Trois millions de personnes par an. C'est le nombre de spectateurs pour les retransmissions au cinéma des opéras du Met de New York, à en croire cet article dans le Monde. La captation en vidéo (en direct et en haute définition s'il vous plaît) des opéras modifie dans le fond assez peu le travail des chanteurs et metteurs en scène, même si elle introduit un metteur en scène bis en la personne du monteur vidéo qui va choisir où placer les caméras et comment enchaîner les plans. Ces millions de spectateurs à distance apportent également un souffle d'air bienvenu aux finances structurellement déficitaires d'une maison d'opéra.

Ce chiffre de trois millions peut évidemment servir à faire taire définitivement ceux qui prétendent que l'opéra est resté un art élitiste, un marqueur de classe sociale. Au contraire le théâtre, depuis les loges des princes et des ducs jusqu'au "paradis" sans place assise pour le peuple, a toujours été un haut lieu de rencontre sinon de brassage des classes sociales. En ce début de vingt-et-unième siècle, les maisons d'opéra semblent avoir compris que l'intérêt des retransmissions dans les salles de cinéma ou en vidéo à la demande sur internet étaient bien plus qu'un gadget à la mode. Il ne leur reste plus qu'à comprendre que les oreilles modernes ne sont plus celles du XIXe siècle, et que le répertoire mériterait lui aussi de rajeunir un peu.