Le journal de papageno

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lundi 10 novembre 2008

SHSK'H

Trouvé sur le blog de Didier da: un site original et très beau au nom imprononçable de Shsk'h. Il ne propose que deux albums sous une licence Creative Commons qui autorise la copie et l'utilisation à but non-commercial. Et le prix ? On donne ce qu'on veut par Paypal, et quelqu'étrange que paraisse ce modèle économique, il permet sans aucun doute une meilleur rémunération des artistes que le circuit traditionnel (qui en moyenne touchent 40 centimes sur un album vendu 10 euros sur les principaux sites de musique en ligne). Il n'y a que deux albums, un d'Igor Ballereau qui comporte plus de silences que de notes, et un plein de charme d'Etsuko Chida qui chante et s'accompagne elle-même au Koto.

vendredi 10 octobre 2008

Téléchargement illégal: les députés européens à 88% contre le projet de loi Olivennes

Le 24 septembre, les députés européens ont adopté un amendement prévoyant qu'aucune restriction d'accès à Internet ne peut être adoptée sans décision judiciaire. Adopté à 88% des voix, cet amendement enterre une des dispositions phares du projet de loi Hadopi basé sur le rapport Olivennes, à savoir la suspension de l'abonnement Internet pour les internautes téléchargeurs. Si une telle suspension a lieu, ce sera par l'application une décision de justice et non de façon automatique comme par exemple les amendes pour excès de vitesse.

La décision des députés européens entérine un point de vue exprimé par beaucoup de blogueurs, d'associations et même de politiques, à savoir que l'accès à Internet est un droit fondamental, comme la liberté de circuler ou la liberté d'information, et que les restrictions à ce droit ne peuvent venir que de l'autorité judiciaire et non de l'exécutif. C'est donc une mini-victoire pour les défenseurs des libertés individuelles et aussi une reconnaissance du principe de proportion (les sanctions devant être proportionnées au préjudice subi).

Comme je le remarquais dans un précédent billet, s'il est légitime de respecter le travail des artistes (et les gros sous des ayant-droit), on aimerait bien que le gouvernement commence par suspendre la connexion Internet des spammeurs, des casinos en ligne, des faux sites bancaires et arnaqueurs en tout genre. Ce sont tout de même eux les vrais pirates, et non les gamins de 15 ans qui téléchargent des mp3 ou des séries télé.

jeudi 4 septembre 2008

Abeille Musique met tout son catalogue en ligne

Le distributeur Abeille Musique qui distribue notamment les labels Naxos et Hyperion en France, a récemment annoncé la mise en ligne de tout son catalogue, qui sera vendu par iTunes ou Qobuz, et sans DRM s'il vous plaît. Pas loin de 20.000 albums seront ainsi proposés. Combien d'années il faudrait pour écouter tout ça ?

samedi 23 août 2008

Le début de la fin du CD audio ?

Certains prédisent que le CD audio aura disparu dans deux ans, d'autres lui voient encore un bel avenir... Decca et Deutsche Gramophon ont pris position en tous cas, en créant chacune un label (Decca Concerts et DG Concerts) pour des albums disponibles uniquement au téléchargement. Le principe est le même: des orchestres prestigieux, captés en concert et non en studio pour faire des économies. L'abandon du support CD physique qui permet là encore de faire des économies mais aussi de raccourcir les délais de publication. Autre avantage du numérique: un catalogue potentiellement plus vaste, plus de rupture de stock ni de rotation (les nouveautés chassant celles du mois précédent). Enfin, du point de vue business, la création de ces sous-labels a pour vocation de décourager les orchestres d'imiter le London Symphony Orchestra qui a créé sont propre label LSO Live il y a plusieurs années déjà.

Détail amusant, je ne sais pas qui a copié sur l'autre, mais les deux logos utilisent les mêmes petits trous censés figurer un ticket de concert:

Pour ceux qui auraient envie de sauter en l'air en hurlant de joie, notons qu'il reste plusieurs gros freins à notre ascension pour le septième ciel:

  • le prix: 10 ou 12 euros, c'est à peu près le double de ce que les mélomanes aujourd'hui sont prêts à payer pour la musique dématérialisée.
  • la qualité du son, inférieure à celle d'un CD audio (alors que techniquement rien n'empêche de vendre de la musique numérique échantillonnée à 24bit / 96KHz par exemple, ou compressée sans perte de qualité)
  • l'iconographie et le livret, absents ou d'une qualité encore inférieure à ceux du CD (les CD étant eux-même considérablement en régression comparés aux bons vieux 33 tours)

Bref c'est de la musique low-cost sauf que le prix n'a pas diminué ! Dans l'immédiat il reste plus intéressant d'aller chercher les CD à 8 euros chez Naxos ou Harmonia Mundi et de les ripper soi-même.

samedi 26 juillet 2008

Pourquoi il faut continuer à boycotter les DRM

Le site Yahoo! Music a annoncé a ses clients qu'il met la clé sous la porte à partir de septembre 2008 (à lire sur Slashdot ou Ars Technica). Surtout, les serveurs de licences DRM fermeront eux aussi.

DRM Quelques explications pour les novices: lorsqu'on achète de la musique avec verrou anti-copie (ou DRM pour Digital Rights Management) on télécharge une version cryptée de la musique, ainsi que la clé de décryptage (oui, la clé de décryptage est sur votre disque, sinon il ne serait pas possible d'écouter la musique !). Et si on veut transférer la musique sur un autre ordinateur, il faut passer par le serveur de licence DRM qui donnera une autre clé. Du coup, les utilisateurs de Yahoo ! Music, qui ont payé pour acheter des albums, ne pourront plus changer d'ordinateur ou même remplacer le disque dur lorsqu'il tombera en panne, sans perdre leurs albums. En bref, ils sont victimes de l'informatique déloyale que dénoncent des associations comme l'APRIL.

Naturellement il existe plusieurs solutions: on peut par exemple graver un CD audio puis le re-compresser dans un format non verrouillé (comme MP3 ou AAC). Mais outre qu'on gaspille un CD audio (et on paye au passage 40 centimes de taxe copie privée qui sont reversés à Jonnhy Halliday et Britney Spears - merci pour eux !), on perd en qualité et on doit re-saisir à la main les méta-informations (nom des artitstes, titre des plages, etc). Tout les schémas DRM existants ayant étant cassés, on peut aussi trouver des logiciels gratuits ou payants pour dé-verrouiller les fichiers. Mais c'est tout de même un comble que les gentils consommateurs ayant payé leur musique pour être en règle avec la loi et soutenir les artistes soient désavantagés par rapport à ceux qui ont téléchargé les MP3 sur un site pirate, et qu'ils doivent bidouiller simplement pour continuer à utiliser un produit qu'ils ont acheté. J'ai mis l'expression soutenir les artistes entre guillemets car lorsqu'on sait que les musiciens gagnent en moyenne 40 centimes sur un album vendu 10 euros, il convient de prendre un peu de distance par rapport au discours moralisateur des producteurs et distributeurs de musique en ligne. Mais c'est un autre débat...

Je mettrai peut-être ma sélection de sites de musique en ligne à jour d'ici quelques semaines, mais ma recommandation reste inchangée: il faut boycotter absolument et sans exception tous les sites qui vendent de la musique avec DRM. Il faut même selon moi boycotter les sites qui vendent la moitié du catalogue avec DRM et la moitié sans DRM, comme iTunes. Il y a certains sites fort sympathiques comme MusiClassics qui sont manifestement mis en place par des passionnés de musique soucieux de proposer une offre de qualité. Néanmoins, c'est avec DRM, et si un jour cette sympathique PME pleine d'avenir cesse son activité, les clients auront sur leur disque dur des fichiers verrouillés sans la clé nécessaire pour les copier sur un autre ordinateur par exemple.

Donc, il faut boycotter tous ces magasins, et même le faire savoir en écrivant au Webmestre !

mercredi 16 juillet 2008

Loi Hadopi: la bataille fait rage

La bataille fait rage autour de la loi Hadopi actuellement en discussion au parlement, qui pourrait voir la France adopter la riposte graduée (e-mail d'avertissement puis suspension de la connexion Internet pour les internautes télé-chargeurs). D'un côté des cinéastes qui signent dans le Monde un tribune Culture ne rime pas avec gratuité. De l'autre la riposte parfois violente des internautes (lire par exemple le blog de Palpatine ou encore Clic de Droite), qui attaque les signataires de l'article en contestant leurs qualités artistiques:

Qui osera me dire que Claude Lelouch peut décemment soutenir "Est-il liberticide de vouloir préserver le droit pour les auteurs de continuer à faire des films ?" contre le partage de fichier gratuitement sur internet, alors que ses films ne font plus d'entrées depuis bien longtemps (et à part un coffret hors de prix, allez trouver ses DVDs...), et que l'on prie tous les matins pour qu'il arrête d'en faire ?

Il est frappant de voir la récurrence de certains arguments dans les forums Internet, à savoir

  1. de toute façon c'est de la m.... qu'ils nous vendent (mais dans ce cas, pourquoi la télécharger ?)
  2. les chanteurs sont tous des millionnaires (qui planquent leurs millions en Suisse)
  3. il n'y a qu'à faire la licence globale puisque les internautes la réclament (même si beaucoup d'artistes et de producteurs n'en veulent pas)

Pour ceux qui ne veulent pas mourir idiots et saisir le fond du débat avant de prendre position, il y a aussi le texte du projet de loi déposé au Sénat en juin, qui sera arbitré à la rentrée parlementaire.

Business model des artistes et producteurs de contenus culturels, protection des libertés individuelles, commerce ou gratuité dans la démarche artistique, ces questions sont trop complexes pour que je prétende avoir la solution sur laquelle experts, députés et lobbyistes se battent depuis des mois, voire des années. Je me contenterai de quelques remarques à titre personnel:

  • Même si on trouve que Lelouch fait des films de m... ça ne donne pas d'excuse aux gens qui les téléchargent sans payer
  • La license globale existe au cinéma, comme le fait remarquer Palpatine, avec les cartes illimitées. Cependant les cinémas peuvent compter facilement les entrées de chaque film et donc répartir l'argent de manière fiable et équitable. Comment compter les téléchargements avec Bittorrent ou Kazaa ? C'est impossible en pratique, et c'est pourquoi je suis opposé à la licence globale sur Internet. Pour la même raison je suis opposé à la taxe copie privé qu'on paye sur les CD vierges et disques durs, et qui est répartie sur la base d'études statistiques, c'est à dire au doigt mouillé et en arnaquant les petits au profit des gros.
  • Sauf à être de mauvaise foi, on ne peut pas nier la relation de cause à effet entre le développement du peer-to-peer et la crise des ventes de disque et de musique en ligne
  • L'appareil législatif sur la contrefaçon, conçu pour empêcher la contrefaçon professionnelle (par exemple une usine qui fabriquerait des DVD copiés ou un magasin qui les vendrait), n'est pas adapté au cas du gamin de 14 ans qui télécharge des MP3 sur le PC de sa maman. Il faut clairement que les sanctions sont proportionnées et graduées.
  • Quel que soit le cadre législatif, la rupture technologique que constitue la dématérialisation de la musique (et de la vidéo) aura des conséquences énormes sur l'ensemble de l'industrie. Les moins concernés par ce changement pourraient bien être les artistes eux-mêmes, et surtout ceux dont les concerts sont l'activité principale.

Entre le rêve de certains internautes qui n'ont peut-être pas compris que produire un disque ou un film ça demande pas mal d'argent et de travail, et qui voudraient tout gratuit, et le tout-répressif à l'américaine (lire mon article 200.000 dollars d'amende pour une internaute téléchargeuse), existe-t-il une voie moyenne ? On l'espère et on souhaite bon courage à nos députés dont l'agenda est des plus chargés.

Une dernière remarque: nos gouvernements (j'inclus les gouvernements canadiens, américains, européens dans cette phrase) s'occupent beaucoup de lutte contre le piratage de la musique; on aimerait qu'ils déploient ne serait-ce que la moitié du quart de la même énergie à la lutte contre le spam, qui pourrit littéralement les machines du monde entier et qui coûte des milliards aux entreprises et aux particuliers car on estime que 95% des e-mails échangés dans le monde sont des spams. Alors ? à quand la suspension de la connexion Internet pour les spammeurs ?

mardi 1 juillet 2008

La résurrection d'IMSLP

Après 10 mois de panne causée par un différent juridique avec l'éditeur viennois Universal Edition, le site IMSLP, qui offre un accès gratuit aux partitions libres de droits, est de retour. Au passage le site s'est trouvé un nouveau nom un peu moins IMSLPbittable: il s'appellera désormais Petrucci Music Library, d'arpès le nom d'Ottaviano Petrucci, le premier à avoir imprimé des partitions en série avec les techniques de Gutenberg (à Venise au début du XVIè siècle). Notons que cet éditeur a disposé d'ailleurs durant 20 ans d'un monopole accordé par le Doge sur l'impression des partitions musicales...

Ce qui a retenu mon attention dans la lettre du 29 juin par le fondateur du site: un appel aux éditeurs (et aux compositeurs), invités à utiliser IMSLP comme moyen de promotion de leur catalogue. L'équation est la suivante: la vente de partitions, marché de niche, ne rapporte rien ou presque aux éditeurs. Ce sont en fait les droits voisins (droit d'éxécution, droits pour les disques, la radio, le cinéma) qui rapportent des sous. Ainsi, mettre en ligne (gratuitement) les partitions en PDF pourrait même aider les éditeurs à faire des économies sur la fabrication et le stockage des partitions papier, tout en leur conservant les droits voisins. Sont-ils tous prêts à tenter l'aventure ? Rien n'est moins certain. En revanche certains compositeurs pourraient l'être. Et découvrir au passage qu'il n'est pas forcément utile de se livrer pieds et poings liés (jusqu'à la mort et même 70 ans après) à un éditeur. Le micro-cosme de l'édition musicale, déjà durement secoué par l'apparition de la photocopie il y a une vingtaine d'années, risque de connaître un nouveau choc, peut-être encore plus violent.

mercredi 28 mai 2008

Concours Reine Elisabeth: les vidéos sont en ligne

En ligne sur le site du Concours Reine Elisabeth: les vidéos des demi-finales (avec piano) et finales (avec orchestre). J'ai notamment écouté une œuvre de Wim Henderickx (commandée par le concours), une Canzone d'après Pétrarque. Pas mal, mais pas follement original. La prise de son est moyenne et le son hyper-compressé est encore moins bon que celui de la radio sur un récepteur de mauvaise qualité. Mais l'image permet d'apprécier la présence sur scène des chanteurs et chanteuses. Ainsi Isabelle Druet, mezzo française, second prix, crève l'écran. Pas étonnant lorsqu'on apprend qu'elle a débuté comme comédienne.

Merci à David Le Marrec pour le lien.

lundi 18 février 2008

La comission européenne veut étendre les droits des interprètes sur les enregistrements à 95 ans

Actuellement, les interprètes possèdent des droits durant 50 ans après la première publication d'un enregistrement en Union Européenne. Les producteurs de disques vont bien se gardent bien de le clamer sur les toits, mais une grande partie des enregistrement réalisés dans les années 50 - et certains sont forts bons et d'une qualité technique comparable à celle d'aujourd'hui - sont libres de droits. Les mêmes producteurs qui sont toujours prêts à entonner l'air de vous êtes tous des pirates et vous affamez les pauvres artistes ne se privent pas d'ailleurs de piller les enregistrements dans le catalogue des concurrents pour réaliser des ré-éditions. Avec quoi sont faits les coffrets Maria Callas à 1 euro le disque ? avec des archives venant du catalogue d'EMI qui sont aujourd'hui libres de droits. On pourrait aussi bien les zipper en MP3 et les offrir en téléchargement gratuit, ça serait parfaitement légal.

Mais bien sûr il ne fallait pas compter sur nos amis les marchands de disques pour regarder sans rien faire la musique enregistrée dans les années 1950, puis 1960, puis 1970 tomber dans le domaine public sans rien faire. Aussi, sous le double prétexte de s'aligner sur le droit américain et d'équilibrer la relation entre interprètes et compositeurs, et malgré l'avis fortement négatif du rapport Gowers, le commissaire commissaire européen au marché intérieur, Charlie McCreevy, a annoncé un projet de directive pour porter le délai à 95 ans. Il y a urgence: si on ne fait rien ce pauvre Johnny Halliday perdra les droits sur ses chansons à partir de 2011...

J'ai déjà eu dans ce journal l'occasion de dire que je trouve les délais de protection des oeuvres des compositeurs excessifs, contraires au bon sens, à l'intérêt général et à la créativité musicale. Prenons un exemple: les Préludes pour piano d'Olivier Messiaen, publiés en 1930, seront protégés au moins jusqu'en 2062 (si la Commission n'allonge pas le délai d'ici là). Comment appeler une rémunération garantie par l'Etat jusqu'en 2062 ? c'est une rente. Notons que pour la famille des compositeurs disparus, cette rente est souvent modeste et incertaine, car de nombreux musiciens sombrent dans l'oubli. Mais pour les éditeurs c'est une toute autre affaire...

En quoi ce système de droits est-il contraire à la créativité musicale ? Donnons des exemples. S'il avait existé au 18 è siècle, Beethoven n'aurait pas écrit de variations sur La ci darem la mano (air célèbre du Don Giovanni de Mozart). Liszt n'aurait pas pu transcrire les symphonies de Beethoven au piano, ni écrire de paraphrases sur les opéras de Rossini et Meyerber. Au 20è siècle déjà les éditeurs, leurs avocats et leurs banquiers avaient commencé à verrouiller le système. Par exemple Maurice Ravel a dû abandonner un projet d'orchestration de pièces d'Albeniz à cause d'un contrat qui conférait l'exclusivité du droit d'orchestration à un musicien espagnol. De tout temps les musiciens ont recopié, transcrit, arrangé, interprété la musique des autres. Or c'est devenu de plus en plus difficile au cours du 20è siècle.

Nous vivons aujourd'hui un grand paradoxe. Avec les ordinateurs, avec Internet, il n'a jamais été aussi facile et aussi peu cher de copier la musique, les partitions, les enregistrement, de les partager ou de les vendre. Ce qui était réservé à une élite riche et cultivée est désormais à portée de tous. Parallèlement au développement technique, le développement législatif a suivi le chemin inverse, toujours plus répressif, avec des délais de protection toujours plus longs. Osons le dire: 130 ans pour le compositeur (enfin, surtout pour son éditeur) et 95 ans pour l'interprète (enfin, surtout pour le producteur) c'est trop long, c'est contraire à l'intérêt général et à la vitalité artistique. Ramenons le délai à 50 ans après la date de publication pour les compositeurs comme pour les interprètes. Il n'y a pas de meilleur moyen pour inciter les producteurs à investir dans les nouveaux talents, plutôt que de veiller sur leur catalogue vieillissant tel le géant Fafner devenu dragon devant son tas d'or.

lundi 4 février 2008

La Turangâlila de Messiaen sur YouTube

On trouve tout sur YouTube, même des extraits de la Turangâlila-symphonie d'Olivier Messiaen (à prononcer avec un léger accent anglais comme la présentatrice de la télé). La vidéo date en fait de 2001, elle a été captée en live au festival BBC Proms en 2001 (Pierre Laurent Aimard au piano, Andrew Davis dirige le National Youth Orchestra of Great Britain). Un orchestre particulièrement important qui aurait sans doute fait plaisir à Berlioz car tous les vents (trompettes, trombones, flûte etc) sont doublés:

Il existe un DVD avec la symphonie entière mais il est manifestement épuisé.

C'est enfin l'occasion de rappeler que cette symphonie qui fête ajourd'hui ses 60 ans (elle a été créée en 1948 !) a été programmée plus de 60 fois dans le Monde cette année.

lundi 21 janvier 2008

Des nouvelles d'IMSLP

J'en parlais dans un précédent billet, l'International Music Score Library Projet, une bibliothèque numérique de partitions tombées dans le domaine public, a été fermée suite à des menaces des avocats d'Universal Edition. Le sujet a été couvert notamment par BBC News. Bien la réouverture d'IMSLP ne soit pas encore annoncée, plusieurs propositions ont été faites notamment par le projet Gutenberg pour héberger le site, et de l'aide a été apportée notamment par la Free Software Fundation sur le plan juridique.

Qui utilise IMSLP ? Des gens comme moi qui ont déjà des centaines de partitions à la maison, mais aussi et surtout des gens pour qui l'accès à la musique est plus difficile, comme cet internaute qui témoignait hier sur le forum d'IMSLP:

I am an amateur pianist. And I want to say I really apreciate what you have done until now, and I am expecting ISMLP continues. I live in Serena, 400 Km North from Santiago de Chile, and here is very difficult, if not impossible, to find sheet music for study and play. When I found ISMLP it was like a miracle. To have access to such huge quantity of classical works. I felt like dreaming.

Pour connaître la position de l'éditeur vous pouvez consulter cette page (en anglais). En résumé: UE a simplement envoyé un e-mail demandant le retrait de certaines partitions protégées en Europe, puis une lettre d'avocat.

Les administrateurs ont ensuite fermé le site en constatant la difficulté de contrôler le très grand nombre de partitions postées par les utilisateurs (jusqu'à deux cents par jour), étant donné le peu de moyens dont ils disposaient. Enfin il est rappelé qu'Universal Edition propose 1400 titres en téléchargement payant sur le site FreeHandMusic.

Sur cette page on trouvera les pensées plutôt amères d'un administrateur. Notamment une attaque en règle sur le comportement des éditeurs et le bien-fondé des loi de protection intellectuelle sous leur forme actuelle:

They claim they have the right to profit from the work of dead composers for eternity. What they want is not limited copyright. They want perpetual copyright. They want to keep their wallets properly lined with minimum effort. They want to change laws to make this happen, at the expense of the entire society. Like vultures, they want to peck the last bit of meat from the skeleton of dead artists.

What is the purpose of copyright? To stifle creativity by prohibiting access to art that was created more than a hundred years ago? To make life easier for certain people, who are usually not the artists themselves, at the expense of everyone else?

I here challenge them to give even one logical reason, with proof, why, for the benefit of the society, works of dead artists should be protected for more than 50 years worldwide postmortem, a protection these people are claiming. I challenge them, as an artist myself, to give one reason why artists should receive such exemplary treatment, seeing how this is absolutely impossible in any other trade. But I do not expect an answer, because there is none. There is no logical justification. It is simply pure greed. And not even greed on the part of the artists themselves.

Pour mieux comprendre les enjeux de ce débat, comparons avec l'industrie pharmaceutique. Les entreprises disposent de 20 ans pour exploiter une molécule qu'elles ont découverte. Compte tenu du délai de plusieurs années avant la mise sur le marché d'un médicament, cela veut dire qu'elles disposent d'une petite quinzaine d'années pour rentabiliser leurs investissements en R&D. Ce délai a été calibré pour mettre en balance les intérêts des entreprises (qui n'investiraient pas dans la R&D si elles n'avaient pas de perspective de profit) et ceux de la santé publique. Au bout de 20 ans, la molécule n'est plus protégé, les concurrents produisent des médicaments génériques avec la même molécule, et les prix baissent.

Le marché de la musique fonctionne un peu de la même manière. L'auteur et surtout l'éditeur se voient conférer un monopole, dont la durée est cependant bien plus longue: 70 ans après le décès du compositeur (et non 70 après la date de composition). En pratique les mélodies écrites par Henri Dutilleux dans les années 1950 seront protégées jusqu'en 2080 au moins ! C'est tout à fait énorme, c'est apparu en Europe par le biais de directives de la Commission Européenne qui ont aligné tout le monde sur le droit Allemand (auparavant, le délai était de 50 ans en France, et c'est déjà énorme). Comme chacun le sait le monopole n'est bon pour personne sauf pour ceux qui en bénéficient. Dans le domaine de la musique, cela veut dire: des partitions plus chères et moins disponibles, des disques également plus chers à produire.

Quant aux partitions gratuites c'est un peu un leurre car il faut bien payer le papier et l'imprimante. Ce n'est pas la gratuité que j'appréciais chez IMSLP (j'aurais bien volontiers payé un abonnement ou fait un don pour l'hébergement) mais la disponibilité de milliers de partitions qui ont disparu des catalogues et sont introuvables dans le commerce.

Pour conclure, je pense qu'Universal Edition se trompe et que des sites comme IMSLP, sous une forme ou une autre, vont perdurer et prospérer dans les années à venir. Les éditeurs de partitions, tout comme les producteurs de disques il y a quelques années, sont devant une nouvelle donne. En effet les partitions libres de droit vont devenir libres tout court, car accessibles universellement à un coût très modeste. Et les nouveaux compositeurs comme moi pourraient préférer publier leur musique eux-mêmes plutôt que se livrer pieds et poings liés aux éditeurs et à la SACEM. Les éditeurs sont à un tournant darwinien de leur existence: il y aura ceux qui s'adaptent au changement et ceux qui n'y survivent pas.

jeudi 17 janvier 2008

Le violon mis à nu par Tasmin Little

Tasmin Little La violoniste anglaise Tasmin Little vient de mettre en ligne son dernier disque, dédié au violon seul. Un peu comme Barbara Hendricks dont j'ai déjà parlé dans ce journal, à cela près que le téléchargement est gratuit. Au programme:

  • une Partita de Bach (mi majeur)
  • une pièce de Patterson (compositeur né en 1947)
  • une sonate d'Ysaïe.

Les lecteurs de ce journal pourront facilement écouter par eux-mêmes et se faire une idée. Si je ne la mettrai pas plus haut que mes deux interprétations favorites (Hilary Hahn et Nathan Milstein), la Partita en mi majeur de Tasmin Little est tout à fait écoutable: vivante sans être romantique, sérieuse sans être tristounette, elle se défend très bien toute seule et c'est pourquoi je n'en parlerai pas davantage. A côté de deux grand classiques (Bach et Ysaïe), Tasmin Little nous propose une pièce de Patterson: Variations op 50, moderne mais pas trop, qui s'écoute avec plaisir mais ne laisse pas de trace profonde chez l'auditeur.

L'objectif de cette artiste est de toucher un public plus large que celui qui connaît déjà la musique classique, va déjà au concert et achète déjà des disques. Ses intentions apparaissent clairement dans le défi en trois étapes qu'elle propose aux visiteurs de son site:

  • Step 1: Listen to my spoken introduction and download my CD.
  • Step 2: Take some time to listen and get to know these pieces. Then write to me and tell me what you like (or don’t like) about each piece.
  • Step 3: Go to a concert, buy a CD or write and tell me what barriers still remain to prevent you from wanting to do either!

Certains pourront penser que cette violoniste déjà connue et reconnue cherche uniquement un coup de pub, une manière de se distinguer parmi une génération de virtuoses particulièrement brillants, pour qui la plus grande difficulté est de se faire un nom. Ce serait passer à côté de la démarche de l'artiste. On dit parfois d'un artiste qu'il a un don: pour moi un artiste est avant tout quelqu'un qui donne. Qu'a reçu Mozart en échange de la musique qu'il nous a légué ? rien ou presque. Quel que soit le prix des places, ce que nous donne un interprète en concert est au-delà de toute mesure: il nous donne souvent le meilleur et l'essentiel de lui-même.

Je pense que de nombreux artistes, à l'image de Tasmin Little, souhaitent sincèrement faire partager leur passion au plus grand nombre, sans limites et sans contraintes. Internet est une façon d'y parvenir, pas nécessairement la seule ni la meilleure d'ailleurs. Il est tout de même plus convivial d'écouter un disque avec des amis ou d'aller au concert que d'écouter un MP3 sur un ordinateur ou un balladeur. Et ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit: je ne souhaite pas que les artistes soient tous des bénévoles, des amateurs ou des crève-la-faim. Bien au contraire ! Mais on ne peut constater qu'une fois de plus que les grandes maisons de disques ont raté le virage de l'internet, et que ce sont les artistes qui reprennent aujourd'hui la distribution et la promotion de leur musique en main.

samedi 5 janvier 2008

Les meilleurs magasins de musique en ligne pour le classique

Il y a seulement un an, l'offre de musique en ligne (je parle du téléchargement légal) était complètement indigente: catalogue restreint, qualité de son médiocre, informations incomplètes sur les oeuvres ou les interprètes (on ne sait même pas ce qu'on achète !), et je ne parle même pas des DRM (les verrous anti-copie) qui sont un véritable cauchemar.

Mis sous pression par la chute des ventes de CD (les ventes de disques ont été divisées par deux depuis un sommet atteint en 2001), les maisons de disques petites ou grandes ont fait des efforts et amélioré leur offre. Voici ma sélection de sites pour les amateurs de musique classique:


eClassical eClassical est un sité suédois spécialisé dans la musique classique comme son nom l'indique. Créé en 1999 et doté d'un solide catalogue, c'est un site tout à fait fréquentable. On regrette néanmoins l'absence de livrets et de formats haute définition.

  • Qualité de son: MP3 192kpbs
  • Autre formats: aucun
  • Jaquettes CD: non
  • Qualité des interprètes: des artistes connus et moins connus, mais tout ce que j'ai écouté ou acheté était très bien
  • Nombre de titres:
  • Prix: entre 5 et 10 US$ l'album, certains albums étant plus longs qu'un CD audio.
  • Note globale:

DG Web Shop Le célèbre label jaune a récemment sauté le pas de la vente de ligne. Fidèle à sa réputation, la firme allemande place la barre très haut pour ses concurrents. Pour atteindre la perfection, Deutsche Gramophon devrait proposer d'autres formats comme le FLAC (compression sans perte de qualité) ou bien pourquoi pas de la haute définition (24bit / 96 KHz) c'est à dire une qualité meilleure que celle du CD audio.

  • Qualité de son: MP3 320kpbs
  • Autre formats: aucun
  • Jaquettes CD: oui, avec un livret en PDF
  • Qualité des interprètes: que des stars !
  • Nombre de titres:
  • Prix: 12 euros l'album
  • Note globale:

eMusic eMusic propose uniqument des abonnements, ce qui est son plus gros défaut d'après moi. On paye par exemple 17 euros pour télécharger 50 titres par mois, ni plus ni moins. Un système que je ne trouve pas très souple même si les prix est attractif.


  • Qualité de son: MP3 200kpbs
  • Autre formats: aucun
  • Jaquettes CD: non
  • Qualité des interprètes: du bon et du moins bon
  • Nombre de titres:
  • Prix: de 30 à 60 centimes le morceau
  • Note globale:

MagnaTune Magnatune Mention d'honneur pour ce site au catalogue certes modeste mais qui met un point d'honneur à respecter les artistes et les clients. Parmi les points forts:
- 50% du prix d'achat va aux artistes
- on peut obtenir le CD audio en même temps que les MP3
- on peut écouter l'intégralité d'un morceau avant de l'acheter

  • Qualité de son: MP3 256kpbs
  • Autre formats: CD audio envoyé par la poste, FLAC
  • Jaquettes CD: non
  • Qualité des interprètes:
  • Nombre de titres:
  • Prix: tout à fixé par l'acquéreur, à partir de 5 US$
  • Note globale:

Pristine Classical Pristine Classical est gérée par une petite équipe de passionés dont le goût musical n'a d'égal que le soin qu'ils apportent à leurs réalisations. Un signe parmi d'autres de cette recherche de la qualité, les albums sont disponibles sous la forme d'un seul fichier MP3 avec un fichier CUE, ce qui permet de graver un CD audio avec un enchaînement correct entre les plages (certaines plages sont enchaînées, d'autres non). On peut également obtenir plusieurs fichiers MP3 ce qui est plus pratique sur un balladeur.

  • Qualité de son: MP3 256kpbs
  • Autre formats: CD audio envoyé par la poste, FLAC
  • Jaquettes CD: oui
  • Qualité des interprètes: que du bon !
  • Nombre de titres:
  • Prix: 7 euros l'album
  • Note globale:

Les magasins qu'on aimerait bien voir: on peut regretter que certains labels rançais qui travaillent très bien et produisent de beaux disques, comme Triton, aeon ou Alpha, ne se soient pas lancés dans la vente en ligne. Dans certains cas c'est un choix motivé par la recherche de la qualité (le format MP3 n'étant pas jugé optimal par les mélomaniaques), mais c'est bien sûr une erreur car la qualité de la musique numérique est paramétrable, et certains formats comme le FLAC autorisent une qualité strictement égale à celle du CD audio, voire meilleure si on augemente le taux d'échantillonage.

Les magasins à suivre: le téléchargement de MP3 depuis Amazo n'est pour l'instant disponible que pour les clients Nord-Américains.

Les magasins à boycotter: tous ceux qui utilisent des DRM ou qui ne sont pas accessibles avec un ordinateur Linux, comme iTunes, VirginMega, Alapage, FnacMusic, Classical.com. Notons que certains d'entre eux proposent des MP3 (non verrouillés) sur une partie du catalogue, mais j'invite les lecteurs de ce blog à les boycotter ses sites et à le faire savoir, tant qu'ils n'auront pas abandonné les DRM sur l'intégralité du catalogue.

Les magasins que j'ai oublié: n'oubliez pas de me les signaler pour que je mette ma liste à jour. Merci !

mercredi 28 novembre 2007

Denis Olivennes répond aux questions des internautes sur l'accord tripartite contre le téléchargement illégal

On a entendu toutes sortes de réactions à propos de l'accord tripartite signé il y a quelques jours à l'Elysée entre l'industrie du disque, celle du cinéma et les fournisseurs d'accès à Internet. Cet accord a suivi le recommandations du rapport Olivennes et instaure des sanctions progressives (lettre d'avertissement, suspension puis résiliation de l'abonnement à Internet) pour les internautes téléchargeurs.

  • côté positif, on note la volonté des industriels de se débarrasser des DRM (les verrous anti-copie) qui ne servent à rien sinon à embêter les honnêtes gens et à rendre les fichiers musicaux achetés moins pratiques que ceux qui sont piratés (un comble !)
  • côté négatif, avant d'envoyer des e-mails d'avertissement il va bien falloir payer des officines privés pour espionner le trafic afin de repérer les utilisateurs de P2P. Normalement, sous contrôle de la CNIL (mais cette pauvre CNIL a déjà tellement de travail et si peu de moyens !). Selon l'APRIL il n'est pas vraiment possible de contrôler efficacement le trafic sans attenter gravement aux libertés individuelles et à la protection de la vie privée.

On peut lire sur le site du Monde les réponses de Denis Olivennes aux internautes à propos de cet accord:

Personellement, je suis un peu partagé sur ce dossier. Il ne faut pas faire preuve d'angélisme (peu de gens payeront pour un contenu qu'ils peuvent se procurer gratuitement) mais d'un autre côté les majors ont tellement loupé le virage de la distribution sur Internet que c'est presque trop tard pour elles. Par ailleurs, confier au patron de la FNAC la direction de cette commission revient un peu à demander au renard de rédiger un rapport sur l'avenir des poulaillers...

Certains internautes qui pensaient être protégés par une sorte d'anonymat seront tout surpris en recevant un e-mail leur demandant de cesser de partager tel ou tel album ou video. En Angleterre et aux Etats-Unis, des études on montré que de simples avertissement par courrier électroniques sont suffisants pour dissuader une grande majorité de téléchargeurs (90%).

Notons aussi que des moyens assez considérables vont être mises en oeuvre pour traquer les gens qui partagent de la musique ou des vidéos. On aimerait que des ressources comparables soient consacrées à la lutte contre le spam, les virus et autres logiciels malveillants ! En effet le piratage fait surtout du mal aux majors (et aux artistes, mais dans une moindre mesure) alors que le spam fait du mal à tout le monde.

Enfin, comme je l'ai relevé il y a quelques jours à propos de Barbara Hendricks, les artistes sont en train de comprendre qu'ils n'ont plus vraiment besoin des majors pour distribuer leur musique. Et ça c'est une vraie révolution. A quand la musique équitable, avec un prix modéré pour le consommateur et un pourcentage important reversé aux artistes ?

samedi 24 novembre 2007

Le dernier album de Barbara Hendricks en MP3

Comme on a pu l'apprendre par exemple sur le site Classique News, la soprano américaine Barbara Hendricks a mis en ligne sur le site de son label Arte Verum son dernier album, consacré à Haendel et Purcell. En suivant un exemple déjà donné par plusieurs groupes de musique populaire, elle laisse les internautes libres de fixer le prix.

L'exemple de cet artiste est particulièrement intéressant, car il raconte tout ce qu'il faut faire (et que les grands labels n'ont pas fait) pour prendre le virage du numérique. Cet album est proposé:

  • au format le plus répandu (MP3)
  • dans la meilleure qualité (320kb par seconde)
  • sans verrou anti-copie (les fameux DRM).
  • à un prix raisonnable
  • avec la possibilité d'acheter le CD audio (pour écouter sur une chaîne hi-fi c'est tout de même préférable)

Barbara Hendricks: Endless Pleasure

Sur la plupart des plateformes de téléchargement, les albums sont proposés:

  • dans des formats qui ne pas compatibles avec tous les balladeurs (WMA, AAC, etc)
  • avec une qualité médiocre (128 ou 192kb par seconde)
  • avec des verrou anti-copie aussi contraignants qu'inefficaces
  • trop cher (10 euros pour un album sans même avoir une jaquette à imprimer!)
  • sans possibilité d'obtenir le CD audio (il faut le graver soi-même)

Dernier point, et non des moindres: Barbara Hendricks ayant créé son propre label, elle reçoit probablement une rémunération décente sur chaque album vendu. C'est très important car les grands labels se comportent avec les artistes comme la grande distribution avec les producteurs de choux-fleurs: ils utilisent leur taille, leur puissance financière et osons le mot, leur monopole, pour compresser les prix.

Faut-il rappeler que pour un CD audio vendu à 15 euros, les interprètes touchent entre 80 et 90 centimes, alors que pour un album vendu 10 euros sur iTunes ou FnacMusic, ils ne touchent que 40 centimes ? Au lieu de profiter des économies créées par la disparition du support physique pour augmenter la rémunération des artistes, les majors ont essayé de faire l'inverse. Dans ces conditions, et compte tenu de la piètre qualité de l'offre légale, on ne doit pas s'étonner du développement massif du piratage.

Finalement ce sont les artistes eux-mêmes qui sont en train de reprendre les choses en main et de définir un nouveau modèle de distribution: moins cher, moins contraignant pour les clients et mieux payé pour les artistes. La fin des majors ? Peut-être. La fin de leur monopole, certainement.

Et vous, chers lecteurs de ce journal, combien êtes-vous prêts à payer pour téléchager un album qui vous plaît ?

mardi 6 novembre 2007

Les enfants prodiges, les grands artistes et le Web 2.0

Lorsqu'ils étaient jeunes, Mozart et Liszt ont parcouru l'Europe en diligence (les chemins de fer n'existant pas encore) pour montrer leur talents à Vienne, Bonn, Paris, Leipzig ou Londres.

Les enfants prodiges d'aujourd'hui ont trouvé un moyen plus simple et plus rapide d'atteindre leur audience, en postant les vidéos de leurs concerts sur Internet. Dans celle-ci par exemple on peut voir et entendre le Tzigane de Ravel, une pièce qui rassemble à peu près toutes les difficultés techniques du violon:

On n'a pas malheureusement le nom de l'interprète, la vidéo ayant été postée par une école de jeunes violonistes (le Starling orchestra) pour se faire de la pub. Si ça se trouve il n'est même pas au courant qu'on utilise son travail et son image à des fins publicitaires ! Je trouve ça plutôt choquant de publier une vidéo sans même donner le nom des artistes.

En fait on pourrait facilement passer la soirée à naviguer de clip en clip sur les sites de partage de vidéos. Est-ce que cette pratique va vider les salles de concerts ? Je pense que c'est plutôt l'inverse. Glenn Gould pensait qu'avec l'avènement du disque, les gens cesseraient de se déplacer pour écouter ce qu'ils ont à la maison. Il se trompait du tout au tout: grâce au disque, l'amour de la musique s'est développé plus que jamais. Le concert, le disque, la musique en ligne, la radio, tout cela fonctionne en symbiose. Les stars du classiques, qui vendent beaucoup de disques, sont aussi celles qui remplissent les salles de concert.

Donc, vive DailyMotion et YouTube ?

  • Oui, si c'est pour permettre aux artistes de se faire connaître
  • Non si c'est pour exploiter sans vergogne leur travail (souvent à leur insu)

Le critère pour différencier entre les deux ? C'est tout simple: l'approbation de l'artiste ! Je trouve anormal que les sites publient les vidéos sans s'être assuré d'avoir l'autorisation des personnes qui sont filmées (en France au moins cette approbation est obligatoire au nom du droit à l'image). Leur attitude est d'accepter toutes les vidéos et de ne les retirer que si quelqu'un se plaint. Ce qui veut dire que c'est par exemple Anne-Sophie Von Mutter (ou son éditeur, Deutsche Gramphon) qui doit elle-même faire la chasse aux vidéos pirates. Ce n'est pas normal, c'est à l'hébergeur de prendre ses responsabilités et lorsqu'un fan publie une vidéo pirate d'un concert d'Anne-Sophie Von Mutter, de contrôler que la violoniste est d'accord pour la publication de cette vidéo. Tout cela n'a rien de théorique, voici le mouvement lent du concerto pour violon de Beethoven par Anne-Sophie Von Mutter, avec le philharmonique de Berlin (en 1984):

C'est une pure merveille, mais ni la violoniste, ni les musiciens de l'orchestre, ni le vidéaste qui ont travaillé dur pour produire ce beau DVD n'ont touché un centime lorsque cette vidéo a été postée sur DailyMotion. On pourrait dire que ces clips très compressés (le son est de mauvaise qualité) font en fait de la publicité pour le DVD, mais c'est plutôt l'inverse: c'est ce contenu de bonne qualité (donc cher à produire) qui est pillé par DailyMotion pour attirer du trafic sur son site.

La vérité, la voici: en déléguant la plus grande partie du travail (tournage, montage ou extraction autorisée ou non d'un DVD ou d'un autre support) à des bénévoles, YouTube et DailyMotion exploitent le travail des artistes, sans leur verser un centime. Bien sûr, lorsqu'ils reçoivent une lettre recommandée d'un cabinet d'avocats, ils retirent la vidéo litigieuse du site. Mais c'est loin d'être suffisant ! Il faudrait inverser la charge de la preuve et demander aux hébergeurs de prouver pour chaque clip qu'ils ont obtenu l'accord des ayant droits.

dimanche 7 octobre 2007

200.000 dollars d'amende pour une internaute téléchargeuse

Comme on a pu le voir par exemple sur Slashdot, une femme a été condamnée à 222.000 dollars pour violation du droit d'auteur. Elle a été reconnue coupable d'avoir mis 24 chansons à disposition des internautes. C'est le premier procès de ce genre, tous les autres procès similaires ayant pour l'instant été réglés à l'amiable et sans doute pour des montants bien plus modestes. Ce verdict appelle plusieurs remarques:

  • Même si les commentateurs relèvent la mauvaise foi de l'accusée et son système de défense peu efficace, le montant accordé pas les juges aux plaignants (un quart de million) ressemble davantage au butin d'un braquage de banque qu'au prix d'un CD audio. Tout cela se passe aux Etats-Unis, mais tout de même ! Où est passé le principe de proportion ?
  • Les avocats, les compagnies de disques, ... à qui ira l'argent in fine ? certainement pas aux artistes en tout cas !
  • Est-ce la démonstration de la toute-puissance des majors du disque ou bien leur chant du cygne ?
  • Ce qui est sûr, c'est que l'avènement Internet bouleverse la distribution de la musique. Ce qui était autrefois cher et compliqué (produire des disques 33 tours par exemple) est maintenant facile et à la portée de tous. Un simple ordinateur suffit pour enregistrer et mixer un album, là où il fallait autrefois un studio professionnel et un ingénieur du son. De nombreux ensembles, comme le London Symphony Orchestra) ont créé leur propre label discographique, et distribuent leur musique eux-mêmes, à la fois sur les supports physiques (CD, SACD) et sur les sites de téléchargement comme iTunes. Je n'ai pas les chiffres, mais il est plus que probable que les musiciens gagnent davantage avec ce modèle qu'en travaillant avec une major.
  • Le dernier point à noter est que de nombreux enregistrements sont tombés dans le domaine public, car ils ont plus de 50 ans, et de nombreux autres devraient suivre. Ces enregistrements, mais on peut également les compresser en MP3 et les offrir en téléchargement sans payer un centime, et de façon tout à fait légale. Bien sûr, les producteurs de disques ne le crient pas sur les toits, même s'ils piochent allègrement dans cette manne d'enregistrements libres de droits pour constituer les coffrets de 20, 40 ou 100 disques à bas prix...

vendredi 14 septembre 2007

Petites injustices et gros mensonges autour de la copie privée

Comme on entend tout et n'importe quoi au sujet de la copie privée, je vous invite à consulter ce dossier qui date un peu mais qui comporte un rappel des faits.

disque dur externe

Les tarifs de la redevance pour copie privée vont bientôt être mis à jour (voir le communiqué de la SACEM), et surtout cette redevance sera étendue au disques durs externes et aux clés USB.

On peut discuter de l'utilité et de la pertinence de ce système, qui existe aussi au Canada et dans certains pays Européens: je me contenterais de relever quelques mensonges grossiers qu'on entend régulièrement à la télévision ou à la radio.

  1. La redevance pour copie privée sert à soutenir la création artistique. En théorie un quart des sommes collectées par la SACEM sont consacrées à des actions de soutien à la création et au spectacle vivant. Ce qui signifie en clair un saupoudrage de subventions à des festivals, écoles de musique, etc. Si on fait le point, on constate que seul un faible pourcentage des sommes collectées revient in fine à des compositeurs ou des interprètes. L'essentiel va en fait aux producteurs et aux éditeurs, ainsi qu'aux ayant-droit des compositeurs décédés (comme Rachmaninov ou Ravel pour la musique classique). Par ailleurs le mode de répartition de l'argent, basé sur des statistiques de la part de marché, avantage les ``gros'' au détriment des petits, et les artistes déjà connus au détriment de ceux qui débutent.
  2. C'est un impôt. Faux: son montant est fixé par un décret dans le Journal Officiel, mais ce sont deux sociétés civiles (Sorecop et Copie France) rattachées toutes deux à la SACEM qui encaissent et redistribuent le produit de la redevance. Combien prélèvent-elles en frais de gestion ? mystère ! le système est d'une totale opacité.
  3. Vous êtes tous des pirates, de toute façon. Considérons deux consommateurs: Mr Gentil et Mr Roublard.
    • Mr Gentil achète pour 10 euros un album de musique en ligne. Il ne sait pas que sur les 10 euros, moins de 40 centimes sont versés aux artistes (le reste va au distributeur, à l'éditeur, au producteur, à la publicité, etc). Pour écouter la musique sur sa chaîne hi-fi, il grave l'album sur un CD audio. Le CD coûte 65 centimes, dont 35 centimes pour la copie privée, qui sont distribués à tout le monde (SACEM, Johny Halliday, etc) sauf peut-être aux artistes de l'album en question. Au total, il a payé deux fois, et seul un faible pourcentage de ce qu'il a payé revient aux artistes qui ont enregistré l'album.
    • Mr Roublard télécharge tout gratuitement grâce aux sites pirates: il s'en fout que les artistes (ou les autres personnes ayant travaillé pour produire la musique: ingénieur du son, responsable artistique, etc) ne soient pas payés. Il achète les CD-audio par paquet de 50 sur un site étranger, donc il ne paye pas non plus la redevance pour copie privée. Sur les forums internet il se vante d'avoir trouvé le moyen d'enculer le système (sic)

Je ne prétends pas avoir réponse à tout, surtout sur des sujets aussi complexes, qui font intervenir des questions de politique culturelle, de droit d'auteur, de gros sous, et aussi (mais un tout petit peu) de création artistique. Dans un monde où il y a sans doute dix Mr Roublard pour un Mr Gentil, il faut bien des mesures coercitives pour protéger le travail des artistes et l'investissement des producteurs. Est-ce que la taxe sur la copie privée telle qu'elle fonctionne en France actuellement, est le meilleur système ? La liste des trois objections que je vois correspond à la liste des trois mensonges ci-dessus:

  1. les artistes profitent assez peu du système en définitive ils font surtout figure de prétexte idéal pour défendre les gros sous des producteurs et de leur syndicat, la SACEM.
  2. le système de redistribution est inéquitable et opaque
  3. ce sont les gens honnêtes qui payent et non les filous

Le dernier défaut que je vois à la taxe pour la copie privée est qu'elle donne une sorte de caution morale aux consommateurs qui plaident pour une le tout gratuit, ou bien à la limite pour une licence globale. Après la télé gratuite (financée par la pub), les journaux gratuits (financés par la pub), la musique gratuite (financée par la pub elle aussi) ? Pour ma part je préfère une musique de qualité, qu'on paye et qu'on choisit avec soin, en soutenant les artistes qu'on aime et les maisons de disques qui travaillent bien. Mais peut-être suis-je un peu trop idéaliste ?

jeudi 23 août 2007

Musique en ligne: ça bouge de plus en plus

En avril dernier je remarquais que les éditeurs commençaient à bouger au sujet de la musique en ligne. Après avoir pendant des années assimilé le téléchargement au piratage, ils semblent maintenant prendre le virage d'Internet. Les annonces se multiplient, l'offre s'enrichit, la qualité s'améliore, les DRM (verrous anti-copie) commencent à disparaître. Sachant que tous les dispositifs DRM connus à ce jour ont été crackés, et que les DRM ne servent de toute façon qu'à embêter les honnêtes gens, on ne peut que s'en féliciter.

La critique des audiophiles par rapport à la musique en ligne est qu'elle est trop compressée et par là même de mauvaise qualité. Voire ! Une petite société anglaise, Linn Records propose maintenant des téléchargements en qualité master équivalente à celle qu'on obtient à la sortie du studio (meilleure que celle du CD audio). Sur un balladeur MP3 avec des écouteurs ridicules la différence ne s'entendra guère, mais sur une chaîne audio de qualité c'est tout différent. Si d'autres éditeurs suivent l'exemple de Linn Records, dans quelques années un lecteur à disque dur aura peut-être remplacé le lecteur CD / SACD dans mon salon. Mais que faire de toutes ces piles de disques ? Si l'on se base sur ce qui est arrivé au disque vynil, l'agonie du CD audio pourrait durer une bonne vingtaine d'années.

mardi 3 juillet 2007

Trouver des partitions en ligne

On trouve de tout sur Internet, mais où trouver des partitions quand on est musicien ? voici quelques sites que je connais

  • di-arrezzo le site de référence, bien conçu avec catalogue vraiment très complet. C'est bien simple ils ont tout !
  • Amazon Ils ont aussi des partitions. Titres mal renseignés, moteur de recherche nullissime, on sent que ça n'est vraiment pas leur spécialité
  • Musicroom filiale d'un groupe anglais. Ils ont à la fois des partitions imprimées et des partions digitales (qu'on imprime soi-même). Ils ont pas mal de partitions au total mais en classique c'est un peu léger.

Certains sites ne proposent que des partions digitales, qu'on doit imprimer soi-même:

  • SibeliusMusic (en anglais) contient beaucoup de partitions auto-publiées et d'arrangements en tout genres (par exemple la Marche nuptiale de Mendelssohn pour quintette à vent)
  • SheetMusic Direct, un site créé par deux éditeurs londoniens (Music Sales et Hal Leonard) qui est accessible en version française
  • Score on Line (malgré le nom c'est un site français)
  • mymusicscores environ 300 références.
  • La flute enchantée une petite boutique où je propose une cinquantaine de mes compositions et arrangements.

Enfin, d'autres sites proposent gratuitement (en général au format PDF) des partitions qui sont dans le domaine public.

  • IMSLP cet acronyme barbare cache un site géré par un étudiant canadien, qui collecte et propose au télérchargement toutes sortes de partitions libres de droits, y compris des raretés (j'y ai trouvé par exemple le quintette pour harpe et cordes d'Arnold Bax, qui est introuvable dans le circuit commercial). Ils ont pas moins de 8000 titres, et la liste s'agrandit rapidement.
  • Free-Scores propose un annuaire mondial de la partition gratuite qu'on peut parcourir par instrument ou par compositeur
  • le Mozarteum propose gratuitement l'intégralité (!) de la nouvelle édition Mozart.
  • le projet Mutopia propose lui aussi des partitions gratuites. Contrairement à celles de l'IMSLP elles ne sont pas scannées mais produite avec le logiciel de formatage Lylipond

Cette mode du tout gratuit, si elle a des avantages incontestables (la diffusion de la musique de Mozart, Bach, Beethoven et tous les autres auprès du plus grand nombre) et si elle correspond à un mouvement irrépressible (il suffit qu'une personne scanne une sonate de Beethoven pour qu'elle soit disponible pour des milliers d'internautes), pose plus d'un problème. Les éditeurs déjà durement éprouvés par l'apparition de la photocopieuse sont en première ligne, et les compositeurs auront de plus en plus de mal à proposer des partitions payantes alors que celles de Bach, Mozart et Beethoven sont gratuites. Pour un compositeur aujourd'hui, faut-il proposer ses partitions gratuitement, comme le code source des logiciels libres ?

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