C'est la tradition. On ne peut pas y couper. Comme la langue pâteuse, l'estomac lourd et le crâne lancinant, le philharmonique de Vienne jouant les valses des Johann Strauss père et fils sur France 2 fait partie des sensations familières du 1er janvier au matin.

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Ce rituel immuable, image parfaite du conservatisme autrichien, suivi par des messieurs en smoking et des dames en robe de soirée (à 680 euros la place, on n'y trouve pas beaucoup de banlieusards mal sapés), et par un milliard de télé-spectateurs, sans compter les ventes de CD et DVD qui suivent 2 semaines plus tard, ne contribue pas qu'un peu à l'idée que la musique dite classique est mortellement ennuyeuse, et qu'à part le sous-directeur honoraire de la caisse de retraite complémentaire de la Deutsche Post, on ne voit pas qui pourrait s'y intéresser. Et il faut vraiment être assommé comme on peut l'être un matin de réveillon pour passer plus de 10 minutes sans zaper devant ce spectacle encore plus prévisible que le scénario d'un film d'action américain.

Je hais la valse confiait Bruno Mantovani dans une interview récente au Monde de la Musique. En tant qu'altiste d'orchestre, j'aurais quelques raisons d'approuver: dans les valses mal écrites et mal orchestrées, comme celles des Strauss, le poum-ta-ta est réparti entre les violoncelles qui font poum et les altos qui font ta-ta, ce qui est encore plus abrutissant que la finale de Star Academy, pendant que les violons s'amusent (ou se plantent, ça dépend du niveau de l'orchestre).

Il y a tout de même quelque valses qu'on peut aimer: la Valse Triste de Sibelius, celle de Ravel qui est tout sauf triste, celle de la Sixième Symphonie de Tchaïkovsi (par moments à 5 temps et à non à 3), celle bien sûr du bal de la Symphonie fantastique. Non, ce n'est pas la valse en elle-même qui est mauvaise. Ce sont ces médiocres danses symphoniques du 19è siècle vieillissant qu'on nous ressert tous les ans, comme si le Monde n'avais pas changé, comme si la Vienne d'aujourd'hui était semblable à celle que décrit Stephan Zweig dans ''Le monde d'hier'', comme si les (bons) compositeurs étaient tous morts et enterrés, et qu'on n'avait rien de mieux à faire que de ressasser leur musique jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de pétrole...

Fort heureusement, il existe un moyen d'échapper et à la gueule de bois et à l'infâme Neujahrskonzert viennois. Testé l'an dernier pour vous. Voici la recette:

  • un ulcère d'estomac qui prohibe le champagne et autres alcools et vous interdit tout excès alimentaire
  • un déficit d'organisation de la soirée de la Saint-Sylvestre qui fait que du coup on reste à la maison, une bise à tout le monde, une tasse de tilleul bio et au lit !
  • et le plus intéressant: le 1er janvier au matin, aller à l'Opéra de Massy à 11h pour le concert gratuit du nouvel an.

L'an dernier, dans une ambiance festive et bon enfant, nous avons pu entendre un programme symphonique pétillant de vie et de fraicheur, et quelques airs et duos lyriques dont celui de Cunéguonde, un air pour soprano colorature tiré du Candide de Leonard Bernstein d'une virtuosité ébouriffante et d'une drôlerie irrésistible, qui m'a mis de bonne humeur pour tout le reste de l'année.

Un conseil pour les amateurs: arrivez un peu en avance, cette sympathique manifestation est maintenant victime de son succès, et l'an dernier déjà on a refusé du monde à l'opéra de Massy.

Chers lecteurs et lectrices, il me reste à vous souhaiter une très bonne fin d'année 2008, une bonne cuite pour la Saint-Sylvestre. Puissiez-vous ne pas faire de coma éthylique ce soir et ne pas entendre une seule minute de Johann Strauss durant toute l'année 2009 !!