- Félix Mendelssohn-Bartholdy: cantate « Wer nun den lieben Gott läßt walten »
- Johann Sebastian Bach: cantates BWV 82 « Ich habe genug »
- BWV 227 « Jesu, meine meine freude »
- BWV 67 « Hält im Gedächtnis Jesum Christ »
lundi 11 mai 2009
Bach et Mendelssohn le 16 mai 2009 à St Merri
Par Patrick Loiseleur le lundi 11 mai 2009, 12:40 - Concerts
dimanche 10 mai 2009
L'art de la répétition ('In C', de Terry Giley)
Par Patrick Loiseleur le dimanche 10 mai 2009, 22:21 - Répertoire
- Dans la chanson populaire ou savante, le refrain est toujours répété une ou plusieurs fois. Nous laisserons à David Le Marrec le soin de faire la classification complète (rondo, lied strophique, thème et variations, forme ABA, AABA, ABACA, etc)
- Le contrepoint, le canon et la fugue sont des principes de répétition, comme on peur le voir dans le choeur final de la messe en si mineur de Jean-Sébastien Bach dans une version très originale et didactique:
- Le développement beethovénien est lui aussi basé sur la répétition de motifs simples, comme le célèbre pom-pom-pom-pom de la cinquième symphonie:
- Enfin, il faut mentionner ceux qui ont une sainte horreur de toute forme de répétition, comme Anton Webern:
En quatre cents ans de musique occidentale, il semblait donc que toutes les manières de se répéter ou de ne pas se répéter avaient déjà été explorées lorsqu'en 1964, Terry Giley composa In C (En Do majeur), une oeuvre généralement considérée comme fondatrice de la musique minimaliste répétitive américaine. C'est pourtant bien quelque chose de tout à fait nouveau qui va sortir de ce qui n'était qu'une expérimentation au départ, et une oeuvre de circonstance écrite en quelques jours pour clôturer un festival en permettant à tous les musiciens de jouer ensemble.
De quoi s'agit-il ? Le plus simple, même ceux qui ne savent pas lire les notes, est de regarder la partition, qui tient en une page. Elle comporte 53 motifs de longueur inégale. Chaque musicien, qui démarre quand il le souhaite, doit jouer chaque motif autant de fois qu'il le veut, avant de passer au motif suivant. La notice précise que les musiciens peuvent aussi observer des instants de silence. La seule consigne est de ne pas revenir en arrière et bien sûr le plus important est d'écouter les autres musiciens pour interagir avec eux. Le nombre idéal de musiciens est 35, mais on peut jouer In C sur tous les instruments et avec presque tous les effectifs. La durée peut varier d'un quart d'heure à 3 heures, selon l'inspiration...
D'accord pour le concept, me direz-vous, mais qu'est-ce que cela donne à l'oreille ? On trouve un certain nombre de versions sur YouTube, certaines bien meilleures que d'autres, ce qui prouve que pour cette musique comme pour toute autre la qualité de l'interprétation n'est pas un paramètre secondaire. La version qui a ma préférence est le premier enregistrement réalisé pour le disque:
Mes impressions d'écoute:
- ça sonne étonnamment bien !
- bien joué, avec des musiciens qui s'écoutent entre eux, ça n'est pas ennuyeux du tout
- on distingue des textures sonores qui se tranforment progressivement, avec de temps en temps un soliste qui se dégage
- c'est beaucoup plus original et inventif que toute l'oeuvre de Philippe Glass et consorts que je trouve à mourir d'ennui
- ça fait complètement exploser les barrières traditionelles entre musique écrite ou improvisée, savante ou populaire, tonale ou atonale (la couleur harmonique initiale est do majeur mais elle ne cesse de se transformer ensuite)
Pour approfondir, on peut visiter le site de Terry Giley, lire l'article qui lui est consacré sur Neosphères, ou encore la série d'interviews (en anglais) consacrées à In C sur le site du Kronos Quartet qui a fait partie des créateurs en 1964 et entretenu une longue relation avec le compositeur.
vendredi 8 mai 2009
Sombres pensées
Par Patrick Loiseleur le vendredi 8 mai 2009, 16:32 - Compositions
Que je suis à plaindre ! j'ai perdu tout ressort, et je suis tombé dans un abattement qui ne m'empêche pas d'être inquiet et agité. Je ne puis rester oisif, et cependant je ne puis rien faire. Je n'ai aucune imagination, aucune sensibilité pour la nature, et les livres m'inspirent du dégoût. Quand nous nous manquons à nous-même, tout nous manque.

mercredi 6 mai 2009
Hadopi: épisode 138
Par Patrick Loiseleur le mercredi 6 mai 2009, 19:43 - Musique en Ligne
La loi Hadopi continue à faire parler d'elle. D'abord les députés européens décidément têtus ont réusi à inclure (après un vote à 404 voix contre 57) l'amendement 138 dans le paquet télécom
. Cet amendement déclare illégale toute coupure d'accès à internet par un Etat ou une Entreprise. Ce n'est pas une surprise et ça n'est qu'un épisode du feuilleton car maintenant le Conseil Européen (les 27 chefs d'Etat) ont le choix entre adopter le paquet ou provoquer une troisième lecture.
Côté français, Libé faisait sa une ce matin sur le divorce entre le PS et les artistes (dont une grande majorité affiche sans ambage sa sympathie pour la gauche). Le comédien Pierre Arditti dénoncait par exemple l'anti-sarkozysme compulsif du PS qui le conduit à prendre le parti des pirates contre celui du respect du droit d'auteur. Et l'éditorial nous ressert le vieux ragoût cent fois réchauffé de la licence globale
. J'ai déjà dit tout le mal que j'en pensais. Quel sens peut avoir un système de redistribution centralisé et franco-français alors que l'Internet est décentralisé et de dimension mondiale ? A qui reverser l'argent de la licence globale ? En comptant les pirates ? Et comment ? Et pour les producteurs des autres pays, comme ceux qui font les séries télé américaines, qui sont massivement piratées ? Vont-il bénéficier de l'argent de la licence globale ? Et si les Américains ne veulent pas que les députés français négocient leurs droits d'auteur à leur place en autorisant les internautes français à télécharger ? Pas besoin de creuser bien longtemps pour voir qu'un système étatiste (ou crypto-étatiste façon SACEM) ne pourrait être en pratique que synonyme de gaspillage et d'injustice. Et si le téléchargement devient légal, outre que c'est une révolution dans le droit d'auteur, c'est aussi la meilleur manière de tuer l'offre payante et "légale" de musique, films, et jeux vidéos à télécharger.
Dans cette affaire, droite et gauche se comportent comme leurs propres caricatures:
- la droite répressive qui brandit le bâton d'une coupure d'accès aussi coûtreuse qu'inefficace, jugée contraire au droits fondamentaux par les députés euréopes, et qui ne remplira les poches des gendarmes de l'Internet, pas celle des artistes
- la gauche angéliste et puérile qui se fait plaisir avec des incidents de procédure aussi ridicules qu'inutiles et qui sans oser dépénaliser les violations du droit d'auteur voudrait créer une nouvelle taxe façon copie privée.
Au centre, le franc-tireur Bayrou qui arrose tout le monde. C'est pourtant du centre que pourrait émaner des propositions inventives et constructives pour sortir de l'ornière. Je ne vais pas faire le boulot des députés à leur place, mais voici quelque pistes:
- réaffirmation du droit d'auteur et de la nécessité pour les pouvoirs publics de le faire respecter sur Internet comme ailleurs
- abandon de la coupure d'accès à Internet au profit d'une amende (déjà proposé par un député de droite, et refusé par le gouvernement...)
- étude sur le rapport coût d'une solution répressive type Hadopi, rapporté aux avantage économique escomptés.
- développement d'un nouveau type de commandes d'Etat aux artistes (je pense ici plus spécifiquement aux musiciens), le résultat de ces commandes étant mis sur Internet gratuitement.
Sonates pour piano de Schubert par Sodi Braide
Par Patrick Loiseleur le mercredi 6 mai 2009, 13:38 - Concerts
Entendu hier à l'ENS, le pianiste Sodi Braide dans un programme tout Schubert.
- D'abord la sonate en mi bémol majeur D568 (1817). Écrite par un jeune homme de vingt ans (mais Schubert a-t-il jamais été autre chose qu'un jeune homme ?), avec quelques maladresses charmantes dans un esprit déjà très schubertien. Joué par Sodi Braide avec simplicité et délicatesse, en utilisant très peu la pédale forte du piano (et beaucoup plus souvent la pédale una corda). Un mouvement lent très chantant, dont on a un peu de mal à suivre les sinueux développements.
- Ensuite la sonate en ut mineur D958 (1828). Une oeuvre de la maturité, et même de la fin. D'une force et d'une ampleur toutes beethovéniennes, cette sonate me fait penser au 15e quatuor. Plus engagée, plus physique, plus rapide aussi que dans l'autre sonate, l'interprétation de Sodi Braide garde une grande clarté. On pourrait bien sûr discuter de détails techniques ou de choix d'interprétation mais tout ce qu'il joue est profondément et intensément ressenti, et c'est bien là l'essentiel. Dans de telles conditions, les
divines longueurs
schubertiennes sont moins longues et plus divines que jamais.
Les Parisiens auront la possibilité d'entendre à nouveau Sodi Braide, qui participe à l'intégrale des sonates Schubert donnée à l'Archipel à partir du 18 mai 2009, en compagnie d'autres pianistes tout à fait recommandables: Hélène Couvert, Christie Julien, Alexandre Léger, Ferenc Vizi et Rebecca Chaillot.
lundi 4 mai 2009
Un concours de lutherie dédié à l'alto
Par Patrick Loiseleur le lundi 4 mai 2009, 10:37 - Général
L'association franco-européenne de l'alto, qui gère entre autre le site Alto en ligne organise un Concours de Lutherie au Conservatoire Régional de Paris du 6 au 8 novembre 2009. Le mot de "concours" est peut-être mal choisi dans la mesure où les Prix sont purement honorifiques. Sachant qu'il faut en plus pour les luthiers candidats payer 50 euros de droit d'inscription, le transport et l'assurance de l'instrument qu'ils présentent, pas sûr que les candidats se bousculent au portillon. Il reste tout de même pour eux l'opportunité de faire connaître leur travail ou de rencontrer des musiciens. Pour les altistes, il y aura sans doute moyen de voir et d'essayer les instruments présentés au CRR de Paris durant les trois jours du concours. Et pour le public, le concert de clôture le dimanche 8 novembre 2009 à 14h30 permettra d'entendre la fine fleur des altistes français en solo, duo, quatuor et autres.
dimanche 3 mai 2009
Zimerman boycotte les Etats-Unis
Par Patrick Loiseleur le dimanche 3 mai 2009, 19:29 - Général
Les scandales sont une chose plutôt rares dans le monde feutré de la musique classique, où l'on croise plus de smokings et robe de soirée que de blousons de cuir. Outre le fait que s'assoir en silence dans un lieu à l'acoustique spécialement étudié pour écouter des musiciens est un signe de civilisation parmi les plus exquis qui soit, le niveau stratosphérique atteint par les artistes et le caractère (trop) prévisible d'un répertoire bien connu et pas assez renouvelé réduisent encore les possibilités de mauvaises surprises. Au point qu'un éternuement malencontreux ou la sonnerie d'un téléphone portable étourdiment oublié sont souvent l'évènement le plus désagréable qu'on risque de subir.
Aussi c'est une mini-bombe médiatique que Krystian Zimerman a lancé en déclarant lors d'un récital à Los Angeles, dans le Walt Disney Hall (ça ne s'invente pas), qu'il ne jouerait plus aux Etats-Unis pour cause de désaccord avec leur politique étrangère. D'après le blog de Jessica Duchen, le projet de bouclier anti-missile sur le sol Polonais ferait partie des griefs, mais le centre de détention de Gantanamo Bay a été également mentionné...
Le public a réagi diversement: certains sont partis, d'autres ont siffé ou crié "music, music !" ou encore "shut the f*ck up !". Ceux qui sont resté ont applaudi chaleureusement à la fin du récital. Un peu moins à chaud, les réations des internautes sont partagées elles aussi. Beaucoup soutiennent qu'un artiste n'a pas à transformer un récital en tribune politique, qu'on le paye pour se la boucler et jouer, point barre. Je penserai plutôt du côté de Jessica Duchen qui demande: si les artistes de premier plan ne se mobilisent pas pour les causes dignes d'êtres soutenues, qui le fera ? Chopin, Liszt et bien d'autres se sont mobilisés plus d'une fois. Faut-il rappeler que Lizst a composé en 1832 une pièce pour la défense des canuts (les ouvriers du textile) de Lyon qui s'étaient révoltés contre leurs employeurs ? Ou que Chopin a composé en 1831 son étude révolutionnaire pour manifester sa solidarité avec les Polonais ayant participé à l'insurrection de Novembre ?
Comme le rappelle Noémie Lefevre dans son essai Mémoire de l'art et musique engagée, la notion de musique engagée est toute romantique, la musique étant par nature abstraite et universelle, et donc moins susceptible de connotations politiques que la littérature ou les arts plastiques. Mais l'engagement des musiciens est de tout temps. Il peut prendre de nombreuses formes, comme les concerts gratuits dans les écoles, les hopitaux, les prisons, ou la collecte de fonds pour une association. Et si parfois un musicien s'aventure à soutenir une cause politique par nature non consensuelle, il arrive bien plus souvent que les musiciens soient ambassadeurs de paix et acteurs du dialogue entre les nations.
Reste une question: pourquoi maintenant ? Y a-t-il eu un déclencheur qui a poussé Krystian Zimerman à décider brutalement de cesser ses concerts aux Etats-Unis, alors même que l'arrivée d'Obama au pouvoir promet des inflexions sur les sujets qui fâchent les Européens ? On sait qu'il y a quelques années, son piano (un magnifique Steinway D modifié par ses soins) a été détruit par les douaniers idiots ou paranoïaques de l'aéroport JFK au prétexte que la colle avait une odeur suspecte. Y a-t-il eu un autre incident plus récemment ? Et pourquoi faire un esclandre devant les Californiens qui sont plus ouverts et beaucoup plus proches des Européens que la moyenne des Américains ? Quoi qu'il en soit, on ne peut que soutenir ZImmerman, la politique étant en démocratie la résponsabilité de tous les citoyens et pas l'apanage de quelques-uns. Le jour où les musiciens seront remplacés par des robots sans âme et sans conscience, qui joueront sans ouvrir la bouche dans toutes les salles du Monde, on devra vraiment s'inquiéter. Ce jour n'est peut-être pas si loin d'ailleurs...
vendredi 1 mai 2009
Record battu
Par Patrick Loiseleur le vendredi 1 mai 2009, 10:37 - Humeur
Puis une autre performance, tout aussi athlétique, le vol du bourdon de Rimsky-Korsakoff, arrangé par Cziffra, joué par Hyun-Jung Lim:
Si ça continue à ce train-là, faudra-t-il imposer des contrôles antidopages aux pianistes ? poser des radars automatiques sur qui flasheront les musiciens au-delà de 130 à la noire ? Faire passer des contrôles techniques aux Steinway comme on le fait pour les Formule 1 ? Organiser un concours Lucky Luke du violoniste qui dégaine le plus vite ? Ou bien remplacer les auditeurs par un chronomètre ? Ne riez pas il y a des gens qui l'ont fait pour la télé anglaise:
Ils sont fous, ces anglais.
lundi 27 avril 2009
Les Trouvères de l'ENS s'essaient au jazz
Par Patrick Loiseleur le lundi 27 avril 2009, 18:19 - Concerts
Concert de jazz à l'ENS demain soir, l'annonce vient d'arriver:
Malgré des problèmes de liste de diffusion, de salle, de clé, des longueurs pour placarder les affiches... - bref tout ce qui caractérise un club - le club Trouvères est fier de vous proposer un concert spécial Jazz mardi 28 avril 2009 (c'est-à-dire demain !) à 21h dans l'habituelle salle des Actes [ ENS, 45 rue d'Ulm, Paris 5è]. Avec au programme des impros, des préludes de Gershwin, un quatuor piano/trompette/batterie/contre-basse, et plein d'autres morceaux "Jazz".
Nouveau disque Karol Beffa chez Triton
Par Patrick Loiseleur le lundi 27 avril 2009, 14:45 - Disques
Une monographie consacrée à Karol Beffa vient de sortir chez Triton. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, le style de ce compositeur est assez proche de celui de Thierry Escaich, de 10 ans son aîné. Une filiation qu'il revendique d'ailleurs. On trouve sur ce disque des oeuvres inédites, comme un trio pour violon, alto et piano intitulé Les ombres qui passent, ainsi qu'une pièce pour piano à quatre mains. D'autres sont déjà disponibles en disque, comme les duos Masques pour violon et violoncelle enregistrés par les frères Capuçon. La durée de Manhattan pour alto et piano semble correspondre à celle de Metropolis déjà enregistrée par le duo Thorette et Farjot. Est-ce la même pièce, une version remaniée, une nouvelle pièce ? Vous le saurez lorsque j'aurai reçu et écouté le disque.
Si l'on veut rire un coup, on peut lire la critique d'Arnaud Drillon sur le site de France 2 qui se prend légèrement les pieds dans le tapis en filant une métaphore pas vraiment heureuse:
On a déjà vu hommage moins maladroit. Mettre un boute-en-train comme Ligeti par exemple du côté du
Comme une exception dans le petit monde de la musique contemporaine, Karol Beffa jette un pont improbable entre deux rives : d'un côté, le lourd héritage de Bach, Ravel, Bartòk ou Ligeti, de l'autre, une musique nouvelle, à construire. Sous le pont coule une rivière, furieuse – la musique dodécaphonique, et ses avatars. D'un pas allant, Beffa franchit le pont, fier et déterminé. Souvent, il se retourne, mais jamais il ne regarde en bas. De toute façon, l'eau ne l'atteint pas. Il est déjà passé à autre chose.
lourd héritageça ne manque pas de sel. Quant à la
rivière furieuse, qui inclut-elle exactement ?
Fort heureusement, une fois que le bavardage des critiques (et des bloggeurs comme moi) s'est tu, il nous reste la musique, et celle de Karol Beffa a beaucoup de qualités et se défend très bien toute seule. Et l'on peut s'attendre à ce qu'elle soit très bien défendue par Thorette, Farjot et leurs amis, des interprètes on ne peut plus recommandables. A bientôt donc pour un compte-rendu d'écoute.
samedi 25 avril 2009
Plus vrai que nature
Par Patrick Loiseleur le samedi 25 avril 2009, 23:49 - Humeur
vendredi 24 avril 2009
L'Oiseleur des Lonchamps chante les prénoms féminins au château de Grignan le 26 avril 2009
Par Patrick Loiseleur le vendredi 24 avril 2009, 15:18 - Concerts
Le baryton L'Oiseleur des Lonchamps, accompagné par Mary Olivon au piano, propose un récital original: chaque mélodie, de Adèle à Zulma, a pour titre un prénom féminin. Ce récital sera donné le dimanche 26 avril 2009 au château de Grignan à 17 heures.
Outre le fait que la Drôme provençale est excessivement agréable en cette saison, ce récital est on ne peut plus recommandable par la qualité et l'engagement des interprètes, que j'ai eu l'occasion de vérifier de nombreuses fois, mais aussi par un énorme travail de recherche sur le répertoire qui permettra d'entendre des mélodies françaises rarissimes d'auteurs peu connus mais fort intéressants comme Charles-Marie Widor ou Cécile Chaminade.
Le programme précise enfin que Jean-Sébastien Bach, à qui le Château de Grignan consacre sa saison de concerts mars-avril 2009, ne sera pas oublié
.
dimanche 19 avril 2009
L'Enfant Jésus dans sa Gloire
Par Patrick Loiseleur le dimanche 19 avril 2009, 16:27 - Compositions
Est-ce qu'on va jouer du Loiseleur cette année ? C'est la question que m'ont posé certains musiciens de l'orchestre Ut Cinquième au début du stage d'orchestre. L'an dernier nous avions joué un arrangement de Debussy (la fille aux cheveux de lin), et en 2007 ma toute première pièce pour orchestre, simplement intitulée Adagio.
Cette année, n'ayant pas de pièce pour orchestre symphonique toute prête, j'ai ré-orchestré une de mes Petites Fanfares Célestes (écrites pour un ensemble de trompettes et trombones) pour un orchestre avec bois par deux, c'est à dire deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, et le quintette à cordes habituel. C'est un choral d'une facture assez simple, basé sur des harmonies tonales, même si en tendant l'oreille, vous entendrez des accords à 5 ou 6 sons qui ne sont pas vraiment répertoriés dans les manuels d'harmonie scolaires et font plutôt penser à Messiaen ou Dutilleux. Toute la pièce reste dans la nuances piano et dans des phrasés très legato qui peuvent donner une certaine impression de monotonie si on l'écoute isolée, mais qui sont destinés à former un contraste avec les pièces qui précèdent et qui suivent.
Même si le résultat n'est pas tout à fait irréprochable car c'est une pièce très délicate à jouer malgré son apparente simplicité, il me faut remercier particulièrement mes amis d'Ut Cinquième sous la direction de Rondy Torrès qui ont cherché et obtenu un son assez rond et très doux avec une tout petit effectif: par moments, on pourrait penser aux tuyaux de bois d'un orgue plutôt qu'à un orchestre, ce qui était exactement l'effet recherché.
La partition devrait être disponible d'ici un jour ou deux sur le site SibeliusMusic
Reste à savoir comment sonne la version pour ensemble de cuivres: pour cela il faudra attendre le mois de juin lorsque l'ensemble KABrass sous la direction de Xavier Saumon créera mes Petites Fanfares Célestes dans leur version originale.
samedi 18 avril 2009
Un an de prison ferme pour les "pirates" suédois
Par Patrick Loiseleur le samedi 18 avril 2009, 19:16 - Musique en Ligne
La presse généraliste a abondamment commenté le verdict d'un tribunal suédois qui condamne plusieurs personnes à un an de prison ferme pour avoir opéré un site servant à organiser le téléchargement (illégal) de musique, de films et de logiciels. Au passage les journalistes ne se sont pas privés de donner le nom et l'adresse internet du site en question, ce qui est soit très généreux soit un peu stupide de leur part. Rappelons plusieurs faits:
- Ces pirates ne sont pas de gentils hippies qui opèrent leur site dans un garage sur leur temps libre mais des professionnels et des hommes d'affaires avisés. Leur site génère des millions de visites et les revenus des bannières publicitaires sont en conséquence.
- Ils ne proposent aucun contenu créatif ou constructif, leur site a pour seul et unique but d'organiser le téléchargement massif de films, musique, jeux vidéos, logiciels, etc
- Le nom de "pirate" est certes mal choisi pour désigner leur activité. C'est un terme fabriqué par les majors du disque (et les géants du logiciel comme Microsoft) qui s'est imposé dans le vocabulaire courant. Le mot de "parasite" serait déjà plus proche de la réalité. A quoi pourrait-on comparer leur activité ? Peut-être à un magazine qui donnerait mille et un tuyaux pour frauder les impôts et la sécu (sur de petits montants) en ayant peu de chances de se faire pincer. Le préjudice est réel et globalement important mais difficile à quantifier et noyé dans la masse.
Un autre débat, plus technique, concerne les moteurs de recherche. Si les pirates suédois sont poursuivis en justice, est-ce que Yahoo ou Google doivent l'être ? En effet les moteurs de recherche américains incluent les "torrents" qui permettent de télécharger illégalement des films ou des albums dans leurs indexes. Cela dit les pirates suédois n'hébergeaient par seulement les torrents qui décrivent un fichier à télécharger mais aussi les trackers qui sont indispensables pour connecter entre eux les utilisateurs de bittorrent. Laissons le débat technico-juridique aux spécialistes, et notons simplement une petite différence de business plan entre un moteur de recherche généraliste et un moteur de recherche spécialisé dans le téléchargement illégal. Différence qui n'est pas si grande au demeurant, car dans les deux cas l'internaute est quasiment obligé de passer par le moteur de recherche qui capte les revenus publicitaires, au détriment des producteurs de contenu (un cas d'école étant les agrégateurs d'articles de presse comme Yahoo News ou Google News).
Internet et le MP3 sont des outils formidables pour les musiciens qui veulent faire connaître leur travail et partager des enregistrements avec le plus grand nombre. C'est une possibilité que j'ai utilisé moi-même pour partager quelques enregistrement réalisés lors de concerts d'amateurs (et qui est utilisée également par de nombreux ensembles comme Ut Cinquième). Les enregistrements en question n'ayant pas de valeur commerciale, la question de leur piratage ne se pose même pas à vrai dire.
Mais si c'est une chose que les artistes aient la possibilité de poster gratuitement des enregistrements pour les partager avec le monde entier, c'en est une autre que de poster gratuitement, et sans leur demander leur avis, le produit de leur travail. Est-ce donc immoral que de chercher à produire des enregistrements de qualité professionnelle (ce qui coûte cher) et de chercher à les vendre ? Et peut-être même de gagner de l'argent avec ?
L'argument choc mis en avant par des groupes d'internautes comme "le réseau des pirates" est "nous sommes des millions à télécharger des albums, et ils veulent faire de nous des pirates". Le mot de pirate est mal choisi, je l'ai déjà dit, mais ça n'est pas parce qu'une mauvaise action est commise par de nombreuses personnes qu'elle devient bonne. Il y a peu d'années, il y avait des millions de gens en France qui roulaient à 150 ou 180 sur les autoroutes, ou qui fumaient sur leur lieu de travail. Ce qui ne faisait pas d'eux des bandits de grand chemin ! Mais la loi a changé, les sanctions ont changé, et leur comportement a changé. Pour le téléchargement sur Internet, c'est la même chose: tant que le bénéfice des quelques euros économisés sur l'achat du disque ou du DVD excédera les inconvénients et les risques de sanction, le téléchargement abusif continuera sur une échelle massive. Monsieur Tout-le-monde n'est pas un criminel mais ça n'est pas non plus un saint...
(petite correction après coup: il semble que le terme
piratepour désigner les infractions au droit d'auteur soit aussi ancien que le droit d'auteur sinon plus, puisqu'il est attesté dès le XVIIe siècle en Angleterre si j'en crois l'article Copyright infrigement de Wikipedia. Il faudra que je vérifie d'ailleurs mais je crois me souvenir d'une préface où Balzac appelle flibustiers les éditeurs qui imprimaient ses romans en Suisse ou en Belgique, bourrés de fautes et naturellement sans lui verser un centime).
(mise à jour le 24 avril 2009: les avocats vont demander une annulation du procès au motif que l'un des juges était membre de plusieurs lobby de la propriété intellectuelles, équivalents suédois de la RIAA aux Etats-Unis ou de l'APP en France. Ce qui fait mauvais genre évidemment, surtout si l'on considère la sévérité de la peine. Par ailleurs si l'on en croit le site anglais The Register, l'un des quatre pirates, celui qui se chargeait des finances en particulier, ressemblerait davantage à un néo-nazi doté d'une solide fortune personnelle qu'à un gauchiste vivant dans une caravane. Une occasion de rappeler que les site de p2p sont aussi et entre autres un lieu privilégié d'échange de vidéos révisionnistes ou de matériel pédo-pornographique, même si cela dépasse de loin le cadre de ce journal...)
mercredi 8 avril 2009
Création de "Sombres pensées" et de deux poèmes d'après Yourcenar
Par Patrick Loiseleur le mercredi 8 avril 2009, 22:28 - Concerts
Le 29 avril 2009 a midi trente, à Paris, salle Cortot, dans le cadre d'un concert donné par les élèves de Michel Merlet, j'ai le plaisir de vous inviter à un concert où vous pourrez entendre deux de mes oeuvres récentes:
- Sombres pensées, pour violoncelle seul, interprété par Benoît Stroh
- Deux courtes pièces extraites des Poèmes d'après Marguerite Yourcenar pour clarinette, alto et piano, avec Mathieu Prévot (piano), Olivier Tholliez (clarinette) et le compositeur à l'alto.
mardi 7 avril 2009
Brice Pauset: Préludes
Par Patrick Loiseleur le mardi 7 avril 2009, 23:11 - Disques
Ce disque intitulé Préludes est le seul disque monographique consacré à Brice Pauset (le seul qui soit disponible dans le commerce au moins). La notice prévient:
Hérissée de signes et d’indications d’une extrême minutie, la graphie des partitions de Brice Pauset donne à entrevoir « quelqu’un qui ne se rend pas la vie facile », « une grande agitation intérieure », « les traces des hésitations et des questions ».
Mais cela, les lecteurs du journal de Papageno le savent déjà ! L'enjeu était donc de savoir ce que cette musique donne à l'oreille, sans chercher à l'analyser en toute rigeur mais en se confiant plutôt à l'intuition.
Pour résumer: c'est plutôt séduisant à entendre. Commençons par les Préludes pour clavecin, enregistrés par le compositeur. Il faut d'abord saluer la démarche d'un compositeur qui prend le temps et la peine de travailler son instrument et de jouer ses oeuvres en public ou de les enregistrer, tant la vogue des compositeurs-musicologues est grande en ce moment. La différence entre piano et clavecin, qui est déjà énorme dans la musique de Bach ou Rameau, l'est encore plus dans la musique contemporaine. Les harmonies les plus complexes sonnent avec délicatesse, les dissonnances sont nettes mais pas agressives. Le piano moderne, bâti pour faire sonner Chopin ou Rachmaninov, cherche toujours à arrondir le son, à en brouiller les contours, sans échapper pour autant à la dureté des cordes frappées. La notice parle de liberté rythmique, et pour ma part j'ai du mal à percevoir une quelconque pulsation dans ces préludes. Qu'est-ce qui est ornement, appogiature, arpège, trémolo dans tout ça ? je ne saurais le dire mais le tout s'écoute plutôt bien.
L'autre partie importante de ce disque est une série de huit pièces pour hautbois d'amour et mini-orchestre. Chaque pièce étant basée sur une des huit premières notes du thème des variations Goldberg (également utilisées par Bach pour construire ses variations, faut-il le rappeler). Là encore l'écriture est très fouillée, et dans ses meilleurs moments, me fait penser au quatuor Ainsi la Nuit d'Henri Dutilleux. Il faut également saluer la très belle interprétation de Christian Hommel, un élève de Heinz Holliger, au timbre chaleureux et très séduisant.
Le disque comprend également une orchestration (pour ensemble de poche) des Variations pour piano op 27 de Webern. La notice relèce que les interprétations de Webern se caractérisent en général par la froideur et que le côté viennois, post-romantique et décadent est plutôt évité. D'où cette ré-instrumentation qui vise à éviter toute aridité et y parvient assez bien. Ici un constat s'impose à l'oreille: la musique de Webern a une concision et une force expressive qu'on ne trouvera pas aussi nettement dans le reste du disque.
Quant à la prise de son, n'étant pas un spécialiste, je ne vous parlerai pas de souffle ou de distorsion, mais simplement de la qualité des timbres que j'ai entendu, celui du hautbois, de la flûte, des instruments à cordes, et ce dans tous les modes de jeu. L'ingénieur du son devait être encore plus maniaque que le compositeur ! Mais le résultat fait honneur au deux, ainsi qu'à l'ensemble recherche ("recherche" sans majuscule, apparemment) qui signe cet album.
On peut écouter des extraits de ce disque sur le site d'aeon ou de la fnac.
samedi 4 avril 2009
Toujours plus fort !! (la suite)
Par Patrick Loiseleur le samedi 4 avril 2009, 22:32 - Théorie musicale
Dans un précédent billet j'avais montré comment la musique occidentale a poursuivi une direction unique depuis la renaissance: toujours plus de décibels ! Je m'étais arrêté aux années 1960, au moment ou la musique amplifiée électriquement est devenue la norme (et les instruments accoustiques sont devenus l'exception), car on disposait dès lors d'une puissance suffisante pour provoquer la surdité précoce chez des milliers d'adolescents, ce qui n'a pas manqué d'arriver d'ailleurs.
Ce que j'ignorais, c'est que dans la musique pop/rock/rap/techo/tout ce que vous voulez, la tendance s'est poursuivie, sous une autre forme. Tapez Loudness war dans un moteur de recherche et vous trouverez sans peine des articles ou des vidéos expliquant le phénomène (celui-ci appelé The Death of Dynamic Range, est assez complet). En gros la tendance récente consiste à pousser le niveau au maximum en studio, lors du montage. On écrase ainsi toute la dynamique du morceau, pour obtenir un flux sonore qui oscille entre 95% et 100% du maximum (ou si l'on veut il n'y a plus que 4 ou 5 décibels entre le niveau maximum et le niveau minimum, alors que l'oreille peut percevoir au moins 50 décibels de dynamique). Et ce mauvais traitement n'est pas appliqué qu'aux nouveaux albums mais aussi aux albums des années 1960 ou 1980 anciens lorsqu'ils sont remasterisés (quel vilain mot !).
Pourquoi trafiquer ainsi la musique ? La réponse se trouve en partie dans l'évolution des modes de consommation de la musique. Qu'on la consomme sur un baladeur dans le métro, dans un salon de coiffure en bruit de fond, dans une soirée bien arrosée, en bref à chaque fois qu'on écoute de la musique en faisant autre chose, alors il est pratique d'avoir un flux musical d'un niveau à peu près constant, un espèce de robinet sonore dont on peut régler le débit comme on veut. Une symphonie de Malher où l'on passe brusquement d'un solo de flûte à une fanfare de cuivres n'est pas adaptée à ces mode de consommation: cette musique réclame qu'on lui prête attention, qu'on soit dans un environnement suffisamment peu bruyant. Pas étonnant que la musique classique reste confinée à un marché de niche dans ces conditions !
Le résultat ultime de cette longue évolution vers toujours plus de puissance sonore est paradoxal: une fois qu'on a saturé ainsi l'échelle sonore, il n'existe plus de forte et de piano, plus aucune dynamique. A force de vouloir en faire toujours plus, on a finalement créé une musique totalement plate, ayant autant de saveur qu'un pavé de tofu à la béchamel. Pas étonnant que cette purée sonore fatigue l'oreille, même lorsqu'on n'a pas monté le volume à fond. Et bon appétit !
vendredi 3 avril 2009
Deux concerts au choix le 9 avril
Par Patrick Loiseleur le vendredi 3 avril 2009, 22:39 - Concerts
Le jeudi 9 avril 2009, chers lecteurs, il vous faudra faire un choix difficile:
- à l'ENS vous pourrez entendre un superbe concert dédié aux mélodies sur des textes de Victor Hugo, avec Alice Gulipian, soprano, Mae Heydorn, mezzo, L’Oiseleur des Longchamps, baryton, Sofja Gulbadamova, Juliette Regnaud et Fériel Kaddour, piano, Hinde Kaddour, récitante. Outre des mélodies de Bizet, Liszt, Widor, Saint-Saëns, Hahn, vous aurez droit à un cadeau spécial: la création mondiale de Table des matières, mélodie composée par Olivier Greif en 1998. L'entrée est libre mais la réservation est vivement conseillée auprès de Marie-Anne Leroy (maleroy (at) clipper.ens.fr)
- à Draveil dans l'Essone, vous pourrez entendre l'Orchestre Moderne sous la direction d'Alejandro Sandler dans un programme américain contemporain: Bernstein, Copeland, Williams.
Draveil, mais où est-ce donc, me direz-vous ? Et bien, pas loin de Ris-Orangis, au bord de la forêt domaniale de Sénart... non ? vous ne voyez toujours pas ?
lundi 30 mars 2009
Esprit de Dmitri, es-tu là ?
Par Patrick Loiseleur le lundi 30 mars 2009, 09:41 - Compositions
Il faut considérer comme un signe du destin farceur le fait que les semaines où je poussai mes premiers vagissements furent également celles où Dimitri Chostakovitch écrivit sa toute dernière oeuvre, la sonate pour alto op 147 qu'il n'entendit jamais. Etait-ce son esprit qui m'a saisi ce matin lorsque je me mis au piano, mes doigts produisant une trepak frénétique et despérée sans que rien ne puisse les arrêter ?
samedi 28 mars 2009
Terminator violoniste
Par Patrick Loiseleur le samedi 28 mars 2009, 17:08 - Humeur
Terminator violoniste, c'est le nom de l'article consacré par Jacques Borsarello sur le site Alto en ligne à ce robot mis au point par Toyota et qui joue du violon:
Coiffé de sa casquette rouge "SUD Altos - défendez votre droit à la fausse note", l'altiste voit dans ce robot musicien une menace pour la profession. Les fidèles lecteurs du journal de Papageno se souviendront qu'on a déjà parlé de ces robots musiciens. La profession de musicien est-elle vraiment menacée par les machines ? Tout ça n'est guère crédible. Ces robots ne sont pas différents d'une chaîne hi-fi, dans le sens où ils ne peuvent que reproduire une musique pré-enregistrée. Est-ce que le 33 tours ou le CD audio ont tué la profession de musicien ? Bien au contraire, en diffusant la musique auprès du plus grand nombre, ils contribuent à développer la culture et le goût pour la belle musique et à remplir les salles de concert. Le plaisir du concert est celui d'une rencontre et d'un échange entre les artistes et le public. Qui aurait envie de payer une place pour regarder un robot jouer de la guitare ? Ou encore pour admirer un ballet de robot-danseurs ?
La comparaison homme-machine dans le domaine de la musique classique peut inspirer d'autres réflexions, pas des plus confortables d'ailleurs. Les conservatoires fabriquent en série des musiciens dont le talent se limite à exécuter les œuvres du répertoire, et qui sont le plus souvent incapables d'improviser ou de composer. Bon nombre d'entre eux manifestent une indifférence marquée, voire une hostilité franche au répertoire contemporain et aux compositeurs vivants. L'omniprésence du disque qui place les musiciens sous le parrainage écrasant de leurs aînés glorieux, les Rostropovitch, Oistrakh et autres Horowitz, les incite à minimiser les risques et à chercher avant tout à reproduire la partition et les traditions interprétatives
qui vont avec, quelques erronées qu'elles puissent être, le plus exactement et le plus fidèlement possible. Quant au public, il est prié de se tasser sans bouger dans ses fauteuils et d'observer un silence digne d'un studio d'enregistrement jusqu'au moment de la délivrance ou est de bon ton d'applaudir comme des robots. Toute forme d'interaction avec les musiciens (comme on le voit pourtant fréquemment dans les concerts de Jazz ou de pop/rock) est à proscrire. En définitive, qui sont les véritables automates ?
Par ailleurs on peut et on doit saluer la prouesse des ingénieurs qui ont mis au point une telle machine. Voilà au moins un travail créatif et innovant. Bravo les artistes !
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