes d'Etat aux artistes (je pense ici plus spécifiquement aux musiciens), le résultat de ces commandes étant mis sur Internet gratuitement.
La dernière proposition est sans doute la plus audacieuse, celle qui se rapproche le plus d'un système de licence globale même si elle ne constitue pas un permis de télécharger tout et n'importe comment. La logique est toute simple: si on dépense l'argent du contribuable pour payer le travail d'un artiste, pourquoi ne pas utiliser Internet pour faire partager le résultat de ce travail avec le plus grand nombre ? Certes, me direz-vous, mais ce système existe déjà, il s'appelle Radio France (dont toutes les émissions sont téléchargeables gratuitemet en podcast). Mais on pourrait le développer un peu plus, et créer un média davantage orienté vers l'Internet.

samedi 18 avril 2009

Un an de prison ferme pour les "pirates" suédois

La presse généraliste a abondamment commenté le verdict d'un tribunal suédois qui condamne plusieurs personnes à un an de prison ferme pour avoir opéré un site servant à organiser le téléchargement (illégal) de musique, de films et de logiciels. Au passage les journalistes ne se sont pas privés de donner le nom et l'adresse internet du site en question, ce qui est soit très généreux soit un peu stupide de leur part. Rappelons plusieurs faits:

  • Ces pirates ne sont pas de gentils hippies qui opèrent leur site dans un garage sur leur temps libre mais des professionnels et des hommes d'affaires avisés. Leur site génère des millions de visites et les revenus des bannières publicitaires sont en conséquence.
  • Ils ne proposent aucun contenu créatif ou constructif, leur site a pour seul et unique but d'organiser le téléchargement massif de films, musique, jeux vidéos, logiciels, etc
  • Le nom de "pirate" est certes mal choisi pour désigner leur activité. C'est un terme fabriqué par les majors du disque (et les géants du logiciel comme Microsoft) qui s'est imposé dans le vocabulaire courant. Le mot de "parasite" serait déjà plus proche de la réalité. A quoi pourrait-on comparer leur activité ? Peut-être à un magazine qui donnerait mille et un tuyaux pour frauder les impôts et la sécu (sur de petits montants) en ayant peu de chances de se faire pincer. Le préjudice est réel et globalement important mais difficile à quantifier et noyé dans la masse.
Vous l'aurez compris, j'éprouve assez peu de sympathie pour ces escrocs à la petite semaine qui se posent en défenseurs des libertés individuelles et des gentils internautes contre les méchantes majors. Je trouve même assez surprenante leur popularité (on parle même en Suède d'un "parti des pirates" qui voudrait se présenter aux élections du Parlement Européen).

Un autre débat, plus technique, concerne les moteurs de recherche. Si les pirates suédois sont poursuivis en justice, est-ce que Yahoo ou Google doivent l'être ? En effet les moteurs de recherche américains incluent les "torrents" qui permettent de télécharger illégalement des films ou des albums dans leurs indexes. Cela dit les pirates suédois n'hébergeaient par seulement les torrents qui décrivent un fichier à télécharger mais aussi les trackers qui sont indispensables pour connecter entre eux les utilisateurs de bittorrent. Laissons le débat technico-juridique aux spécialistes, et notons simplement  une petite différence de business plan entre un moteur de recherche généraliste et un moteur de recherche spécialisé dans le téléchargement illégal. Différence qui n'est pas si grande au demeurant, car dans les deux cas l'internaute est quasiment obligé de passer par le moteur de recherche qui capte les revenus publicitaires, au détriment des producteurs de contenu (un cas d'école étant les agrégateurs d'articles de presse comme Yahoo News ou Google News).

Internet et le MP3 sont des outils formidables pour les musiciens qui veulent faire connaître leur travail et partager des enregistrements avec le plus grand nombre. C'est une possibilité que j'ai utilisé moi-même pour partager quelques enregistrement réalisés lors de concerts d'amateurs (et qui est utilisée également par de nombreux ensembles comme Ut Cinquième). Les enregistrements en question n'ayant pas de valeur commerciale, la question de leur piratage ne se pose même pas à vrai dire.

Mais si c'est une chose que les artistes aient la possibilité de poster gratuitement des enregistrements pour les partager avec le monde entier, c'en est une autre que de poster gratuitement, et sans leur demander leur avis, le produit de leur travail. Est-ce donc immoral que de chercher à produire des enregistrements de qualité professionnelle (ce qui coûte cher) et de chercher à les vendre ? Et peut-être même de gagner de l'argent avec ?

L'argument choc mis en avant par des groupes d'internautes comme "le réseau des pirates" est "nous sommes des millions à télécharger des albums, et ils veulent faire de nous des pirates". Le mot de pirate est mal choisi, je l'ai déjà dit, mais ça n'est pas parce qu'une mauvaise action est commise par de nombreuses personnes qu'elle devient bonne. Il y a peu d'années, il y avait des millions de gens en France qui roulaient à 150 ou 180 sur les autoroutes, ou qui fumaient sur leur lieu de travail. Ce qui ne faisait pas d'eux des bandits de grand chemin ! Mais la loi a changé, les sanctions ont changé, et leur comportement a changé. Pour le téléchargement sur Internet, c'est la même chose: tant que le bénéfice des quelques euros économisés sur l'achat du disque ou du DVD excédera les inconvénients et les risques de sanction, le téléchargement abusif continuera sur une échelle massive. Monsieur Tout-le-monde n'est pas un criminel mais ça n'est pas non plus un saint...

(petite correction après coup: il semble que le terme pirate pour désigner les infractions au droit d'auteur soit aussi ancien que le droit d'auteur sinon plus, puisqu'il est attesté dès le XVIIe siècle en Angleterre si j'en crois l'article Copyright infrigement de Wikipedia. Il faudra que je vérifie d'ailleurs mais je crois me souvenir d'une préface où Balzac appelle flibustiers les éditeurs qui imprimaient ses romans en Suisse ou en Belgique, bourrés de fautes et naturellement sans lui verser un centime).

(mise à jour le 24 avril 2009: les avocats vont demander une annulation du procès au motif que l'un des juges était membre de plusieurs lobby de la propriété intellectuelles, équivalents suédois de la RIAA aux Etats-Unis ou de l'APP en France. Ce qui fait mauvais genre évidemment, surtout si l'on considère la sévérité de la peine. Par ailleurs si l'on en croit le site anglais The Register, l'un des quatre pirates, celui qui se chargeait des finances en particulier, ressemblerait davantage à un néo-nazi doté d'une solide fortune personnelle qu'à un gauchiste vivant dans une caravane. Une occasion de rappeler que les site de p2p sont aussi et entre autres un lieu privilégié d'échange de vidéos révisionnistes ou de matériel pédo-pornographique, même si cela dépasse de loin le cadre de ce journal...)

jeudi 26 mars 2009

Hadopi: les eurodéputés persistent et signent

Les députés européens ont une nouvelle fois, et par 481 voix contre 25 voté contre la privation d'accès à Internet par les gouvernements ni par les entreprises. La mesure la plus médiatique de la future loi Hadopi risque donc de ne jamais être appliquée, si jamais elle était votée.

Sur ce dossier qui divise assez nettement, ma position est finalement assez centriste:
  • oui pour faire la chasse aux pirates et les sanctionner quand on les attrape (Internet n'est pas une zone de non-droit)
  • non à la coupure d'accès à Internet, ça coûte cher et c'est une sanction disproportionnée.
  • oui à une amende d'un montant comparable à celui des (petits) excès de vitesse pour les téléchargeurs indélicats.
  • non à une licence globale qui ferait payer les gens honnêtes pour les pirates et dont personne ne saurait comment distribuer le produit de manière équitable.
Précision pour David: ceci n'est pas un troll.

mercredi 25 mars 2009

Le site last.fm devient payant (pour les français)

Le site last.fm qui propose de la musique en streaming (c'est à dire écoute sans téléchargement, un peu comme sur un poste de radio) vient d'annoncer sur son blog qu'il demandera un abonnement de 3 euros par mois pour les internautes (sauf aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne). Le modèle de l'accès illimité à un catalogue contre un abonnement mensuel va-t-il l'emporter sur la vente de musique à l'unité façon iTunes ? Il est sans doute trop pour le dire.

Ce qu'on peut dire en revanche dès à présent aux amateurs de licence globale, c'est: abonnez-vous aux sites de votre choix et arrêtez de casser les burnes à mon député. Une licence globale gérée par la SACEM (ou tout autre organisme para-public) et distribuée au doigt mouillé comme la taxe copie privée ? Non merci.

mardi 10 mars 2009

Loi Création et Internet: beaucoup de bruit pour rien

C'est une des manies de notre gouvernement actuel que de surcharger le calendrier parlementaire et d'empiler les lois, certaines lois étant votées avant même que les décrets d'application de la précédente soient parus. Peu importe au fond qu'une loi soit inappliquée ou inapplicable, l'essentiel est d'occuper le terrain médiatique (et indirectement, électoral). La loi dite "Internet et Création" ou encore "Hadopi", du nom de l'autorité administrative qui sera créée, ne fait pas exception: basée pour l'essentiel sur le rapport Olivennes et l'accord tri-partite signé à l'Elysée, elle est l'objet d'une bataille médiatique rangée entre l'industrie du disque d'une part, et les internautes pro-licence globale soutenus par certains associations de consommateurs d'autre part.

Le piratage est vieux comme le monde: dans les années 1830 déjà Honoré de Balzac se plaignait que des éditeurs indélicats imprimaient ses romans à succès en Belgique ou en Suisse, non seulement sans lui verser un centime mais bien souvent dans des éditions non révisées, pleines de fautes, ce qui le mettait dans une colère noire. Depuis toujours les éditeurs se battent contre la contrefaçon, qui les touche plus durement que toute autre métier en raison du paradoxe qui veut que la musique (ou la littérature) coûte cher à produire et quasiment rien à reproduire. Pour l'instant les éditeurs de livres s'en sortent car les consommateurs sont restés attachés à l'objet livre, mais la dématérialisation de la musique est un fait et dans quelques années les supports physiques comme le CD audio ou le SACD n'existeront plus que sur des marchés de niche.

Jusqu'où peut-on aller dans la pénalisation et la criminalisation de la copie non autorisée ? Un exemple récent avec les journalistes qui ont pu entendre le dernier album de U2 en avant-première. Au lieu de leur envoyer un CD comme c'était la tradition, pour éviter que les MP3 soient sur les sites pirates avant même la sortie officielle, on les a invités. Des vigiles à l'entrée les dépouillent de tous leurs objets personnels, téléphones portables inclus, et il ne sont autorisés à garder qu'un crayon et un bloc-notes pour écouter l'album. Une paranoïa fort désagréable et inutile au demeurant car les MP3 ont tout de même atteri sur les sites pirates, non à cause d'un journaliste indélicat mais à cause d'un site de téléchargement légal qui avait par erreur mis en ligne l'album trop tôt.

Quelle est l'alternative au tout-répressif ? Je suis violemment opposé à la "licence globale" que proposent certains blogueurs ou politiques et même des associations de consommateurs. D'abord la license globale existe déjà: plusieurs sites de musique en ligne proposent des forfaits très peu chers (à partir de 5 euros par mois) permettant l'écoute illimitée à l'intérieur de catalogues pléthoriques de centaines de milliers de titres. Les deux avantage de ces formules illimités sur la "licence globale": on n'est pas obligé d'y adhérer, et le comptage des morceaux écoutés peut être fait de manière précise pour répartir les royalties des artistes. Aux amateurs de licence globale, j'ai envie de dire: inscrivez-vous à l'un de ces sites si ça vous fait plaisir. Mais par pitié épargnez-nous une usine à gaz mise en place par les pouvoirs publics et semblable à la "taxe copie privée", c'est à dire répartie au doigt mouillé après que la SACEM aura prélevé ses habituels 35% de "frais de fonctionnement".

Le point qui cristallise tous les débats: la privation de connexion internet pour les "pirates", est en fait un faux enjeu. Il ne fait pas de doute que la suspension de connexion est une sanction abusive et disproportionnée, surtout si ce sont des officines privées sui sont chargées de repérer les fraudeurs. Mais les députés européens ont massivement rejeté la suspension d'accès à Internet, et le droit européen prime sur le droit français en la matière. Une amende paraîtrait une sanction bien plus raisonnable et proportionnée que la coupure d'accès pour la copie illégale de fichiers, mais l'amendement socialiste qui va en ce sens a bien peu de chances de passer. C'est donc une loi inapplicable et contraire au droit européen que les députés s'apprêtent à voter.

Techniquement, la chasse aux pirates est loin d'être facile et coûte cher. Ce journal n'est pas le lieu pour entrer dans les détails, mais le seul moyen de vraiment supprimer à 100% le piratage serait d'installer des filtres de deep packet inspection (DPI) qui regardent tout ce qui entre et tout ce qui sort de votre ordinateur, et bien sûr d'interdire le cryptage. Autant dire que c'est perdu d'avance, sauf à vivre dans un monde qui ressemble à l'ex-Allemangne de l'Est, avec deux cent mille personnes travaillant pour la Stasi sur une population d'à peine vingt millions. Est-ce vraiment le monde dans lequel nous voulons vivre ? Cela dit, si on ne peut éliminer le piratage, on peut le réduire, et l'Etat est dans son rôle de chercher à le faire.

Que se passera-t-il une fois la loi votée ? Il est toujours dangereux de prédire l'avenir, mais on peut se livrer à quelques pronostics:

  • le piratage va probablement reculer, comme aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni ou les e-mails d'avertissement ont montré une rleative efficacité. En effet de nombreux internautes se croient à tort anonymes alors qu'ils se promènent en fait sur la toile avec un grand écriteau "ceci est mon adresse IP". Lorsqu'ils recevront une lettre recommandée pleine de (fallacieuses) menaces, un grand nombre d'entre eux cesseront d'utiliser Kazaa ou Bittorrent. Ou dans le cas le plus fréquent, ils commenceront à se soucier de l'usage que font les adolescents de 12 ans du PC familial.
  •  La chute de l'industrie du disque va se poursuivre inexorablement. Le chiffre d'affaire est à la moitié de son pic historique atteint en 2002, il atteindra 10% dans quelques années. Aucune loi n'y changera rien,les boulversements induits par la dématérialisation sont trop grands.
  •  La musique en ligne va poursuivre son essor, sans jamais peser plus que 10 ou 15% de ce que pesait le défunt marché du disque compact.
  •  Le secteur du classique pourrait survivre comme un marché de niche, mais la pléthore d'enregistrements pas chers (voire gratuits pour ceux qui ont plus de 50 ans) risque d'étouffer les jeunes artistes qui auront du mal à résister à la concurrence des Gould, Callas, Richter, Karajan, et autres.
  • Les premières suspensions de connexion Internet seront médiatisées par des erreurs sur la personne et des abus, et finalement des procès qui conduiront le gouvernement à abandonner cette forme de sanction.

Au total, à part le directeur de l'Hadopi qui aura gagné une voiture de fonction, une secrétaire et un chef de cabinet, cette loi ne changera rien pour personne: ni pour les majors qui vont poursuivre leur agonie, ni pour les artistes pour qui utiliser Internet demeure un casse-tête, ni pour les gosses de 14 ans qui utiliseront la nouvelle techno à la mode pour contourner les filtres et télécharger des mp3 sans dépenser les sous qu'ils n'ont pas, ni pour les marchands de tuyaux (Apple et les fournisseurs d'accès Internet) qui vont continuer à s'en mettre plein les poches. Rien de nouveau sous le soleil...

A lire sur le même sujet: Surveiller et punir Internet d'André Gunthert dans le Monde diplomatique. Malgré le biais idéologique auquel on peut légitimement s'attendre dans ce journal, la conclusion n'est pas très éloignée de la mienne: Hadopi est soit une loi inutile, soit une loi politique.

dimanche 1 février 2009

Peut mieux faire...

Voici que mon fournisseur d'accès à Internet m'offre un forfait pour télécharger de la musique de façon illimitée (et légale, cela va sans dire). On peut donc piocher à volonté dans le catalogue d'Universal Music, avec les restrictions suivantes:

  • il faut un ordinateur avec Windows
  • il y a des verrous anti-copie (DRM )
  • on ne peut pas copier la musique sur un autre appareil (sauf si on fait sauter le verrou anti-copie, ce qui est un jeu d'enfant, soit dit en passant).

La fameuse licence globale que certains réclament à cors et à cris, si ça n'en est pas une, en tout cas c'est ce qui s'en rapproche le plus.

Oui, mais voilà, que vaut-il, le catalogue en question ? Il y a de grands artistes qui jouent des choses très bien avec des prises de son impeccables. Le tout est ensuite compressé (adieu finesse des timbres et des attaques) puis mis en ligne. Et la base est si mal indexée et documentée qu'on ne sait même pas ce qu'on écouter. Voici le premier album que j'ai voulu écouter:

L

C'est donc une certaine "Claire-Marie Le Gu" qui joue, l'album s'appelle "Haydn-Mozat-L'Esp". L'Espaquoi ? L'espadon ? L'espérance ? L'esse-Peter-donc-tranquille ? Et la première plage s'appelle "Allegro". Fort bien, mais est-ce une sonate, un concerto ? pour piano, pour bandonéon, pour trombone à coulisse ?

Après quelques essais, je trouve un menu contextuel avec une vignette d'album plus petite qu'un timbre-poste. On a enfin le titre de l'album et le nom de l'artiste complets, mais on ne sais toujours pas à quoi correspond cet Adagio, si c'est Mozart ou Haydn qui l'a écrit par exemple (n'allons pas jusqu'à exiger un numéro d'opus ou de catalogue Köchel, ce serait pédant).

L

En guise de licence globale et de téléchargement illimité, voici ce qu'on peut craindre pour les années à venir. Que les majors déversent sans discernement le contenu pléthorique de leurs catalogues dans les tuyaux internet, en noyant les jeunes dans un flot d'information qu'ils ne peuvent pas vraiment classifier, digérer, comprendre, apprécier. Étant adolescent, j'ai eu le disque, le livre et quelques bons amis pour faire mon éducation musicale. Mais pour les ados qui n'ont qu'Internet ?

samedi 24 janvier 2009

Il n'est jamais trop tard pour bien faire

EMI, puis Apple, enfin Warner Universal et Sony: les principaux acteurs de la musique en ligne semblent avoir officiellement renoncé aux DRM , ces fameux verrous anti-copie dont la principale utilité était de pourrir la vie de leurs clients en introduisant des contraintes arbitraires et stupides sur le type d'appareil à utiliser pour écouter la musique, le nombre de copies possibles, et ainsi de suite.

On peut s'étonner qu'ils aient attendu si longtemps et laissé se développer le piratage dans de telles proportions avant de se rendre à la raison. Et surtout qu'ils aient dépensé des ressources aussi considérables au flicage par tous les moyens (technologiques, juridiques, politique) plutôt que d'essayer d'améliorer l'offre. Le journal de Papageno va mettre à jour son comparatif en incluant les sites qui ont abandonné les DRM, mais celle-ci reste globalement insuffisante. Bien que les catalogues proposés soient abondants en nombre de titres, les moteurs de recherche sont indigents, les albums sont souvent mal indexés, leur description (compositeurs, oeuvres, interprètes, date et lieu d'enregistrement) est incomplète, les jaquettes et textes complémentaires manquent, et la qualité musicale n'est pas toujours au rendez-vous car peu de sites proposent le format FLAC qui est d'une qualité équivalente au CD audio et quasiment aucun ne propose la haute définition.

Reste une inconnue: les internautes (surtout les moins de 30 ans) vont-il préférer la tarification à l'unité (par album) qui perd de son sens avec la disparition de l'objet disque, ou les solutions forfaitaire de type streaming qui permettent d'écouter tout ce qu'on veut dans le catalogue, moyennant un abonnement ? Personnellement e ne suis pas favorable à la licence globale que certain appellent de leur voeux, pas en tout cas sur le modèle de cette infâme taxe pour la copie privée qu'on paye sur les CD vierges et dont le produit est distribué dans le meilleur des cas au doigt mouillé, dans le pire des cas sur le mode des petits arrangements entre amis. Il est impossible de savoir de façon fiable ce qui est téléchargé sur les réseaux pirates, et donc de rémunérer les artistes et les producteurs de façon équitable sur cette base. Si licence globale il y a, elle ne pourra exister que sur un site de musique en ligne donné (ou à la limite une fédération de sites). Ce site pourra compter les téléchargements de manière précise. Au fond, la question d'un paiement par album ou par forfait est purement commerciale, une question de contrats entre distributeurs et producteurs d'un côté, distributeurs et consommateurs de l'autre. Et l'on ne peut que souhaiter que les députés ne se chargent pas de créer une structure nationale qui n'aurait aucun sens vu la dimension mondiale de l'Internet, et qui ne pourrait collecter et distribuer l'argent que de manière opaque et inéquitable, et donc préjudiciable aux artistes et à l'industrie de la musique.

Une autre question se pose avec l'arrivée progressive dans le domaine public de quantités énormes de musique enregistrée dans les années 1950 (et bientôt 1960). Les maisons de disques peuvent continuer à vendre cette musique en faisant comme si de rien n'était, mais on peut en fait la copier sans leur verser un centime car le délai légal de 50 ans est expiré. Du moins tant que le lobbying à Bruxelles pour étendre la protection à 95 ans n'aura pas abouti.

Avec la fin des DRM, la croissance à deux chiffre des ventes de musique en ligne, le développement de l'offre, l'arrivée sans doute prochaine de la riposte graduée en France comme dans d'autres pays européens, le marché de la musique en ligne, après une adolescence difficile, entre dans une certaine maturité. Les majors qui n'ont pas compris il y a 10 ans ce que signifiait l'arrivée d'Internet vont-elles renaître de leurs cendres ou disparaître tel des Mammouths laineux inadaptés au changement climatique ? Nous le saurons dans quelques années.

Tout cela ne concerne que marginalement la musique classique d'ailleurs, marché de niche, fait par des passionnés pour des passionnés, où les meilleurs produits ne sont pas à chercher dans le "top 10" des ventes, mais parmi les disques qu'on garde précieusement, qu'on aime à écouter et ré-écouter, qu'on fait découvrir à ses amis. Produire de tels disques n'est souvent pas très rentable.

jeudi 27 novembre 2008

Concert éducatif (la famille Bach) samedi 29 novembre 2008

La cité de la musique se met elle aussi aux concerts rediffusés sur Internet. Ainsi, samedi prochain (le 29 novembre 2008), un concert éducatif, destiné au jeune public, autour de la famille Bach, à la salle Pleyel, sera retransmis en vidéo sur le site de la Cité de la Musique.

Banal, me direz-vous ? Retournons un peu en arrière. Au siècle de Mozart et Haydn, la diffusion de la musique était lente et difficile: le plus souvent il fallait la copier à la main. Le seul moyen de d'entendre était de réunir les interprètes ou d'en jouer une réduction au clavier. Les musiciens des générations précédentes étaient quasiment inconnus (ainsi Mozart n'a connu la musique de Bach que très tardivement, grâce au baron Van Swieten). Cent ans plus tard, au siècle de Liszt, l'imprimerie et le chemin de fer avaient permis de grands progrès, mais les réductions pour piano (ou bien pour trio piano-violon-violoncelle) restaient le vecteur principale de diffusion de la musique savante, forcément réservée à une élite cultivée.

La génération de mes grand-parents a connu une première révolution avec la radio, qui permettait de toucher des millions d'auditeurs et non des milliers. Celle de mes parents a vu l'avènement du 33 tours puis du disque laser, qui ont fait entrer la musique, savante ou non, dans tous les foyers. Les intégrales Bach ou Mozart à 100 euros sont peut-être le chant du cygne d'une industrie du disque en pleine déliquescence, mais elles constituent un moyen d'accès au répertoire sans précédent.

Quant à ma génération c'est encore plus direct: il suffit de taper "Mozart" ou "Brahms" dans un moteur de recherche ou site de partage de vidéos pour entendre un morceau. Mais le plus fort est que ça marche également avec Besty Jolas ou Eliot Carter (deux musiciens contemporains que je n'ai volontairement pas choisi parmi les plus célèbres):

Cet accès à la musique n'est-il pas trop facile ? Ne risque-t-il pas de développer un zapping mental qui empêcherait tout approfondissement, tout apprentissage sérieux qui reste malgré tout nécessaire si on veut devenir un honnête mélomane (et bien davantage pour devenir musicien) ? Pour ceux qui onté été formés à l'ancienne comme moi (école de musique, solfège, concerts, écoutes de disques avec partition), pouvoir découvrir en un clic la musique d'un compositeur contemporain ou non est une chance formidable, un incroyable élargissement de l'horizon. Mais cette découverte sous forme de vidéo avec son hyper-compressé ne saurait constituer qu'un premier pas qu'il faut nécessairement compléter par d'autres efforts (comme aller au concert, lire des livres ou travailler un instrument) si on veut réellement goûter la musique.

Au passage j'ai découvert que le site de la médiathèque de la Cité de la musique proposait en ligne (et gratuitement) des centaines de concerts. De Couperin à Eliott Carter, tous les répertoires et tous les styles sont représentés (y compris jazz, variétés, musiques du monde). C'est comme les sites de partage de vidéos, sauf qu'on n'a pas de vidéo et que le son est de qualité presque acceptable.

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