Samedi 17 décembre 2011, dans le cadre du festival Images Sonores organisé par le Centre Henri Pousseur, le département de cuivres graves du Conservatoire de Liège proposera plusieurs créations, dont celle d'une pièce pour quatre trombones et électroniques que m'a commandée Alain Pire. Extrait des notes de programme de cette pièce:
Le titre fait référence à un roman de N. Kazantzakis, mais cette pièce fut inspirée par les évènements connus sous le nom de “Printemps arabe” qui ne renversèrent pas que des gouvernements, mais aussi les préjugés que les Européens conservaient sur leurs voisins de l'autre côté de la Méditerrranée. Elle est respectueusement dédiée à la mémoire de Mohamed Bouazizi, le marchand de légumes de Sidi Bouzid en Tunisie qui en s'immolant par le feu le 17 décembre 2010 déclencha la révolution tunisienne et toutes les autres. Selon les mots de Hassen Mustapha, il a brisé le “mur de la peur”.
Ce n'est pas une pièce de musique descriptive, mais elle cherche à dépeindre les sentiments d'oppression, de souffrance, de lutte et finalement de triomphe qu'ont connu les combattants de la liberté dont le courage et l'abnégation sont une leçon admirable que les Européens devraient méditer.
La création de cette pièce aura lieu un an jour pour jour après l'immolation de Mohamed Bouazizi. Il est évidemment très frappant qu'elle intervienne la même semaine qu'un tragique fait divers qui frappe la ville de Liège en son coeur (la place Saint-Lambert). Comme le rappelle très justement le directeur de l'OPL, Jean-Pierre Rousseau dans son blog, Liège a vécu hier ce que des milliers d’Irakiens, d’Afghans, de Palestiniens, d’Israéliens et bien d’autres endurent régulièrement dans une indifférence quasi-générale.
. On pourrait ajouter les Syriens, les Yéménites, les Birmans, les Coréens...
Quel leçon tirer de cette tuerie aveugle et insensée ? Pour ma part, outre une invitation à la compassion avec les victimes bien au-delà des frontières, j'y vois une mise en garde: le combat pour la liberté, la sécurité, les droits humains n'est jamais terminé. Rien n'est jamais acquis, et surtout pas la démocratie, cette vaste et fragile construction collective qu'il faut toujours réinventer.
Pour revenir au concert du 17 décembre, il aura lieu à 20h30 au Théâtre Royal Universitaire de Liège, et permettra d'entendre également des créations de mes camarades, comme Alithéa Ripoll, Gaëlle Hyernaux, Sarah Wéry, et Igor Kéfalidis.
Je recommande également très chaleureusement aux lecteurs Liégeois de ce journal le concert du jeudi 15 décembre (même lieu, même heure) qui sera un double portait des compositeurs Jean-Marie Rens et Gilles Gobert.
C'est ce poème, lu par son auteure que j'ai choisi comme point de départ pour ma toute première pièce de musique électroacoustique. On y trouve bien sûr des bruits d'eau; pluie, cascades, gouttes, mais aussi quelques sons de piano, qui ont été retravaillés pour s'harmoniser avec les gouttes. Avec les bruits d'eau on dispose d'une palette assez riche où l'on des sons harmoniques comme les gouttes aussi bien
que la cascade qui se rapproche du bruit blanc (saturation de toutes les
fréquences) et tous les intermédiaires. Au-delà de l'aspect technique - enregistrer, nettoyer, filtrer, mixer les sons - l'une des difficultés est de dépasser l'aspect anecdotique ou descriptif des sons pour leur donner une qualité, une présence, une signification, un rythme véritablement musicaux. Pas sûr que j'ai vraiment réussi dans cette pièce qui ne me satisfait qu'à moitié. Elle possède néanmoins le grand avantage de durer 2 minutes seulement, et de se terminer donc avant qu'on en soit lassé.



Le geste initial de cette Etude est constitué d'un mouvement ascendant superposé à un mouvement descendant, mais l'oreille distingue plutôt deux voix: une qui descend et remonte, l'autre qui monte et redescend. Ensuite, c'est parti, il n'y a plus qu'à laisser la petite bébête courir sur le clavier... je vous propose d'écouter le meilleur (et le seul) enregistrement de cette pièce, par Philippe Hattat, un jeune pianiste et compositeur surdoué dont vous entendrez certainement reparler, et pas seulement dans le journal de Papageno:
Le miel inaltérable... est une pièce pour deux pianos, écrite l'été dernier à Courchevel. Elle est inspirée d'un poème de Marguerite Yourcenar, extrait des sept poèmes pour une morte qui font partie des Charités d'Alcippe. Ce recueil d'abord publié au début des années 1950 chez un petit éditeur belge appelé La Flûte Enchantée (ça ne s'invente pas !) est maintenant disponible chez Gallimard.
Au départ il y a des architectes qui construisent des bâtiments tout beaux, tout neufs, parfois fascinants et parfois oppressants ou même ennuyeux dans leur trop grande régularité géométrique. Ensuite il y a une photographe italienne, Carola Merello, qui porte un regard sur ces structures de verre et d'acier (voir ci-contre à droite). Un jeune écrivain, Jean Lequoy, qui compose des poèmes très courts, aussi raffinés que mystérieux à partir des photos. Un baryton, Clément Dionet, qui organise une exposition (avec ces photographies et ces textes parmi d'autres) et propose à des jeunes compositeurs, dont votre serviteur, d'utiliser textes et photos comme point de départ pour écrire des mélodies.
Publié en 1945 chez un petit éditeur qui a depuis longtemps mis la clé sous la porte, Flûte à tue-tête de Jean Vogel est aujourd'hui quasiment introuvable. Je dois à L'Oiseleur des Longchamps et à sa curiosité insatiable pour la poésie sous toutes ses formes d'avoir découvert ce recueil. On y trouve en particulier une chanson, berceuse sur une gamma fantaisiste, que j'ai trouvée mignonne comme tout et mise en musique. La structure en est assez régulière: huit couplets qui commencent et finissent par une gamme. Voici les trois premiers:
Il faut considérer comme un signe du destin farceur le fait que les semaines où je poussai mes premiers vagissements furent également celles où Dimitri Chostakovitch écrivit sa toute dernière oeuvre, la sonate pour alto op 147 qu'il n'entendit jamais. Etait-ce son esprit qui m'a saisi ce matin lorsque je me mis au piano, mes doigts produisant une trepak frénétique et despérée sans que rien ne puisse les arrêter ?